MC Solaar l’homme qui aimait les fables

Paroles ParolesDix ans d’absence, puis l’album «Géopoétique» et revoici le rappeur indolent, l’élégant lettré lancé dans une grande tournée, avec passage le 13 décembre à l’Arena.

Claude MC alias MC Solaar.

Claude MC alias MC Solaar. Image: DR

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MC Solaar revient. Un quart de siècle après l’indolent «Bouge de là» dont l’élégance funky instaura une ligne à part dans le paysage du hip-hop français, le rappeur de Maisons-Alfort, banlieue sud de Paris, pose un «Géopoétique» fort en thème, fort en rime. C’est son huitième album en trente ans de carrière. «Géopoétique» n’atteint certes pas le succès commercial des Jul, Orelsan et autres hâbleurs nouveaux styles. N’empêche. Lorsque MC Solaar, Claude M’Barali à la ville, décide de s’y remettre, le résultat ne manque pas de piquant. Après dix ans de silence – exception faite d’apparitions pour divers galas, sans oublier son indéfectible participation à la Fête de l’espoir à Genève – MC Solaar prend à présent une option autrement plus ambitieuse sur son public potentiel: il repart en tournée. Jeudi 13 décembre, les foules ont rendez-vous dans la grande Arena de Genève – 8000 places tout de même – avec l’auteur des fameux «Caroline», «Victime de la mode» et «La concubine de l’hémoglobine». Et le revoici. MC Solaar en interview. Où l’on constatera combien le fin rimeur aime raconter la grande histoire, la fable, le mythe aussi, qui a fait du rap ce qu’il est aujourd’hui.

Vous rappelez-vous de votre tout premier rap?

Je devais avoir 17 ou 18 ans. Ça parlait du contexte. De l’Afrique du Sud en l’occurrence, de l’apartheid en particulier. Il en va toujours ainsi du premier rap: la motivation fondamentale, c’est l’envie d’être une alerte, d’exprimer un sentiment de révolte. Cela vaut pour tout le monde, qu’on évoque la différence de classes, le racisme ou la solidarité. Ce sont de tels sujets qui donnent l’idée d’être dans le rap. Les dix premiers textes vont toujours ainsi. Jusqu’au onzième, lorsqu’on a compris qu’on se répétait. Alors, la façon de raconter les choses commence à se transformer, devient plus subtile, plus littéraire, plus posée ou dansante. Ce processus, je l’ai vu à l’œuvre également chez les autres, en donnant des ateliers d’écriture notamment: chacun, même si ce sera de façon unique, individuelle, commence toujours par parler des mêmes thèmes.

Quel regard portez-vous sur le rap actuel? Est-ce de la variété?

Il faut distinguer la chanson francophone de la variété. Dans le rap, les deux tendances existent. La variété d’aujourd’hui, ce sont les musiques urbaines, telles que les musiques zaïroises portées aujourd’hui par les rappeurs. Parce que ces gens-là mettent enfin sur le devant de la scène l’identité de leurs parents. Et ces musiques, à 90%, se nourrissent de ce qu’on jouait dans les années 80 au Zaïre. Le «Sapé comme jamais» de Maître Gims, c’est de l’authentique. Et j’ai bien dit «variété». La chanson, c’est autre chose. Ça amène une dimension supplémentaire dans l’élaboration des textes, des concepts.

C’est une sorte de revanche africaine?

Non. C’est plutôt qu’on vous fait découvrir ce qu’écoutaient nos parents. Ces musiques étaient connues avant, mais seulement des fils de Guinéens, de Maliens, et cætera. La musique africaine des années 80, c’est le Zaïre essentiellement, avant que ne se développe la scène du Sénégal puis de la Côte d’Ivoire.

Cependant, le rap actuel est si diversifié qu’on y trouve également des auteurs se revendiquant comme tels…

Exact. Ce sont les Orelsan, les Nekfeu. C’est simple. Comme dans une soupe miso, on distingue clairement les ingrédients. Pourtant, il s’agit bien de la même soupe. Orelsan, c’est le tofu: on l’identifie facilement, parce qu’il tend vers l’auteur, vers la chanson. Et on l’accepte quand même dans le rap. Le rap, c’est un train à plusieurs wagons. Première et deuxième classes, c’est selon.

Et vous-même, comment vous sentez-vous dans le train du rap?

Il y a des choses anciennes qui restent bonnes, comme la fondue. On ne peut pas la rejeter, la fondue, même si on connaît désormais la cuisine moléculaire. J’ai de la chance d’avoir de la fondue. Je me situe comme un point de repère.

