«On est des troubadours sur des montagnes russes»

MusiqueTanné de cuir brun et de blues noir, Manu Lanvin compte parmi les invités du festival Rock Oz’Arènes, dont la 28e édition démarre ce mercredi soir. Coup de fil.

Fils de l’acteur Gérard Lanvin et de l’ex-chanteuse disco Jennifer, Manu Lanvin a monté son premier groupe à l’âge de 13 ans.

Fils de l’acteur Gérard Lanvin et de l’ex-chanteuse disco Jennifer, Manu Lanvin a monté son premier groupe à l’âge de 13 ans. Image: VAINUI MORENO

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Manu Lanvin porte «le diable» en tatouage sur son dos, à défaut de l’avoir croisé en personne à l’un de ces carrefours du Sud américain où, dit-on, le Malin attendait les musiciens vagabonds et leur échangeait la gloire contre leur âme. Les légendes du blues, le Français les a apprises par cœur, aussi bien que ses gammes et ses gimmicks. Depuis vingt ans, le fils de l’acteur Gérard Lanvin impose son prénom sur les terrains musicaux, d’abord en variété rock peu consistante puis, depuis dix ans, en vocaliste habité, en chanteur rocailleux doublé d’un guitariste acéré. En trio avec ses Devil Blues, il prendra à la hussarde la scène du casino de Rock Oz’Arènes, jeudi 15 août. Et prévient: «Si le public ne bouge pas des fesses et ne frappe pas du pied, je pense que j’ai raté mon concert. Je suis un impulsif, j’ai besoin de choper les gens d’entrée de jeu.»

Comment êtes-vous venu à la musique?
J’y suis venu tôt parce que j’avais des parents artistes qui se levaient tard! La musique était un compagnon dans ma chambre d’enfant unique, j’écoutais plein de choses, je jouais du piano puis je me suis mis à la batterie. Allez savoir pourquoi, mon père m’a assez vite proposé de changer d’instrument! Il m’a offert une guitare acoustique qui traînait depuis toujours au salon, celle qu’il avait utilisée dans le film «Marche à l’ombre». Il a eu des jolis mots, il m’a dit qu’une guitare était comme une valise, qu’elle m’accompagnerait partout. J’ai ouvert le coffret et je m’y suis collé.

Vous écoutiez du blues adolescent?
Non, comme tout le monde j’ai appris avec les grands guitaristes électriques, j’écoutais plus Clapton, Hendrix et Page que B.B. King. Mais quand on s’intéresse vraiment à un instrument, il vient un moment où il faut en connaître l’histoire. Et ça ne passe plus par des stars mais par des artisans de la guitare, les bluesmen de la région du Mississippi. Chanter le blues implique d’avoir vécu un peu, je n’aurais jamais pu le chanter à 18 ans – pas assez d’histoires à raconter, pas reçu assez de blessures et de coups bas.

Et la voix, comment devient-elle aussi épaisse? Un mélange clopes plus whisky?
Je le dis très franchement, ça peut paraître dingue, mais ma voix s’est totalement transformée le jour où je me suis séparé de la mère de ma fille. Ce fut une période dure qui correspond plus ou moins aux débuts de l’aventure du Devil Blues, il y a dix ans. Je le dis sans aucune gêne car ça s’est vraiment passé ainsi. Une transformation.

Vous avez ouvert pour plusieurs dates de la tournée 2015 de Johnny Hallyday. Sur YouTube, on vous voit taper le bœuf dans un petit club. Qu’avez-vous appris de lui?
J’ai eu la chance de côtoyer plusieurs mecs que j’admirais beaucoup, comme Bernie Bonvoisin, chanteur de Trust, un sacré spécimen tout comme Calvin Russell, qui m’a beaucoup appris. Johnny, c’était surtout dingue de le voir tenir trois heures de concert non-stop, tous les jours avec une telle énergie. Tu te demandes comment il fait.

Et comment fait-il?
(Rire.) Je ne vous le dirai pas. Bien essayé. Disons que ce sont des gens qui ont un bouton «on/off» en eux. Calvin Russell avait le même: il pouvait dormir toute la journée mais dès qu’il s’agissait de monter sur scène, les yeux s’éclairaient comme si on allumait un juke-box. Hallyday était un colosse à la puissance phénoménale mais je l’ai vu aussi savoir rester sur la retenue pour donner à sa voix des intentions encore plus touchantes. Il savait doser.

Pourquoi avoir titré l’une de vos chansons «Back in Montreux»?
C’est un hommage écrit à la mort de Claude Nobs, qui m’a permis de rencontrer Quincy Jones puis de jouer à New York. Il y a aussi à Montreux un super magasin d’amplis et de guitares, Alligator Music, tenu par un autre Manu, un fou d’amplis qui m’a réparé des trucs que je pensais irréparables.

Vous êtes-vous rendu sur les terres du Delta?
Bien sûr. Déjà, ça nous apprend l’humilité. Ou comment des mecs légendaires de la musique du coin, des gens comme Terry Harmonica Bean qui font des «crossroads festivals» le week-end devant 70'000 personnes jouent quelques jours plus tard sur le parking devant un magasin d’électroménager, au chapeau, parce qu’ils doivent bouffer. On est des troubadours sur des montagnes russes. On essaie de gagner notre vie comme on peut mais c’est pas facile, surtout avec ce style de musique.

Justement, vous n’avez jamais été tenté de faire du cinéma?
Si vous saviez le nombre de fois où l’on m’a proposé une comédie musicale! Genre «Mozart», «Le Roi Soleil», etc. Une fois, je m’étais rendu à un rendez-vous, par curiosité. Le directeur artistique, Dove Attia, très sympa en l’occurrence, me sort soudain: «J’ai un problème avec toi: tu es un mec avec des états d’âme!» Elle n’est pas extraordinaire, cette phrase? Ben oui, j’ai des états d’âme, sinon je ne chanterais pas, je travaillerais dans une banque. Des remarques aussi ridicules me confortent dans l’idée que j’ai choisi le bon chemin.

Créé: 13.08.2019, 20h00

Avenches, Rock Oz’Arènes
Jusqu’au di 18 août
Avec Scorpions (me), Bénabar, Christophe Maé, Manu Lanvin (je), Kungs, Don Diablo (ve), Sven Väth, Boys Noize (sa), Alan Stivell, etc. (di).
www.rockozarenes.com

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.