Le nouveau souffle du Conservatoire populaire

PortraitHautboïste, chef d’orchestre et grand passionné de musique contemporaine, Philippe Régana a été nommé à la tête de l’institution aux 4000 élèves. Rencontre avec un directeur bienveillant.

Philippe Régana: «On entend souvent l’idée qu’il faut de la musique pour tous. J’oppose à cela celle d’une musique pour chacun. Ce qui consiste à offrir du sur-mesure pour chaque élève inscrit au Conservatoire.»

Philippe Régana: «On entend souvent l’idée qu’il faut de la musique pour tous. J’oppose à cela celle d’une musique pour chacun. Ce qui consiste à offrir du sur-mesure pour chaque élève inscrit au Conservatoire.» Image: LAURENT GUIRAUD

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En franchissant le seuil du bureau, on n’échappe pas à sa présence, étonnante et un rien incongrue. Sur une table boisée voilà donc exposé, aux yeux des visiteurs et des collaborateurs, un bac rempli de terre dans lequel le maître des lieux nous dit avoir déposé des graines. Alors, lubie de Philippe Régana, qui nous accueille en timonier fraîchement désigné pour diriger le Conservatoire populaire de musique, danse et théâtre (CPMDT) de Genève? Passion personnelle affichée au grand jour? Pas vraiment. Cette nanoportion de jardin incarne en réalité une sorte d’allégorie plutôt en phase avec la mission de l’institution dont il est ici question. «Ce bout de terre rappelle qu’il faut semer avant de recueillir et qu’on ne tire pas sur une fleur pour la faire pousser», note en souriant le tenancier de la maison.

Dans une continuité créative

La tâche qui s’offre à lui depuis le 13 août – date de son entrée en fonction – est de taille. Car l’homme succède à Peter Minten, figure visionnaire et charismatique qui a su insuffler au Conservatoire une dynamique de renouveau permanent, avant de s’éteindre prématurément en mars dernier, emporté par la maladie. Alors, comment prendre le relais à la tête d’une structure importante, qui attire chaque année 4000 élèves? D’une disposition affable – il se présente tout simplement par son prénom – et d’une bonhomie naturelle, Philippe Régana évoque l’intention de s’inscrire dans le sillage d’un prédécesseur qu’il dit avoir beaucoup admiré. «Il n’y aura pas de virages brusques ni de révolutions. Dans mon esprit, le Conservatoire populaire doit offrir une continuité créative, comme ce fut le cas sous la direction de Peter Minten, qui a toujours su garder intacte, quinze ans durant, son envie de faire bouger les lignes, de proposer de nouvelles offres et de nouvelles pistes pédagogiques.»

En le désignant, la présidence et le Conseil de fondation de ce pôle pédagogique ont donc choisi de prolonger un fil qui se tisse dans la longue durée. Car au fond, Philippe Régana connaît bien la maison. Depuis 2014, il y enseigne le hautbois, et il a aussi participé à plusieurs projets de création. Ce avant de s’occuper de la filière intensive, fréquentée par de jeunes élèves particulièrement motivés et talentueux. Le cheminement genevois a été précédé par des études menées au Conservatoire national de Lyon, puis par plusieurs expériences pédagogiques et artistiques, notamment dans le domaine de la création contemporaine.

Espace d’éveil et d’épanouissement

Lorsqu’il décrit les grandes lignes de sa nouvelle aventure, Philippe Régana se tourne vers des mots ronds: générosité, partage, écoute et plaisir ponctuent ses phrases programmatiques, surgissant tels des jalons bienveillants. Et puis, le directeur ajoute ceci: «On entend souvent l’idée qu’il faut de la musique pour tous. J’oppose à cela l’aspiration d’une musique pour chacun. Ce qui consiste à offrir du sur-mesure pour chaque élève inscrit au Conservatoire. Dans ce domaine particulier, je n’ai jamais vu offre plus variée que celle nous déployons ici. Nous proposons des cours à la carte, d’une durée flexible et dans des quantités modulables, selon les disponibilités et les envies. Nos portes sont par ailleurs ouvertes durant toute l’année, pour tous, adultes et petits enfants; on peut donc s’inscrire à tout moment.»

Entre les mots se profile la volonté de garder un ancrage puissant dans le territoire. Car le Conservatoire populaire doit demeurer cet espace crucial pour l’éveil et l’épanouissement de certains arts de la scène. Une mission qui permet notamment de repérer et de suivre les talents, de les accompagner si nécessaire vers les filières professionnelles. L’ampleur du carrefour, si jamais il fallait la mesurer, serait là, dans le nombre de petites et grandes manifestations qui sont présentées entre les murs du CPMDT: «Des auditions (ouvertes au public) aux concerts, nous offrons six cents prestations par année, s’exclame le directeur. Ce qui fait de nous le plus grand producteur de spectacles de Suisse romande.»

Pour s’immerger dans ses nouvelles fonctions, Philippe Régana a décidé de mettre entre parenthèses ses multiples activités musicales. La baguette de chef d’orchestre, le hautbois et la création attendront. Une mise en jachère pour bien faire pousser les graines semées au Conservatoire.

Créé: 31.08.2018, 19h56

En chiffres

Le Conservatoire populaire, ce sont plus de 40 centres d’enseignement répartis dans quatorze communes du canton. L’institution compte 4035 élèves qui suivent 6363 cours. Parmi eux, 3289 sont inscrits dans la section musique, 478 en danse et 268 en théâtre. La filière adultes compte, elle, 276 élèves ainsi répartis: 197 en musique, 33 en danse, 46 en théâtre. Du classique au jazz, de l’électroacoustique à la création, de la composition à la musique ancienne, le CPMDT offre 200 cours différents, animés par 185 professeurs. R.Z.

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