Nicola Sirkis cajole ses chats, ses fans et le diable

MusiquePremier et dernier membre d’Indochine, le chanteur repart à l’assaut des masses avec un 13e album. Retour sur un succès à la longévité de phénomène.

Nicola Sirkis, aussi bien installé sur les canapés du Beau Rivage qu'au poste de commandement d'Indochine depuis 1981.

Nicola Sirkis, aussi bien installé sur les canapés du Beau Rivage qu'au poste de commandement d'Indochine depuis 1981.

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Nicola Sirkis mate la tondeuse automatique d’un œil méfiant. L’espèce de cloporte métallique broute ras le gazon du palace, sous le ciel d’Ouchy, en un ronronnement placide malgré quelques embardées menaçantes vers la table de l’interview. «Une tondeuse robot! T’y aurais cru, à un truc pareil, il y a trente ans?» Sans doute plus qu’à un 13e album d’Indochine, se retient-on de lui répondre. Nicola Sirkis pourrait mal le prendre. Ou non. Ombrageux comme un ado dès qu’il s’agit de défendre son bébé, le chanteur de 58 ans se montre également jovial et poli — et pas dupe de tous les fantasmes qu’Indochine véhicule, relique de la variété new wave devenue trente-six années plus tard unique groupe de rock «made in France» capable de remplir un stade et de motiver un ramdam national à chaque nouvel album. Le treizième, en l’occurrence, que le public découvrira le 8 septembre (lire en p. 30) .

«C’est peut-être le chiffre, mais j’avais beaucoup d’appréhension pour ce disque. Sa confection fut longue et chaotique, on s’est séparés de deux membres en cours de route (ndlr: le batteur et le clavier). J’ai repoussé trois fois l’entrée en studio. Finalement, je me suis exilé dix jours dans le massif central, en Aubrac, pour écrire à la manière des années 1980, c’est-à-dire sans téléphone portable ni Internet.»

C’est efficace, la retraite loin de tout?

Oui, mais putain c’est déprimant! (Rire) Durant ce séjour, j’ai écrit Black Skies, qui ouvre l’album, et La vie est belle, le premier single.

Celui-ci célèbre le retour de Mickaël Furnon, de Mickey 3D, qui vous avait offert J’ai demandé à la lune, en 2002. Pourquoi avoir attendu tout ce temps?

Mickaël nous a envoyé des propositions à l’occasion de nos quatre derniers disques, mais ça ne collait pas. La magie ne prenait plus, c’est inexplicable.

Le succès de J’ai demandé à la lune a sans doute fixé un standard gigantesque…

C’est clair. Tu sais, quand L’aventurier est devenu numéro 1 du Top 50, je n’ai pas sauté de joie. Je me suis dit: «On va galérer pour la suite, car il faudra faire un deuxième tube de ce niveau, puis un troisième, etc.» Le succès de J’ai demandé à la lune fut encore plus grand que tout ce qu’on avait connu, car la chanson est transgénérationnelle. Sa réussite vient du texte et de la mélodie, et aussi du fait d’avoir fait chanter cette petite fille. C’est un ovni, encore aujourd’hui. Et elle ne vieillit pas, tout comme L’aventurier. Enfin, le son de L’aventurier a vieilli. La dynamique pourrait être meilleure, le son des synthés aussi, et ma façon de chanter est un peu naze.

Vous seriez du genre à réenregistrer vos classiques?

Oui, mais ça choquerait trop les puristes. Pourtant, je sais qu’il y a des morceaux de notre première période qui sonnent mieux sur scène que sur album. L’aventurier, Trois nuits par semaine, 3e sexe, Canary Bay…

La nostalgie des fans tient justement sur l’aspect «imparfait» des sons de l’époque.

C’est bien pour cela que je n’y toucherai pas. Je remarque juste des défauts, des mauvais breaks, tout ça. Je suis exigeant, ce qui a fait ma réputation d’emmerdeur.

Vous avez pu en parler avec Jean-Louis Murat, qui partage cette réputation et a signé les paroles de Karma Girls?

Il m’a dit: «Arrête de ne jamais être sûr de toi, assume ton caractère.» Il m’a rassuré à un moment où je flippais un peu car je voulais au départ 13 chansons courtes et je me retrouvais avec 45 morceaux longs!

