Les musiciens reçoivent de bonnes ondes

RadioDepuis une semaine, les artistes suisses bénéficient du soutien renforcé des radios. Un moyen de compenser (un peu) l'arrêt du live.

De nombreux artistes suisses, dont Sophie Hunger, ont vu leur diffusion radiophonique sensiblement augmenter depuis une semaine.

De nombreux artistes suisses, dont Sophie Hunger, ont vu leur diffusion radiophonique sensiblement augmenter depuis une semaine.

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Ce n’est pas un effet du confinement. Depuis une semaine que chacun reste chez soi, télé et/ou radio allumée, les noms et les sons de musiciens du cru reviennent plus souvent aux oreilles. Il ne faut pas y voir un hasard, pas plus qu’une impression subjective déjà née de la routine: les radios du service public se sont bien donné le mot pour soutenir la création suisse en augmentant sensiblement la part de musique rouge à croix blanche diffusée sur leurs antennes. Jusqu’à certaines stations, comme l’alémanique Virus, qui osent le 100% d’artistes suisses le temps de la crise.

«Évidemment, l’idée n’est pas de détricoter l’ADN des émissions. Mais on a demandé à toutes les émissions de faire un effort.»

Pourquoi un tel enthousiasme et un tel soutien? La portée symbolique existe, sans doute. Mais l’heure est avant tout au pragmatisme économique pour un secteur totalement interdit de live depuis une quinzaine de jours que les clubs et les salles ont dû d’abord réduire leur jauge avant de fermer leurs portes. Pour les musiciens professionnels mais aussi pour les amateurs, le manque à gagner est absolu: en plus de l’absence de cachets et d’exposition, la mort provisoire du live implique un tarissement des droits d’auteur issus du spectacle vivant, soit une part non négligeable de leurs revenus annuels. En programmant plus de musiciens suisses, et donc en leur offrant plus de droits de diffusion, les radios veulent amortir le choc. Que ce geste coïncide avec une période où leurs audiences augmentent fortement ne le rend que plus remarquable.

Il y a dix jours déjà, une initiative «de la base» courait sur les réseaux sociaux, notamment Facebook. Mais dans les bureaux de la Radio Télévision Suisse, on assure que la décision a été prise unilatéralement, presque logiquement. «C’est une question de bon sens, détaille Nicolae Schiau, chef de l’unité jeune public, musique et humour à la RTS. On a fait ce choix en début de semaine passée, sans mot d’ordre de Berne. Nous n’avons pas donné d’objectifs chiffrés. La part de musique suisse atteint en moyenne 22% sur nos antennes; là, on doit être monté à 30%, et ça va augmenter. Évidemment, l’idée n’est pas de détricoter l’ADN des émissions – un programme sur le hip-hop permettra plus facilement qu’un rendez-vous sur les musiques du monde de mettre l’accent sur des productions nationales. Mais on a demandé à toutes les émissions de faire un effort.»

À Couleur 3, le chef de la programmation, François Kuffer, a ainsi pu graisser à l’huile helvétique les chansons en rotation, revenant notamment sur certains musiciens qu’il avait dû zapper faute de place. «On a aussi encouragé les performances à la maison, comme les sessions pyjamas, filmées depuis les smartphones des artistes, qu’on diffuse sur notre site puis sur notre antenne si le son est à niveau.»

Marathon de live

Samedi 28 mars à midi, jusqu’au lendemain 13h, la SSR poussera au maximum cette démarche «do it yourself» en organisant un marathon ininterrompu de concerts depuis la maison, diffusé en direct sur ses sites internet et plusieurs radios privées (Radio24, Radio Argovia, Radio Pilatus, etc.). En Suisse romande, cette initiative, titrée «Tout ira bien», sera à suivre via le site de Label Suisse et sur le play de la RTS. La liste des musiciens romands au programme est en cours d’élaboration. La manne de droits d’auteur pour diffusion web, cependant, n’équivaut de loin pas à celle obtenue pour un passage radio (entre 4 et 5 francs par chanson).

À la SUISA, la société suisse chargée de la collecte et de la répartition des droits d’auteur, on salue évidemment cette démarche en une période particulièrement difficile. «Par année, le live représente 21 millions de francs perçus sur un total de 150 millions de francs. Augmenter la part du gâteau versé par les radios sera une façon d’amortir le choc. Sans hélas le compenser», détaille le directeur, Vincent Salvadé. Qui considérerait comme «dramatique», sur le plan économique, une annulation de la saison des festivals d’été, que même 100% de musique suisse sur toutes les radios ne saurait éponger.

Créé: 25.03.2020, 10h14

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