Muthoni Drummer Queen, une reine kényane en Suisse

DisqueRap, rock, soul, dub: l'album «SHE» est une bombe de chansons protestataires. Bon pour la tête, bon pour le corps.

Muthoni Drummer Queen, tête chantante d’un fabuleux trio mondialisé.

Muthoni Drummer Queen, tête chantante d’un fabuleux trio mondialisé. Image: B.W.

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Muthoni Drummer Queen. Voilà deux ans que ce nom court les festivals helvétiques, Paléo en 2015, Montreux Jazz Festival en 2017, puis encore Les Créatives en novembre dernier, frappant les esprits par ses prestations sous tensions, sono déchirée de traits rock, balançant sur les tempos lourds de hip-hop une voix fabuleuse à visages multiples. Muthoni Drummer Queen, c’est en premier lieu cette chanteuse, également percussionniste, d’où son nom de scène, originaire de Nairobi. Muthoni, figure solide de la scène kényane, rencontre en 2013 une paire de beatmakers helvétiques: Gr! et Hook, un Lausannois, un Neuchâtelois, deux férus de hip-hop, deux producteurs non moins fascinants que leur reine. De ce métissage original, sans rien de commun avec une quelconque tentative «world», un remuant premier enregistrement a vu le jour en 2014, MDQ. L’album suivant, dans les bacs cette semaine, consolide un édifice de copier-coller fabuleux: avec SHE, les sonorités se durcissent, les beats frappent droit au but. Et le chant, lorsque ce n’est pas le rap, prend des dimensions renversantes.

On tombe raide sous le charme de cette voix capable de tout, de crier haut et fort ses quatre vérités, de cracher entre ses dents des émotions sidérantes. Capable de douceurs infimes, enfin. Essentiellement en anglais, également en swahili, ce sont des histoires de femmes, Dear Mathilde en forme de manifeste féministe: «On te dira: tu es une bad girl/ton corps est ta maison, adore-le, tu es une reine». Des histoires de violence aussi: ce charmant compagnon si doux sous les draps n’était donc qu’un Criminal! Histoire, enfin, de rester debout dans la tempête, à l’image de ce puissant Kenyan Message relevé d’une interpolation de The Message de Grandmaster Flash. Plus loin encore, ce Squad Up jeté sur un riff rock nerveux, Muthoni lançant, telle une Tina Turner sudiste, un autre Proud Mary, un nouvel hymne libérateur, musclé à souhait: «You got to be your own marching band, tu dois devenir ton propre marching band.»

D’autant plus fort en gueule, et en goût, que la production s’avère des plus séduisantes. Cet environnement sonore bombastique, signé Gr! et Hook, réunit pêle-mêle reggae, trap, dub, r’n’b seventies, sons «tropicaux» et guitares rock saturées, soli au tranchoir et claviers vibrants. Un cadre fascinant, d’une efficacité et d’une pertinence parfaites pour mettre en valeur la voix de Muthoni.

«SHE», Muthoni Drummer Queen, Mouthwatering Records.

Créé: 02.03.2018, 19h00

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