Doit-on s’attendre alors à un prochain disque de chutes de studio?

Non, ce que je n’ai pas gardé n’est pas destiné à sortir. On va juste utiliser un inédit pour une exposition de Sophie Calle, autour de son chat mort. Chaque pièce sera un hommage, avec une musique différente. Michael Stipe, de R.E.M., fera quelque chose. Le chat s’appelait Souris. Ça me touche.

Quoi donc, les chats?

Non, les gens tristes. Elle est vraiment marquée par la disparition de son chat, elle l’a mis dans un petit cercueil.

On peut avoir un chat quand on est un musicien en tournée?

Ben oui, il s’appelle Bou. Ma fille me l’a offert il y a 3 ans après la mort du précédent, Arton. Il nous avait accompagnés partout sur la tournée Paradize. Il avait fait tout l’enregistrement de l’album couché sur la console de mixage, un vieux truc à lampe qui lui chauffait le cul.

Indochine a traversé le désert durant les années 1990 grâce au soutien de ses fans. Comment gérez-vous la nouvelle proximité peut-être envahissante qu’autorisent les réseaux sociaux?

Le diktat des commentaires est la pire des choses. Je ne les lis plus, qu’ils soient positifs ou négatifs. Par contre, j’aime la communication directe que permet le Net. Mais ce n’est pas neuf: à l’époque du Minitel, c’est déjà moi qui répondais aux questions des fans!

Sans blague?

Mais oui, on avait notre «36 15 INDO». Absolument! Je me connectais depuis chez moi. Ça compte, pour durer, la fidélité. Quand notre dernier clip fait 350 000 «vues» sur YouTube, on sait que ces gens viendront remplir les salles de nos concerts. PNL avec ses 26 millions de vues, non.

Vous êtes un bon client pour le rap?

Pas du tout. Musicalement, je suis ouvert, je peux écouter du Rihanna, du Beyoncé, mais ce n’est pas ma musique. Je suis allé voir One Direction en concert parce que ma fille de 15 ans m’a entraîné avec elle: j’ai vu cinq gamins avec des chansons plutôt pas mal, et 50 000 adolescentes qui pleurent. J’y étais en tant que père mais j’y serais peut-être allé seul, par curiosité. Je reste un enfant de David Bowie, Patti Smith, les Clash. Dans le hip-hop actuel, y a des trucs, franchement… la vache! Mais voilà, le rap est devenu la pop. J’ai retrouvé des interviews dans les années 1990 où je donnais 6 mois de vie au rap! (Rire)

Pensez-vous qu’Indochine est devenu une sorte d’institution à l’image de Johnny Hallyday? Un phénomène au-delà des modes, et donc moins clivant, plus consensuel?

Il y a toujours des gens qui sont très contents de nous détester parce que ça cartonne. Moins clivant? Peut-être que notre longévité impose plus de respect. Cela dit, on reste moins consensuel que Johnny, qui bouffe à tous les râteliers. Nous ne visons pas le populaire, nous jouons moins le jeu. On n’a pas à vendre notre âme au diable, on la lui a donnée. En fait, nous sommes devenus plus intransigeants avec l’âge. A 20 ans, on acceptait tout. Séances photos débiles, émissions de télé à 20 h 30. On trouvait bien d’amener le rock dans les émissions de variété. Il y avait The Cure et nous.

Comment voyez-vous arriver la soixantaine?

Pas très bien, forcément. J’ai eu des enfants tard, j’espère les voir vieillir. J’ai de la chance de n’avoir jamais trop aimé les drogues ou l’alcool. Je devrais durer un peu.

En concert le 26 avril à l’Arena de Genève (TDG)

Créé: 03.09.2017, 17h22

Bio express

1959 Naissance à Antony, France.

1981 En mai, François Mitterrand est élu président de la République et Indochine voit le jour.

1982 L’aventurier, 3e sexe, les Tzars, Canary Bay… Le quartette fait la bande-son de la pop française des années 80.

1994 Le grunge balaie le son et le look d’Indochine. Départ du fondateur Dominique Nicolas et mort en 1999 de Stéphane Sirkis, jumeau de Nicola.

2002 L’album Paradize et le succès monstre de J’ai demandé à la lune ressuscitent le groupe.

2010 Indochine remplit le Stade de France.

2017 Le bien nommé 13, à paraître le 8 septembre.

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