Êtes-vous curieux de ce que fait la nouvelle génération?

On me téléphone, pour me dire que le gars, là, est génial. J’écoute. Je connecte des familles. Oui, je connais. Mais comme tout le monde. Et cela non pas parce que je suis dans la musique, mais par l’entremise du réseau de voisinage. Comme tout le monde. C’est le gars en bas de chez moi, ce sont les gens qui m’informent.

Le rap offre-t-il l’avantage de pouvoir se raconter dans le détail?

Le rap, c’est une liberté incroyable. Ça peut être littéraire, offensif mais très écrit. Il faudrait publier certains textes sur papier, pour voir si on peut gagner le prix Renaudot. Possible, à mon avis. Mais il n’y a pas que ça. Le rap, c’est aussi le côté récréatif. Et ça, c’est un schéma qu’on le retrouve tel quel aux États-Unis.

Qu’est-ce qui fait l’authenticité d’un rappeur?

Mais qui confère l’authenticité, sinon une autorité? Dans ce cas, on n’est plus dans la marge. Il faut bien se rendre compte que, dès le début, aux États-Unis, dans les années 80, il y avait déjà un large choix, selon l’artiste que l’on suivait Big Dandy Kane, KRS-One ou Public Enemy. Chacun arborait son style et développait son message. Les 90% des rappeurs se sont identifiés à Public Enemy, aux rebelles. Au même moment, pourtant, il y avait KRS-One, dont tous les textes s’apparentent à une formule soit éditoriale soit philosophique: révolte et explication! Puis il y a eu Big Daddy Kane, le styliste. Voilà trois manières déjà, pour une seule époque! Moi, j’ai suivi le troisième exemple: avoir du style, mais en parlant de choses sérieuses. Que dire alors, sinon que chacun est authentique. À cette différence que certains ont eu plus de succès que d’autres. Le rap est devenu un phénomène de mode? Un des premiers MC français, EJM, disait dans les années 80, bien avant les premiers disques: «Le rap attaque avec force et puissance, à la télévision, à la radio, la voix de tous les MC montera plus haut, les branchés de Paris vont réagir et même ceux qui n’aiment pas le rap vont le subir.» Prophétique.


MC Solaar «Géopoétique» (Osmose Inverse), en concert je 13 déc, 20 h., Arena. Infos: opus-one.ch

Créé: 28.10.2018, 10h30

Bio express

5 mars 1969 Naissance à Dakar, origines tchadiennes. À 6 mois, déménagement en France, dans la banlieue parisienne.
1988 Claude MC, qui tague «Solaar» sur les murs, participe au collectif hip-hop Posse 501.
1990 Sur un sample de «The Message» du groupe funk Cymande, signe «Bouge de là».
1991 Sortie du premier album, «Qui sème le vent récolte le tempo».
1993 Participe à l’album «Jazzmatazz vol. 1» du rappeur américain Guru.
1995 Liaison très médiatisée avec la chanteuse Ophélie Winter.
2003 Mariage avec Chloé Bensemoun, héritière du groupe de casinos Partouche.

Curiosité

Ce jour-là, on avait rendez-vous dans un charmant petit café genevois, à deux pas de la tour de la télévision. «Il arrive», rassure l’attachée de presse, pas très sûre encore s’il faut s’inquiéter des allers et venues de son protégé. Claude M’Barali, alias MC Solaar, alias Claude MC pour les fans de ses débuts avec «Bouge de là» (c’était en 1991), notre homme prend son temps. Et que fait-il? Il ausculte, il sonde, il contemple. La rue, ses devantures, ses vitrines. «Je vois des bizarreries, ça m’interpelle.» C’était quoi, par exemple? «La plaquette d’un psychiatre. Je voulais comprendre de quoi il s’agit. J’aime saisir le contexte.»
Arrivé dans le café, avant de s’attabler, Claude M’Barali jette encore un œil dans l’arrière-cour: de petites parcelles, séparées par des barrières rouillées. «Toutes ces bouteilles dans les caisses, là, ça doit appartenir au bar, non?»
Ainsi va le Sieur Solaar, homme au regard curieux sur le monde urbain. «Un jour, j’ai fait du footing avec un instructeur de combat, qui me disait: «Fais un carnet de bord avec points positifs, points négatifs et bizarreries.» Des trucs bizarres, justement, c’est ce que j’aime noter. C’est ce que je trouve, parfois, en écrivant. L’hélicoptère amphibie, par exemple. Ou le prince Albert de Bamako. Ça me plaît, je le garde. On trouvera bien comment le faire rentrer dans un rap.» F.G.

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