Olivier Cavé, le récit par le piano

Classique Le musicien valaisan est en concert à Genève, en compagnie d’un grand complice, le chef Rinaldo Alessandrini. Interview.

Olivier Cavé brille par le raffinement de son toucher, la profondeur de ses interprétations et la sobriété de son jeu.

Olivier Cavé brille par le raffinement de son toucher, la profondeur de ses interprétations et la sobriété de son jeu. Image: MARC BARGGREVE

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A quand remonte, aux yeux du grand public, la naissance artistique d’Olivier Cavé? Ceux qui suivent depuis toujours le chemin du musicien valaisan vous diront qu’elle date de 2004, avec un fait d’armes qui, à l’époque, fit passablement de bruit sous nos latitudes. Par l’entremise d’un premier disque gravé pour le compte de la prestigieuse maison Deutsche Grammophon, le pianiste passait d’un coup, d’un seul, de l’anonymat à une visibilité que personne n’attendait vraiment. Pour étonnant que cela puisse paraître, on ne trouve aujourd’hui que de rares traces de ce premier fait, où on croisait des figures disparates (Beethoven, Schumann, Scarlatti et Schubert) et un programme qualifié par l’intéressé de «miroir de ce qu’on présente dans les concours lorsqu’on est un jeune musicien». Aujourd’hui, l’album ne figure dans aucune liste officielle de sa discographie.

De sorte qu’il faudrait déplacer sa véritable éclosion en 2008, année qui le vit signer ses premières (et bien plus abouties) contributions pour le label Æon. Près d’une décennie et quelques autres enregistrements plus tard, Olivier Cavé brille par le raffinement de son toucher, la profondeur de ses interprétations et la sobriété de son jeu. Un détour par son dernier disque, consacré à Haydn et Scarlatti, convaincra les plus circonspects. Ses atouts, il faut les redécouvrir aussi ce mardi à la Cour de l’Hôtel de Ville, où le jeune quadragénaire donne rendez-vous en compagnie de son grand complice, le chef Rinaldo Alessandrini, spécialiste de Monteverdi et de Mozart. Le pianiste se présente avec une pièce qui lui est particulièrement familière: le Concerto pour piano en ut majeur KV 503.

Vous avez enregistré et joué cette œuvre à plusieurs reprises, avec Rinaldo Alessandrini. Vous surprend-elle toujours?

J’ai une relation d’amour avec ce concerto qui remonte à mon enfance. Je l’ai écouté dès que je me suis mis au piano, à l’âge de cinq ans, et je peux dire qu’à chaque fois que je m’y attelle, je découvre de nouveaux traits et des subtilités. Je le considère comme le plus développé dans ses structures et dans son écriture.

En écoutant votre enregistrement, on est surpris par l’approche vive et nerveuse de l’orchestre et par les sonorités rondes et éthérées de votre piano. Comment avez-vous conçu ce contraste?

Au départ, nous aurions pu opter pour une version jouée sur instruments d’époque, comme le font d’habitude les musiciens de l’Orchestre Divertissement qui m’accompagnent, en cheminant avec un pianoforte. Au lieu de quoi, nous avons décidé de prendre le contre-pied, en faisant adopter des instruments modernes à l’ensemble et en gardant le piano. C’est sans doute ce choix qui crée cet effet contrasté.

Vous fréquentez assidûment les sonates de Scarlatti, les œuvres de Haydn et de Clementi. Quelle relation entretenez-vous avec les instruments d’époque, avec les clavecins et les pianoforte?

Je suis particulièrement fasciné par le pianoforte, au point que l’année passée, j’ai décidé de franchir le pas et de donner mon premier concert sur cet instrument. J’ai eu le trac de ma vie… De manière générale, je pense qu’on ne peut pas comprendre Scarlatti sans l’avoir approché un jour sur un clavecin. Cela vaut aussi pour Clementi avec le pianoforte. Passer par l’étape de l’instrument d’époque m’aide à saisir l’esprit de la lettre et les structures des œuvres.

Dans votre dernier album vous faîtes dialoguer Haydn et Scarlatti, laissant sous-entendre que les deux ont pu se connaître de manière indirecte. Comment est né ce projet?

Je dois cela à Maria Tipo, qui a été ma pédagogue pendant de longues années. Un jour elle m’a poussé vers une sonate de Haydn. En la jouant, j’ai constaté des ressemblances éclatantes avec l’écriture de Scarlatti. Ce fut une sorte de révélation avec laquelle, Maria Tipo n’était pas d’accord: à mon sens, Haydn a dû côtoyer de très près des œuvres manuscrites de Scarlatti, bien qu’elles ne fussent pas officiellement publiées et divulguées. Des années plus tard, j’ai poursuivi cette piste et j’ai rejoint à New York une grande musicologue spécialiste de Haydn. Ensemble, on a bâti un programme pour un album qui a fini par paraître en 2016.

D’où vient votre fascination pour Scarlatti?

Je devais avoir 5 ou 6 ans et je me trouvais à Naples avec mon père. Un jour, il m’a fait écouter un enregistrement qui venait de paraître, qui regroupait des sonates jouées par Maria Tipo. Je n’ai jamais autant écouté un disque de ma vie.

Vous avez fréquenté un autre grand pédagogue, Aldo Ciccolini. Que vous a-t-il transmis de plus précieux?

Je l’ai rencontré sur le tard, toujours à Naples et on a travaillé ensemble pour un enregistrement consacré à Scarlatti. C’était avant tout un ami avec lequel on parlait pendant des heures. Avec lui, j’ai davantage appris en discutant qu’en travaillant les œuvres. Il avait une règle que je trouve toujours précieuse: chaque pièce porte en elle une histoire. Le devoir du musicien est celui de parvenir à la raconter.

Olivier Cavé, en concert avec l’Orchestre Divertissement et Rinaldo Alessandrini (dir.), Cour de l’Hôtel-de-Ville (en cas de pluie Alhambra), mardi 11 juillet à 20 h 30. Rens. www.ville-ge.ch/culture/musiques

Créé: 10.07.2017, 18h56

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