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Moitié attachant, moitié décevant, le Geneva Camerata bourre le frigo

Entre le faire-savoir, où il excelle, et le savoir-faire, le GeCa n’a pas encore trouvé son point d’équilibre.

L'orchestre de la Geneva Camerata.
L'orchestre de la Geneva Camerata.
Geneva Camerata

On peut prendre le Geneva Camerata (GeCa) par deux bouts opposés. Première option: l’envie de saluer la persévérance de cet ensemble fondé et dirigé par David Greilsamer avec une vraie démarche d’entrepreneur musical. L’orchestre a fidélisé son public, et un public visiblement satisfait d’avoir un programme aussi copieux et varié à se mettre sous la dent: outre le triple concerto pour piano, violon et violoncelle de Beethoven dirigé du piano par David Greilsamer, qui ne manque pas de talents, et la Symphonie «L’horloge» de Haydn, le concert commençait par l’irrésistible Suite «Le bœuf sur le toit» de Darius Milhaud et se terminait avec des airs de Mozart chantés par la soprano française Véronique Gens, en remplacement du baryton Erwin Schrott. Et comme si cela ne suffisait pas, le GeCa avait encore invité Jean Boucault et Johnny Rasse à joindre à la samba de Milhaud leur génie de l’imitation du chant d’oiseau. Beaucoup de têtes d’affiche! Enfin, il y avait pour présenter la soirée l’adresse au public de la directrice de l’orchestre, Céline Meyer: cet accueil direct extrait le classique de ses codes rigides et crée un esprit d’appartenance. Il n’est pas pour rien dans l’attachement porté à l’orchestre. Mais il y a, hélas, le versant contraire.

On peut bien sûr ne pas s’embarrasser de détails dans l’exécution d’une œuvre classique, si l’essentiel est de la faire connaître à des publics qui n’en sont pas familiers. Mais pour deux mouvements rapides bien enlevés dans la Symphonie de Haydn, quelques beaux solos ici et là (flûte, clarinette), l’orchestre ne porte jamais très haut ce qu’il joue. C’est correct, les musiciens sont des pros, mais leur réunion intermittente et le geste assez raide de David Greilsamer ne permettent pas de façonner une personnalité d’orchestre. Le son part dans tous les sens et s’épaissit vite, comme dans le triple concerto de Beethoven, où il s’oppose à la finesse des solistes, la violoniste Simone Roggen et le violoncelliste Ira Givol. Les choix interprétatifs de David Greilsamer ne sont par ailleurs pas toujours subtils: des contrastes de nuances à gogo, et des ralentis démesurés, comme un arrêt sur image dans un film, avant la reprise du mouvement. On ne comprend pas trop bien, non plus, la construction d’un programme sans réelle cohérence, et où on cherche en vain le rapport avec «Le bal des miracles» donnant son titre à la soirée. Enfin, l’invitation d’artistes aussi formidables que les «Chanteurs d’oiseaux» s’assimile à une forme de gaspillage lorsqu’on les cantonne à un rôle si subalterne. Véronique Gens, cette belle artiste à la voix généreuse, d’une grande dignité musicale, aura certes mis tout le monde d’accord dans des airs tirés de «La Clémence de Titus». Mais entre le faire-savoir, où il excelle, et le savoir-faire, le GeCa n’a pas encore trouvé son point d’équilibre.

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