Muse, cette montagne de chantilly traversée d’un flot de mayonnaise

DisqueHuitième album en vingt ans de carrière, «Simulation Theory» ne changera pas la réputation des Anglais.

Muse par le Californien Jeff Forney, ancien pubard devenu portraitiste de pop stars.

Muse par le Californien Jeff Forney, ancien pubard devenu portraitiste de pop stars. Image: Jeff Forney

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Rien de tel qu’un coup d’œil sur ses nouveaux clips pour comprendre de quel univers culturel se nourrit le dernier album de Muse, disponible dès aujourd’hui. Plan large sur le désert, allée de palmiers, route en ligne droite: pour la ballade «Something Human», une Lamborghini rouge vif fonce vers l’horizon. Plaisir régressif du kid des années 80, réminiscence de «Retour vers le futur».

Le soleil, au couchant, darde la scène d’une lumière grandiose. Au volant, Matthew Bellamy, placide leader du trio anglais, chante: «My circuits have blown/Something has changed/I need something human» («Mes circuits ont sauté/Quelque chose a changé/J’ai besoin d’humanité»). Délivré de la machine, l’auteur file vers la liberté. Possible chanson d’amour dans l’esprit du romancier Philip K. Dick. Le clip raconte autre chose: il faut ramener la cassette VHS à son propriétaire. Bien sûr, l’objet porte le même titre que celui de l’album, «Simulation Theory». En effet, nous voici dans un monde ostensiblement virtuel. Ce sont des couleurs saturées, des paysages irréels. Et une quête sans conséquence, dont l’enjeu fondamental appartient à la catégorie «Dois-je prendre les chips au paprika ou nature?».

Ainsi va Muse en 2018, comme en 2015, 2012 ou 2009, autant d’années marquées par les manières grandiloquentes, voire grotesques, de chaque nouvel album. En 2006, on s’extasiait encore sur le lyrisme quasi érotogène de «Black Holes & Revelations». Largement inspiré dans ses thèmes par la littérature S.-F. – contrôle de la pensée, rébellion romantique, superpouvoirs et voyage dans l’espace infini – Muse suit une ligne musicale imperturbable. En 2018 encore, «The Dark Side» frappe lourd sur les quatre temps tandis que s’échauffent les arpèges de guitare; «Pressure» démarre comme un rock’n’roll acidulé (clin d’œil aux Queens of The Stone Age) avant de s’envoler dans les étages supérieurs de la pop cosmique. «Break It To Me» sort-il du lot grâce à son riff de travers? Cela avant que ne résonnent des cordes orientales empruntées au R’n’B des Rihanna et consœurs, idem du chant. La voix, on la connaît, c’est Bellamy haletant, tic adopté dès le tout premier album, «Showbiz», en 1999. Ou singeant à plutôt bon compte les manières glapissantes de feu Prince, ainsi sur «Propaganda».

Diverti, point tant ravi

En un sens, la démarche de Muse est radicale. D’autant plus remarquable que le trio, parmi les rares groupes capables de remplir des stades entiers, se doit de vendre beaucoup. Et y parvient du reste à chaque nouvelle sortie. Que dire alors de cette entreprise musicale – et vidéastique – sinon qu’elle perpétue sa propre tradition, faite d’emprunts d’une diversité étonnante? Ici réside le hic. Muse détient le pouvoir de mélanger tant d’éléments antagonistes que même l’eurodance façon «I’m A Barbie Girl» trouve sa place aux côtés de l’emphase à la Queen. Mais peut-on raisonnablement apprécier une montagne de chantilly traversée d’un flot de mayonnaise?

Muse, apparemment, se fiche du bon goût. Comme de la cohérence. Revenons au clip de «Something Human». À son terme, que trouve-t-on? Une cahute solitaire, avec cette enseigne, Retrograde Video. Et que fait Matthew Bellamy? Il rend sa cassette VHS, pardi. Avant de se transformer en loup-garou – évocation du «Thriller» de Michael Jackson – puis de trucider ses collègues musiciens qui voulaient lui faire la peau comme dans les films de vampires. Divertis, point tant ravis, nous apposerons sans regret ici le mot «fin».

«Simulation Theory», Muse (Warner). «Simulation Theory World Tour», mercredi 3 juillet 2019, Hallenstadion, Zürich, billets disponibles dès le 16 novembre 2018. Infos: takk.ch (TDG)

Créé: 08.11.2018, 15h26

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