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Michael Jarrell, au cœur d’un vortex

Avec «Emérgences-Résurgences», le compositeur a déployé au Victoria Hall son écriture élégante et éruptive.

Michael Jarrell présente son nouveau concert
Michael Jarrell présente son nouveau concert
OLIVIER VOGELSANG

Aux fructueuses relations qui ont jalonné les parcours de l’Orchestre de la Suisse romande et de Michael Jarrell, il faudra désormais ajouter celle de mercredi soir, qui a permis au public d’ici de découvrir une nouvelle pièce du compositeur. Avec Emergences-Résurgences– commande conjointe de cinq maisons européennes présentée pour la première fois en Suisse – un langage musical que les Genevois ont appris à fréquenter s’est ainsi déployé une nouvelle fois au Victoria Hall. De quoi est-il fait? Pour en saisir l’essence, rivons le regard vers l’archet de l’altiste allemande Tabea Zimmermann, dédicataire d’une œuvre qui la place dans le rôle de soliste. D’entrée, voilà un épisode fébrile, entièrement irrigué par une cascade de notes courtes et râpeuses, dévalées avec une aisance et une énergie déconcertante. Les harmoniques et les traits appuyés sur les cordes se succèdent alors, dans un vortex qui coupe le souffle. Le paysage sonore qui se dessine, et que l’orchestre accompagne en pointillé, place le public face à ce qui ressemble, mesure après mesure, à une exploration de l’instrument, à une confrontation frontale avec ses limites. Sobre mais conquérante, Tabea Zimmermann en relève tous les défis, en plongeant plus loin dans de nouveaux vortex, telle cette cadence reposant sur un double pizzicato main droite, main gauche.

La musique de Jarrell serait-elle donc une expérience qui nous confronte à la virtuosité? Pas uniquement. Sur le versant orchestral, elle se déploie avec une écriture mouvante, qui allie passages éthérés à l’élégance rare et éruptions soudaines (chez les cuivres surtout) à faire tomber les dorures du Victoria Hall. Entièrement maîtrisée, cette dramaturgie contrastée jouit de l’apport des percussions qui, chez Jarrell, charpentent la pièce en même temps qu’elles s’affichent en véritables voix. Les recoins foisonnants d’Emergences-Résurgence trouvent dans la direction de Pascal Rophé un point d’équilibre solide: déjà aux commandes lors de la création mondiale à Strasbourg en octobre dernier, le chef français apporte tout particulièrement sur cette pièce son regard avisé. Il donne aussi de belles formes au prologue du concert – un Printemps, Suite symphonique de Debussy empreint de finesse, surtout dans le «Très modéré» – et à son épilogue. Avec un Petrouchka d’Igor Stravinski qui, bien que souffrant par endroits d’une présence excessive des cuivres et d’une absence de réel mordant chez les premiers violons, fait éclater toutes ses couleurs populaires.

Victoria Hall, ve 19 à 20 h. Rens. www.osr.ch

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