Quand New York lègue son excellence à Verbier

Verbier FestivalDepuis 20 ans, des musiciens du MET font du coaching en Valais. Histoire d’un succès

Des musiciens du Verbier Festival Orchestra lors de répétitions dans la salle des Combins à Verbier.

Des musiciens du Verbier Festival Orchestra lors de répétitions dans la salle des Combins à Verbier. Image: ALINE PALEY

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Jeudi soir, ils seront tous prêts, face à leurs pupitres, le trac enfoui quelque part dans les plexus solaires, les smokings et les tenues de concert bien repassés et ajustés sur la centaine de jeunes musiciens de l’orchestre. Dans la salle des Combins, le rituel d’ouverture du Festival de Verbier suivra alors son cours naturel: on passera par les discours de bienvenue des maîtres des lieux, puis on rivera les regards vers le Russe Valery Gergiev, chef fantasque qui mènera ses protégés vers des contrées musicales ardues. Cette année, le programme frappe fort d’entrée. Avec le «Concerto pour violon N°2» de Bartók et la «Symphonie N°5» de Chostakovitch, on tient là un prologue escarpé mais de toute beauté. Voilà donc deux sommets pointus que les musiciens graviront avec une aisance devenue coutumière.

Une idée de James Levine

Par-delà la supposée facilité qui se dégage de la scène et qui ne manque pas de laisser chaque année les observateurs pantois, il y a toutefois des préambules qu’on connaît mal, des séances acharnées de travail qui demeurent invisibles aux yeux des milliers de mélomanes fidèles à la station valaisanne.

Pour saisir l’ampleur du dispositif de préparation, il faut river les projecteurs vers un partenariat prestigieux et historique. Celui qui lie le festival avec le Metropolitan Orchestra de New York (MET). Depuis l’an 2000, quatorze chefs de pupitre de la grande phalange américaine font le déplacement en Suisse pour disséquer et approfondir avec chaque section de l’orchestre de Verbier les pièces présentées durant le festival. Cet indispensable travail de coaching se déploie sur deux semaines et demie et précède les répétitions en «tutti», soit avec l’intégralité des effectifs.

«L’idée d’unir nos jeunes musiciens à ceux expérimentés de New York revient au chef James Levine, qui dirigeaient à l’époque les deux formations, se souvient le fondateur et directeur du festival Martin Engstroem. La formule nous a paru tout de suite très efficace. Par la suite, elle a convaincu aussi Charles Dutoit et Valery Gergiev, successeurs du chef d’orchestre américain.» Les six concerts symphoniques à l’affiche de chaque édition sont ainsi scrutés et analysés dans chaque recoin. S’ajoute par la suite la touche tout aussi indispensable de Derrick Inouye, lui aussi grand fidèle du MET, qui dirige à Verbier les répétitions générales. «Son travail est absolument vital, souligne Martin Engstroem. Il montre à nos jeunes les structures de chaque pièce, il fait de l’ordre dans les partitions et identifie les écueils à éviter. C’est une approche très technique, qui précède les dernières répétitions avec Valery Gergiev et les autres chefs invités.»

Mais revenons aux coaches du MET, et tournons-nous vers le hautboïste Nathan Hughes, qui est de cette aventure pédagogique depuis les débuts, il y a 20 ans. Ancien jeune musicien à Verbier, puis engagé à New York, l’artiste connaît donc mieux que personne les enjeux de l’accompagnement qu’offrent les chefs d’attaques. «En Valais, j’ai toujours côtoyé des musiciens aux origines géographiques très disparates. Ce trait distinctif représente à la fois une richesse et un défi, car la diversité des origines amène avec elle une multiplicité des styles de jeux. Cela est particulièrement vrai pour mon instrument ou pour le basson, qui sont plus que d’autres soumis aux codes des écoles nationales. Le challenge à relever consiste alors à donner une cohérence et une homogénéité sonore à la section que je guide. À mes musiciens, je dis souvent qu’il faut dépasser le réflexe de rejet de la différence, qui se manifeste inévitablement auprès de chaque musicien. Il est donc nécessaire d’apprendre à écouter les autres. Là est la clé pour parvenir à créer l’unité entre les pupitres.»

S’écouter pour grandir

Nancy Wu, violoniste au MET depuis 1989 et coach à Verbier depuis 2000, rencontre d’autres particularités dans son expérience. «Dans les conservatoires, les violonistes apprennent davantage voire exclusivement le répertoire pour soliste. À Verbier, les musiciens sélectionnés ont la chance de se tourner vers d’autres pratiques, bien plus collectives, à un stade par ailleurs crucial de leur parcours, qui se situe entre la fin des études et le début du parcours professionnel. Comme Nathan Hughes, j’encourage la pratique de l’écoute, qui permet à tout le monde de grandir. J’insiste aussi sur les fondamentaux du jouer ensemble, à savoir la justesse du ton et la précision rythmique.»

Avec ces quelques dogmes légués par la troupe de New-yorkais aguerris, l’orchestre du festival a bâti son excellence. Alors, Bartók et Chostakovitch? Même pas peur.

Verbier Festival, du 18 juillet au 3 août. Rens. www.verbierfestival.com

Créé: 16.07.2019, 18h43

Les fidèles de Verbier

Entre l’offre payante et les événements gratuits, Verbier présente un programme labyrinthique, où les choix s’avèrent compliqués. Relevons, sur le front pianistique, quatre monuments russes à ne pas manquer: le jeune Daniil Trifonov, qui donne trois concerts; Arcadi Volodos dans un récital alléchant à l’Église (lu 22 juillet); la prestation désormais traditionnelle d’Evgeny Kissin à la salle des Combins (me 24 juillet) et enfin le retour de l’iconoclaste Grigory Sokolov (ve 26 juillet). D’autres grands interprètes, fidèles de Verbier, sont à l’affiche – András Schiff, Quatuor Ébène, Leonidas Kavakos, Mischa Maisky… – tandis que sur le versant lyrique, le programme est plus que jamais alléchant: sous la direction de Valery Gergiev, place à «Die Frau Ohne Schatten» de Richard Strauss (lu 22 juillet). R.Z.

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