La main tendue à l’heure de la compétition

Concours de GenèveL’accueil des candidats contribue à la gestion du stress et tisse des amitiés fidèles. Récits.

Pallavi Mahidhara, 2e Prix en 2014, lors de la dernière édition consacrée au piano.

Pallavi Mahidhara, 2e Prix en 2014, lors de la dernière édition consacrée au piano. Image: ANNE LAURE LECHAT

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Les jours passent et les rangs des aspirants au sacre s’amenuisent au Concours de Genève. La vénérable manifestation internationale – 73 éditions dans ses annales – fait défiler depuis lundi passé les musiciens en quête de gloire dans une succession de tours éliminatoires impitoyables. À la fin, aux soirs du 8 et 14 novembre, seul un pianiste et un clarinettiste savoureront la joie du titre sur la scène du Victoria Hall. Encore faut-il que le premier prix soit décerné, ce qui n’est jamais acquis. Dans ce passage au tamis qui est une figure de style quasi obligatoire pour les stars de demain, on devine sans peine le degré de stress que vivent les 418 musiciens inscrits cette année – dont 248 pour la section piano, un record!

Le soutien par un frigo plein

S’il fallait chercher des témoins du trac, des affres de l’élimination et des joies d’un passage de tour éliminatoire, s’il fallait dénicher des accompagnateurs discrets et bienveillants de ces jeunes candidats âgés entre 14 et 29 ans, on les trouverait auprès de toutes ces personnes qui accueillent les candidats chez eux, en mettant à disposition une chambre, une dépendance, des pièces et… de la chaleur humaine. Ces dizaines de bénévoles, dont la plupart sont membres des Amis du Concours de Genève, constituent un maillon crucial dans la machine de la compétition. Au-delà de l’apport logistique, leur présence rassure et apaise les musiciens. Et parfois, les expériences de cohabitation, les instants de confidences ou de simples partages d’un petit-déjeuner entre les murs domestiques font éclore des amitiés qui se prolongent dans le temps.

«Durant la compétition, on suit d’une oreille forcément complice le candidat que nous hébergeons, note Danièle Hermès, retraitée et amie du concours depuis plus de vingt ans. De mon côté, j’assiste à toutes les phases éliminatoires, je prends des notes, je partage mes avis avec les mélomanes présents et je compare mes appréciations personnelles avec les choix des jurys. Inévitablement, je stresse pour mon candidat parce que je me rends bien compte qu’il vit un moment crucial de sa vie artistique. Tenez, je me souviens d’un pianiste russe que j’ai accueilli il y a plusieurs années et qui n’a pas été jusqu’au bout. Le jour de son élimination, c’est lui qui a dû me consoler. À l’opposé, j’ai connu le bonheur des candidats lauréats et le partage d’instants de grande joie. Un exemple? Avec le Quatuor Voce en 2006. Depuis, nous avons gardé le contact et je passe lui rendre visite à chaque fois que je me rends à Paris.»

Tous les accueillants s’accordent à dire que leur engagement est motivé par le goût de la rencontre, par l’amour de la musique et par une sorte d’admiration pour des musiciens qui sacrifient souvent leurs années de jeunesse pour atteindre l’excellence. «La concurrence est terrible et le niveau si élevé, souligne Sylvie Beyeler, active au concours depuis une dizaine d’années. De notre côté, nous faisons tout pour leur faciliter la vie, pour ajouter un geste qui dépasse les obligations de base, c’est-à-dire la mise à disposition des lieux, d’un petit-déjeuner et d’un titre de transport gratuit. Il m’arrive par exemple de remplir le frigo du logement, de discuter longuement avec eux. Cela dépend bien évidemment du tempérament et de l’envie des uns et des autres. Je me souviens par exemple d’une pianiste chinoise de 13 ans qui voyageait avec sa maman. Elle est arrivée avec une immense peluche, presque plus grande qu’elle. La mère était équipée d’une grande valise dans laquelle elle avait mis sa propre nourriture. Ne s’exprimant dans aucune autre langue que le chinois, nous n’avons eu aucun échange durant leur séjour. Ce fut une expérience très étrange. D’autant que, lors de la première éliminatoire, il m’est apparu clair que la pianiste n’avait pas du tout le niveau requis. Il s’est avéré par la suite qu’elle avait triché en faisant parvenir au jury un faux enregistrement lors de l’inscription.»

Un dernier mot avant le saut

Pouvant compter sur 173 amis fidèles, le concours a glissé ces dernières années vers une organisation de plus en plus professionnalisée de l’accueil. Le président du cercle, Jean-Marc Meyer, souligne d’ailleurs que «les activités de cette institution dans l’institution se sont étendues depuis peu, en passant de la simple intendance à un accompagnement des lauréats après le concours». Par quel biais? «Nous organisons désormais des concerts privés destinés uniquement aux amis.»

Tout est donc fait pour rendre l’accès du candidat aux scènes le plus aisé possible. Et si, avant le passage devant le jury, un dernier encouragement s’avère nécessaire, il reste encore un mot pour diluer le trac. Celui que glisse parfois Marion Hugon, la commissaire piano qui accompagne jusqu’à la dernière porte le candidat. «Derrière mes fonctions pratiques se cache souvent un apport qui, selon les concurrents, peut s’avérer nécessaire», explique la flûtiste, étudiante à la HEM. Après elle, c’est le grand saut. Alors, il n’y a plus que la musique pour départager ceux qui se sauvent de ceux qui s’en vont. Concours de Genève, finale piano le 8 nov., finale clarinette le 14 nov. Rens. www.concoursgeneve.ch

Créé: 01.11.2018, 18h22

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