Les mutations de Sophie Hunger

DisqueDe Berlin, où elle a pris racine, la chanteuse bernoise envoie un album nourri de ses nuits passées dans les clubs électroniques.

Sophie Hunger, version 2018: à 35 ans, sa carrière se polarise sur l'Europe germanophone, avec pour base Berlin, où elle réside.

Sophie Hunger, version 2018: à 35 ans, sa carrière se polarise sur l'Europe germanophone, avec pour base Berlin, où elle réside. Image: Marikel Lahana

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Molecules», tel est le titre du nouvel album de Sophie Hunger, qui visite de son chant habile des contrées jusqu’alors étrangères à son pedigree. C’est vers l’électronique, les beats et les clics des boîtes à rythme, les formules évanescentes des synthétiseurs, que se meut aujourd’hui la dame. Migration naturelle, à bien y regarder: à tant étirer son timbre feulant sur les orchestrations alanguies d’un combo expert en «sfumato» mélancolique, la chanteuse ne pouvait que s’entendre avec les circuits imprimés de la machinerie informatique.

Voici pour ce qu’on entend en cette rentrée 2018, en anglais pour l’essentiel, ce qui constitue une première également: «She Makes President», ouverture lancée par un battement sourd, une oscillation typique de l’electro, relayée illico par les accords profonds d’un clavier. Notons «The Actress» ensuite, roulant sur des nappes sonores vibrantes, ces mêmes synthétiseurs ouvrant sur les hybridations anciennes dont usa la dance music, et le kraut rock aussi, comme l’électronique planante d’un Klaus Schulze, voire le new age onirique d’un Kitaro. S’il est encore des formats plus traditionnels, tel ce «Silver Lane» sur la rouille d’une guitare folk, quoique rapidement rejointe par un bourdonnement synthétique, l’essentiel de l’œuvre tient à ces assemblages numériques. Lesquels porte, et c’est tout à fait séduisant, vers un surcroît d’emphase également. Nommons «Tricks», qui, d’un départ cold wave, résolument plus dur, basses lourdes, se développe jusqu’à devenir une fresque aérienne lorsque les claviers jouent des accords longuement soutenus dans la durée.

Les mystères de Sophie

«Molecules». Le résultat s’avère non moins élégant que ses sorties antérieures, dont le précédent «Supermoon» en 2015. De l’inventivité instrumentale, des souplesses vocales, cette fascinante manière de pousser vers les aigus, tout cela reste au cœur des compositions, quelles que soient les mutations de Sophie Hunger.

«Molecules» alors: ci-gît l’art subtil d’une musicienne au firmament de sa carrière. «Molecules»: le nom a quelque chose de mignon, dans son idée de l’infiniment petit, d’organique également, pour ce qu’il évoque de l’amoncellement d’atomes. On les imagine crochus. Et puis ce mot, puisqu’il appartient au vocabulaire scientifique, colore le présent album d’une dimension universelle, d’une profondeur à la fois indiscutable et hors d’atteinte. À l’image, en somme, des préoccupations intimes de la musicienne, qui n’en dit jamais trop sur ses motivations profondes. Sophie Hunger le répète à l’envi: ce disque procède d’un choix volontairement contraignant, suivant quatre éléments moteurs – synthés, rythmes programmés, guitare et voix. Ni plus ni moins. Ce qui n’empêche pas une série de chansons d’une richesse bourgeonnante en termes d’arrangements.

Ambitions germaniques

Universal Music, section France, responsable de la diffusion, qualifie comme suit la musique du nouveau Sophie Hunger: «folk électronique minimal». Et on ajoutera: tout à fait pop. Ainsi va la Suissesse la plus fameuse du paysage musical actuel. Après avoir posé sa touche personnelle, après avoir affûté sa signature, sur «1983» en 2010, puis «The Danger of Light» en 2012, elle pouvait décemment s’attaquer au marché européen, quitte à diluer quelque peu son propos. Ainsi fut fait de «Supermoon». Ainsi soit-il de «Molecules». Audacieux, en ce qu’il renouvelle, et avec talent, un pan important de ses outils. C’est le cas sur disque, mais aussi pour la scène: les Simon Gerber et compagnie, fidèles acolytes de la première heure, n’auront semble-t-il plus voix au chapitre et laisseront place à une nouvelle formule de concert. Ainsi qu’on la découvrira en octobre, aux Docks de Lausanne notamment.

Sophie Hunger en formation européenne. Pas un hasard si la tournée qui s’amène consacre une part importante de ses concerts à la région germanique: Zurich, certes, mais surtout Munich, Berlin (où réside Sophie Hunger, qui fréquente assidûment les clubs électroniques de la place), et également Cologne, Hambourg, puis Vienne. Une curiosité: dans ces villes, Sophie Hunger aligne au minimum trois dates d’affilée, dans des salles distinctes. «Molecules», c’est aussi l’occasion d’un ambitieux plan promotionnel.

«Molecules» Sophie Hunger (Caroline International/Universal Music). En concert aux Docks, Lausanne, le 19 octobre.

Créé: 07.09.2018, 18h52

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

)6 nouveaux projets en faveur des piétons et des cyclistes
Plus...