Nostromo, une tranche de vie du metal genevois

PortraitAprès 12 ans de silence, les hérauts helvétiques du rock extrême sont de retour. Concert mardi à Antigel

De retour après douze ans d'absence, le groupe de metal hardcore genevois Nostromo a repris la route des concerts, avec passage mardi 6 et jeudi 15 février à Antigel.

De retour après douze ans d'absence, le groupe de metal hardcore genevois Nostromo a repris la route des concerts, avec passage mardi 6 et jeudi 15 février à Antigel. Image: Orel Kichigai

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Et soudain, la machine s’est remise en route, grinçant et hurlant tel le rouleau compresseur contre la bétonnière. Pour parfaire la métaphore bruitiste, on compléterait volontiers avec une série d’onomatopées: écouter du metal hardcore reste une expérience sans pareil, qui relève du ressenti plus que de l’analyse musicologique. Tant il est vrai que les riffs ultrarapides des guitares, les roulements mathématiques de la batterie, de même que ces cris rauques qui tiennent lieu de chant, gardent une saveur à part. «C’est du bruit, mais organisé», résument les tenants de cette esthétique radicale. Le rock extrême a son vocabulaire, ses codes, ses fantasmes. Et Nostromo en fait partie.

Nostromo: fleuron de la scène metal genevoise, de retour après douze ans de silence. En automne 2016, le groupe se réunissait pour jouer au mariage de son premier batteur. On devait en rester là, se faire l’accolade et puis bonsoir. Mais l’expérience suscitera une avalanche de propositions spontanées, de la part du Hellfest notamment, référence française parmi les festivals de metal. Pareil engouement a galvanisé Nostromo, qui décide de reprendre le chemin des tournées avec un cousin hexagonal, Gojira. La réunion était effective. Un an plus tard, Genève, enfin, pouvait retrouver ses hérauts de l’extrême. Pour les filles et les garçons

Mardi 6 février, le quatuor se présente pour un set acoustique à la salle communale d’Onex, dans le cadre d’Antigel. Directeur artistique du festival, Éric Linder souhaitait reconduire l’expérience dont il avait été l’instigateur en 2003 pour La Bâtie. Autre époque, autre enjeu. Nostromo doit refaire ses preuves: le dépouillement, aussi séduisant soit-il, ne saurait remplacer l’électricité. Ainsi, jeudi 15 février, toujours à Antigel, Nostromo rejoindra cette fois les Young Gods et Promethee pour une soirée tonitruante dans la salle des fêtes du Lignon.

Nostromo électrique ou acoustique, voilà, selon l’imagerie maison, «une version pour les garçons, une autre pour les filles». Le type de plaisanterie qu’affectionnent le bassiste Ladislav Agabekov, dit Lad, et le guitariste Jérôme Pellegrini, dit Jéjé. Qui ajoutent, avec sérieux cette fois: «Nous avons ceci de commun avec les Young Gods que nous défendons l’artistique avant le commercial.» Voilà pour l’état d’esprit. Voilà pour la motivation, énorme. Tout à l’heure, ils iront répéter avec le chanteur Javier Varela, dit Jaja, et le nouveau batteur du groupe, Kevin Foley, dit Kikou, qui remplace Maik Gudehus. Lad, Jéjé, Jaja, Kikou: chez Nostromo, les petits noms ont valeur de signatures.

Né au mitan des années 90, le quartet figurait un fleuron de la scène locale, pilier de l’âge d’or metal du bout du lac. Une scène qui réunissait les pionniers Knut et autres Fragment. Des formations aux destinées diverses – Knut a rendu les clés depuis – qu’un réseau d’agents et de labels savait comment exporter sur l’ensemble du Vieux-Continent. Chahuté par des aléas d’ordre personnel, Nostromo a fini par abandonner la course en 2005, laissant pour la postérité un bilan des plus flatteurs: trois albums et une solide réputation de groupe live, en France principalement. La décennie qui suivra verra chaque membre poursuivre sa carrière. Lad Agabekov se spécialise dans la production de musique électronique, œuvrant pour des pointures telles que DJ Cassy. Jérôme Pellegrini monte un local d’enregistrement et lance un nouveau groupe, Mumakil. Toujours plus fort, toujours plus lourd.

L’art du bruit organisé

Enfin, Nostromo renaît, in extremis. Non contents d’avoir réveillé la bête de scène, les deux complices et leur ingénieur du son, Benoît Boulian, prévoient l’ouverture en avril, dans le canton de Vaud, d’un vrai studio, dédié aux musiques à guitare: «L’envie y est de faire un rendez-vous plus large que la seule région valdo-genevoise. On a des copains d’un peu partout en Europe, grâce à l’international crust.» Crust, à savoir punk mais pas «de salon», précise Jérôme Pellegrini: «Ce sont des musiciens qui suivent une démarche plus engagée, plus virulente en termes de sonorités.» Militants, les Nostromo? «Nous positionner pour une propagande quelconque, ce n’est pas notre truc. Sinon pour exprimer un point de vue, mettons, plus mature.» Mature, en effet. À leurs débuts, les gens de Nostromo avaient une petite vingtaine d’années. Aujourd’hui, ce sont de beaux quadragénaires.

Ce qui a changé depuis? «Nous n’avons jamais été des puristes, mais nous étions plus rigides dans nos goûts, répond Lad. Toutefois, ça a toujours été difficile de nous étiqueter: ni grindcore, ni hardcore, ni metal à proprement parler, cette absence de codes précis nous a valu d’être suivis par des publics variés.» Appartenir à une scène, achève Jérôme, «tient aux besoins adolescents de se sentir en force». «Ce qui n’empêche, à notre âge encore, d’avoir du plaisir à en prendre plein les esgourdes. Le fin mot du metal, c’est de savoir jouer ensemble. Sinon, c’est du bruit sans autre intérêt.»

Nostromo, en acoustique ma 6 fév., à 20 h 30, à la salle communale d’Onex; avec The Young Gods et Promethee, je 15 fév., à 19 h 45, à la salle des fêtes du Lignon

Créé: 05.02.2018, 20h39

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