«Metallica se garde le droit de jouer plus fort que toi»

MusiqueDepuis trois ans, Johann Meyer peaufine le son du groupe français Gojira. D’Yverdon à São Paulo il vit au cœur du cirque metal.

Venu au son dans sa ville natale d’Yverdon (ici à l’Amalgame), Johann Meyer a réalisé 7 tournées américaines avec Gojira.

Venu au son dans sa ville natale d’Yverdon (ici à l’Amalgame), Johann Meyer a réalisé 7 tournées américaines avec Gojira. Image: Chantal Dervey

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«Le premier soir, j’ouvre la porte des loges et je tombe nez à nez avec James Hetfield. On a beau dire, ça fait bizarre.» Beaucoup craindraient de rencontrer le chanteur de Metallica à minuit dans une rue sombre. Johann Meyer ne rêvait au contraire que de croiser la masse louche du lascar californien dont les éraillements vocaux rythmèrent son adolescence de «métalleux» en ville d’Yverdon-les-Bains. Il a dû aller à Oslo pour cela. De la salle de l’Amalgame aux 50'000 spectateurs du parc Valle Hovin, il n’y a pas seulement une différence de 49'600 personnes. C’est un monde parallèle que l’ingénieur du son a pénétré, ce 23 mai 2012. L’aristocratie du hard rock. La crème du business. L’Everest des mégatournées mondiales. «Quand je me suis installé à ma table de mixage, je flippais un peu, mais pas tant que ça. Tout est plus gros mais le travail reste le même. Tu as la tête dans la console, le cerveau qui turbine, tu ne vois plus les gens». Pas même un flash sur le chemin parcouru, les petites galères et les gros coups de bol? Il ne s’en souvient pas.

«Tu as la tête dans la console, le cerveau qui turbine, tu ne vois plus les gens»

Retour en arrière, dix ans plus tôt. Johann Meyer a 19 ans, un CFC d’automaticien en poche acquis au centre professionnel d’Yverdon, et pas mal de soirées en spectateur dans la salle de la ville, l’Amalgame. «On m’a demandé de m’occuper de la technique. Je n’avais jamais touché une sono. J’ai passé des journées avec un mode d’emploi sur les genoux pour comprendre comment fonctionne une table de mixage.»

En forgeant week-end après week-end, il produit un metal épais, brillant, massif. Les groupes du cru le réclament et l’Amalgame l’installe à sa sono. «Nous étions partis avec Kruger (ndlr: gang metal lausannois) pour un concert dans un endroit pas possible, dans le Pays basque français. Un bistrot. Mais j’ai bien assuré au son, et des membres de Gojira étaient dans le public. Peu après, je reçois un téléphone. C’était Joe, le chanteur, qui me proposait de partir en tournée avec eux. Je suis parti.»

Ligue des champions

Gojira. Trois syllabes aux accents latino pour un groupe né près de Biarritz. Œuvrant dans le metal extrême, tendance «death» (Slayer est un pionnier du genre), le quartette s’est hissé dans le Top 10 des formations les plus prisées, avec des ventes d’albums dépassant allègrement les 150'000 pièces et de régulières tournées mondiales. En un coup de fil, Johann Meyer passe du derby cantonal à la Ligue des champions.

«J’ai pris un avion pour Oslo et j’ai fait mon premier concert avec Gojira, qui jouait avant Metallica. En bientôt 400 dates avec eux, nous avons ouvert une vingtaine de fois pour Metallica.» Dont un concert géant sur la plage de Rio de Janeiro, au Brésil, devant 85'000 personnes. «Là, tu penses à Yverdon,» se marre Johann. Ses yeux brillent aussi au souvenir des diagonales de mauvais bitume à travers les Etats-Unis, dans le bus de tournée endormi, ces «night liners» qui, comme leur nom l’indique, tracent de nuit d’une ville à l’autre. «Chaque endroit est une nouvelle ambiance mais le public est mortel. C’est clairement le pays du rock. Ils ne se pourrissent pas la vie avec des lois sur le volume, tu peux faire de très beaux shows, puissants, équilibrés.»

Au fil de 7 tournées nord-américaines, il a découvert et aimé le sud redneck, Nashville, les mégapoles de la côte ouest. Et Détroit, «où tu flippes un peu quand même. L’impression d’être dans la ville de Robocop mais sans Robocop.» Des galères? Rien de notable. La vie d’un groupe en tournée n’a plus rien à voir avec le barnum décadent de Led Zeppelin. «Le marché du live est tellement saturé que l’erreur est interdite. La dope, la picole, ça te rend moins bon et ça se paye sur scène. Tous les gros groupes ont un fonctionnement hyper réglé. Chez Gojira, c’est même zéro alcool avant le concert, pour les musiciens comme pour l’équipe. On s’offre quelques bières après, mais c’est tout. Le côté «coke et putes» des années 70 et 80, c’est bien fini. Tu as même intérêt à planquer ta bière devant James Hetfield, qui est aux AA.» Et les filles? «Pareil, les groupies ne sont plus ce qu’elles étaient. De toute façon, quand mon boulot est fini, les filles sont déjà parties», rigole le célibataire.

Echauffement en 40 tonnes

De Metallica, cette «machine de guerre», il retient le côté cool mais sans concession. Hors de question de trop rivaliser avec le groupe vedette. «Ils se gardent toujours le droit de jouer plus fort que les premières parties. Les musiciens traînent peu sur les sites, surtout le batteur Lars Ulrich, qu’on ne voit jamais. Hetfield est très sympa, le bassiste Robert Trujillo aussi. Avant chaque concert de deux heures et demie, ils s’échauffent durant deux heures dans un local de répétition complètement aménagé dans les loges. Récemment, la production avait oublié ce point du contrat. Ils ont donc installé leurs amplis dans un semi-remorque, sur le parking. Ecouter Metallica jouer dans un 40 tonnes, c’est chouette.»

Johann Meyer rejoindra les Etats-Unis début 2016, pour reprendre la route avec Gojira. Après avoir aidé à la construction de leur studio new-yorkais, il y a enregistré le prochain album des Français et mixé leur DVD, Les enfants sauvages. Pas de lassitude, au contraire, même s’il n’est pas facile de joindre les deux bouts. «Ma mère adore Gojira mais mon père rêvait pour moi d’«un vrai métier». En tournée, je gagne environ 3000 francs par mois mais je ne dépense rien. Je me suis fait des contacts, je pense que je pourrais vivre aux Etats-Unis. Je n’échangerais mon boulot pour rien au monde.»

I

Créé: 04.12.2015, 11h06

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