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Le Monteverdi réinventé et lumineux d’Iván Fischer

Au Grand Théâtre, «Orfeo» revisité par le chef hongrois a été servi par un orchestre et une distribution éclatants.

Scène du troisième acte, avec Emöke Baráth (Eurydice), Antonio Abete (Charon) et Valerio Contaldo (Orphée).
Scène du troisième acte, avec Emöke Baráth (Eurydice), Antonio Abete (Charon) et Valerio Contaldo (Orphée).
JUDITH HORVATH

Cette pièce a affermi un jour, il y a quatre décennies déjà, la place d’Iván Fischer au sein des musiciens pionniers. L’artiste était à l’époque de ce cénacle qui a permis l’éclosion de l’interprétation historiquement informée du répertoire baroque. Aujourd’hui chef d’orchestre, le Hongrois faisait face à son clavecin en 1978, lorsque Nikolaus Harnoncourt dirigeait à Zurich ce bijou de Monteverdi qu’est «Orfeo», dans une production désormais mythique signée par le metteur en scène Jean-Pierre Ponnelle. Depuis lors, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts des «baroqueux», mais demeure l’attachement à certains piliers du répertoire – dans ce cas, le premier opéra jamais écrit. Voilà donc Iván Fischer à nouveau confronté à «Orfeo», en homme fort d’une nouvelle production aux allants culottés, voire impertinents.

Car le projet exposé lundi au Grand Théâtre a fait bien davantage que servir au public une lecture de la pièce. Il en a malaxé le final et en a réécrit carrément les partitions, par la plume d’un chef qui ose donc tout: de la direction de la fosse à la mise en scène du spectacle, en passant par la composition. Son idée? Se mettre dans la peau de Monteverdi et imaginer la musique qui aurait pu accompagner le deuxième épilogue du librettiste Alessandro Striggio. Un texte parvenu jusqu’à nous mais qui ne fut pas retenu lors de la création de l’œuvre en 1607. La trame écartée bouleverse tout ce que nous connaissions jusqu’ici, puisqu’elle fait basculer le protagoniste dans la tragédie. Ici, il n’est plus question d’assister à son ascension au ciel, où il contemplera son aimée Eurydice, mais d’assister à son démembrement, sous les coups rageurs des bacchantes.

Les partitions conçues par Fischer ne trahissent en rien le style et la grammaire de Monteverdi. La musicalité des mots trouve un écho et un lit idéal dans cette écriture contemporaine bluffante de vraisemblance. La surprise vient des tons employés, qui illustrent sommairement la mort d’Orphée – quelques mesures, pas davantage – et font glisser le spectateur vers un final festif et dansant, dans un tableau qui n’a rien de funéraire. La conclusion a de quoi déstabiliser le mélomane d’aujourd’hui, mais elle a pour elle une ligne philologique imparable: Fischer a renoué par là avec l’esprit cher à Monteverdi (et à l’Antiquité grecque à laquelle le compositeur se référait en son temps), selon lequel toute tragédie devait s’accompagner d’une catharsis puissante. Ce principe a été habilement respecté.

Partout ailleurs, le spectacle a été un bonheur absolu pour les oreilles, servi par une distribution éclatante et homogène. Mais aussi par un Orchestre du Festival de Budapest dont on connaissait les qualités sur instruments modernes – une des meilleures formations en Europe – et qui a brillé avec un bonheur égal sur instruments d’époque. Dans le rôle-titre, Valerio Contaldo a été bluffant de précision et d’invention dans ses ornementations – quel tour de force dans l’éreintant troisième acte! La voix aux timbres chauds d’Emöke Baráth (Eurydice et La Musique) a elle aussi fait forte impression, dans une mise en scène simple et efficace, où les costumes un rien stéréotypés d’Anna Biagiotti ont accompagné un dispositif vidéo captivant. Un regret? Que ce beau spectacle n’ait connu que deux représentations chez nous.

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