Ministry à l'Usine, ou le bonheur sans faille de la note plus que lourde

CritiqueSamedi à l’enseigne de PTR, le groupe du chanteur Al Jourgensen a servi son quota de décibels.

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Morte saison. Genève vidée de sa population. Genève écrasée de chaleur. Mais Genève toujours assez folle pour aller s’agglutiner volontairement dans une salle de concert surchauffée et se prendre une belle rasade de décibels dans les esgourdes. Samedi 4 août, Ministry administrait (si l’on peut dire les choses ainsi) au public de l’Usine une dose généreuse de son rock massif vieux de trois décennies. Et combien efficace, et captivant, aujourd’hui encore. Du metal industriel, donc. Celui dont la bande d’Al Jourgensen, seul maître à bord de ce navire grassement amplifié et dont il reste le dernier membre encore présent de la première équipée, jouait ce soir-là sans rechigner sur l’énergie. Faute d’atteindre cette violence cathartique dont le groupe a été capable un jour, il y avait ce soir-là à Genève tout de même largement de quoi se sustenter.

Trump, la baudruche

C’est le bonheur sans faille de la note plus lourde que lourde, le plaisir immédiat des riffs de guitares acérés, du bastonnage intempestif de la batterie. Le goût des chœurs également, ces messieurs sachant fort bien comment allier les graves pour souligner la voix principale. Al Jourgensen, dont on n’a jamais vraiment su qui, de son timbre réel ou du choix des effets saturés sur la voix, mérite une mention dans les livres de musicologie. L’un dans l’autre, on s’en fiche bien, en fait. Jourgensen-Ministry, c’est un tout. Du sérieux frisant la gaudriole. De l’extrême au courant de ses excès, un cirque Grand-Guignol mêlé de colifichets chamaniques. Alice Cooper et Dr. John fondus dans le metal, voilà à quoi ressemble le maître de cérémonie, fabuleux meneur de troupe, joyeux barbare de cinéma qui pointe du doigt l’assemblée des admirateurs dégoulinant de sueur, en éructant la titraille de ses œuvres. «So What!» Alors quoi?

À cette merveille d’agression auditive, sans prétention particulière sinon d’atteindre un rendu solide, de rouille et de feu (visuellement également; pas un live de Ministry sans les images vidéo de flammes en gros plan), répond le contenu des textes. Antifasciste, anticapitaliste, anti-Trump. Tiens, d’ailleurs… Ce qu’on prenait pour des poules géantes, deux énormes ballons de baudruche posés à chaque extrémité de la scène, une croix gammée sur le ventre mais barrée d’un trait, s’avèrent être des effigies du président américain. Cocasse. Quoique assez sage, finalement.

Créé: 05.08.2018, 18h02

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