Montreux, lundi 2 juillet: énorme Massive Attack, extraordinaire Young Fathers

CritiqueEn première partie des parrains du trip-hop, un trio écossais déboule sans crier gare et lance la transe

Alloysious Massaquoi, chanteur du groupe écossais Young Fathers, lundi 2 juillet au Montreux Jazz Festival.

Alloysious Massaquoi, chanteur du groupe écossais Young Fathers, lundi 2 juillet au Montreux Jazz Festival. Image: Valentin Flauraud/Keystone

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Montreux, lundi 2 juillet. On attend Massive Attack à l’Auditorium Stravinski, on découvre l’extraordinaire prestation des Young Fathers en ouverture. Steven Morrison à la batterie, et le trio Graham Hastings, Kayus Bankole, Alloysious Massaquoi au chant, serrés au centre de la scène. Ce pourrait être un trio vocal des années 1950. C’est une énorme claque appartenant corps et âme au XXIe siècle, bien qu’elle ramène des pans entiers de l’histoire musicale. Plus qu’une révélation, la confirmation d’un groupe prodigieux, en phase avec le chaos stylistique de l’époque.

Imaginez un rythme dansant, tantôt lent, tantôt rapide, presque du disco. Mais haché, morcelé, trop dur pour flatter, trop profond pour laisser indifférent. Le rythme est saccadé, lourd, hypnotique. Puis vient le chant. Trois voix, l’une de velours, l’autre de feu, la troisième qui hurle. Ensemble, c’est une polyphonie inédite, qui part du rap pour percuter un refrain soul, un cri de douleur. Trois voix qui s’élèvent, s’écorchent, montent vers les aigus pour se confondre avec le son grésillant d’un bourdon saturé. Et quand les chanteurs dansent, c’est un rock’n’roll aux articulations disloquées. Il y a là une énergie primordiale, comme on n’en voit guère plus aujourd’hui, une transe sans artifice, une transe d’avant le punk, aussi exubérante qu’intense.

Electronique massive

Il y eut les Young Fathers. D’une intensité telle qu’on aurait pu s’arrêter là, quitter le «Strav», refoulé par les lumières qui s’allument et rejettent l’auditoire vers la réalité. Montreux Jazz Festival, concerts à tous les étages, bars à tire-larigot, espaces VIP à gogo. Fin du rêve?

Conscient d’avoir assisté à une performance hors norme, on prend un second souffle pour retourner dans la salle et écouter la tête d’affiche du soir: Massive Attack, l’épopée trip-hop en grand format, huit musiciens sur scène y compris la paire Grantley Marshall-Robert Del Naja. Deux batteries, une guitare, une basse et la flopée de machines à faire du son. Massive Attack qui, ce soir-là, mérite son nom. Basses géantes, riffs saturés. Tension il y a, impressionnante, massive, mais parfaitement cadrée. En résulte une partition millimétrée. Même lorsque les indociles Young Fathers viennent en invités entonner «Voodoo In My Blood». Outrance technologique? Dans le raz-de-marée électronique, l’humaine présence devient cet exergue, ce bout de chair auquel l’auditeur s’accroche. Sous la machine, une mélancolie veille, une blessure se cache, qui préserve Massive Attack du froid calcul. Magistral, d’autant plus que le groupe anglais n’a pas tant de nouvelles chansons à présenter, seulement son art du concert, sans cesse renouvelé.

Créé: 03.07.2018, 15h59

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