Sa mission, défendre la scène rock romande

MusiqueDès janvier, la Genevoise Albane Schlechten dirigera la Fondation pour la chanson et les musiques actuelles, fondée il y a vingt ans. Rencontre.

Albane Schlechten, figure de la culture genevoise, a été nommée directrice de la Fondation pour la chanson et les musiques actuelles. Dès janvier 2019, elle remplacera le cofondateur de l’institution, Marc Ridet, qui prend sa retraite

Albane Schlechten, figure de la culture genevoise, a été nommée directrice de la Fondation pour la chanson et les musiques actuelles. Dès janvier 2019, elle remplacera le cofondateur de l’institution, Marc Ridet, qui prend sa retraite Image: Georges Cabrera

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Conseiller, former, exporter le rock helvétique. Telle est la mission de la Fondation romande pour la chanson et les musiques actuelles. Acronyme: FCMA. Connue comme le loup blanc parmi les professionnels. Totalement obscure pour le quidam. Voilà du reste un aspect qu’Albane Schlechten veut changer. Nommée à la tête de l’institution pour succéder en janvier 2019 à Marc Ridet (lire ci-dessous), cette Genevoise bien connue des milieux culturels entend promouvoir la FCMA auprès du public. «Les services aux musiciens sont bons. L’étape suivante, c’est de susciter l’engagement des auditeurs. Intéresser le public à la FCMA, c’est créer du public pour les artistes que l’on défend.»

Un domaine en expansion

L’ambition d’Albane Schlechten est à la mesure de la tâche que s’est donnée la FCMA lors de sa création, il y a vingt ans. Les musiciens romands, qu’ils soient rock, pop, électros, chanson, folks et on en passe – d’où le qualificatif fourre-tout de «musiques actuelles» – ont besoin de moyens adéquats pour se faire connaître. Cela au niveau national, mais aussi à l’extérieur du pays. C’était le constat établi hier par les créateurs de la fondation, parmi lesquels Daniel Rossellat, directeur de Paléo. Et Marc Ridet, ancien de la Dolce Vita, à Lausanne: «En 1997, il manquait autant de réseau que de soutien pour la diffusion.»

Vingt ans après la création de la FCMA, la scène romande a explosé. Grâce au relais des radios, grâce à l’ouverture de nouveaux lieux de concert. Et grâce à la FCMA, structure unique en son genre. Qu’elle propose des résidences pour répéter dans de bonnes conditions, qu’elle dispense des formations continues – comment établir un contrat, par exemple – ou qu’elle travaille à faire se rencontrer les artistes avec les agents et programmateurs européens. Trois exemples d’artistes défendus un jour par la FCMA? Aliose, qui a retenu les conseils avisés de la fondation pour structurer son entreprise, Bastian Baker, qui a bénéficié du réseau maison pour obtenir un deal en France, et Sophie Hunger, engagée par le festival géant Glastonbury après un showcase en Angleterre. Concernant la relève actuelle, mentionnons les Danitsa et autre KT Gorique.

De l’Usine au Parti

Albane Schlechten, comme son prédécesseur, se doit de parcourir les «conventions», ces marchés du concert que sont les festivals Great Escape (en Angleterre), Eurosonic (aux Pays-Bas), Reeperbahn (en Allemagne), également le MaMA (à Paris). Un autre volet de l’entregent consiste à «sensibiliser» les politiques suisses, sur le plan cantonal et communal. «Il s’agit également de développer les partenariats avec les clubs, pour faire en sorte qu’une salle de concert ne soit pas seulement un lieu d’accueil, mais aussi un lieu de création, en utilisant les salles lorsqu’elles sont vacantes.»

La mission de la FCMA constitue un vaste chantier qui relève d’enjeux économiques autant que politiques. Concernant ses moyens financiers, la FCMA réunit dans un même pot des fonds pour la musique octroyés par les cantons et les communes, principalement les grandes villes. Concernant le politique, on l’a dit, il s’agit de sensibiliser les autorités à la cause des musiques actuelles. Un thème qu’Albane Schlechten connaît bien. Née en 1984, cette diplômée en sciences politiques a officié comme représentante permanente de l’Usine avant de participer au lancement du club La Gravière, en 2012. Depuis 2016, enfin, Albane Schlechten dirige la fédération des clubs et festivals suisses, PETZI. Mentionnons également son engagement avec le Parti socialiste en ville de Genève. Quant à la FCMA, elle n’était jamais loin durant son riche parcours. «Avec La Gravière, la FCMA intervenait pour des résidences. Par ailleurs, PETZI et la FCMA travaillent ensemble sur la formation et le réseautage.»

Albane Schlechten peut prétendre à une bonne vision d’ensemble du marché romand de la musique. «L’organisation des musiques actuelles en Suisse évolue. Le secteur se professionnalise. Mais le besoin de reconnaissance demeure important. La Confédération est sur le point de reconnaître les clubs et les festivals comme des acteurs culturels à part entière. Et cela va tout changer.»

Créé: 18.10.2018, 08h55

«Soutenir les structures plutôt que les artistes»

Après vingt ans à la tête de la Fondation romande pour la chanson et les musiques actuelles, Marc Ridet prend sa retraite. Quel bilan fait-il du soutien à la scène helvétique?

«L’enjeu actuel réside dans le soutien aux structures. Plutôt que de subventionner directement les artistes, villes et cantons devraient soutenir les éditeurs, comme c’est le cas pour l’industrie du livre et du cinéma. Pourquoi? Parce que la musique est également un business. On fait une erreur en considérant le musicien comme un artiste héros qui, seul, mène sa barque. C’est faux: la musique, du studio à la tournée en passant par la promotion, constitue une œuvre collective. En cela, elle se rapproche du cinéma, mais avec de plus petits moyens.» Marc Ridet évoque l’exemple de Two Gentlemen, à Lausanne, «une bonne structure, mais qui manque de concurrence». Quid alors des Colors (rap, à Genève), Cheptel (rock, également à Genève) et Hummus (rock; à La Chaux-de-Fonds)? «Ils font un gros travail sur l’image mais ont besoin d’aides pour durer dans le temps.»

Et Marc Ridet de rappeler le destin de Mental Groove, à Genève, qui, faute de moyens, a perdu peu à peu les vedettes de son catalogue électronique. «Ne comptons pas sur les majors, pour qui les artistes suisses ne vendent pas assez. Dans un marché aussi restreint que le nôtre, les seuls capables de s’exporter sont les indépendants.»

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.