Los Gatillos, savoureux swing de bric et de broc

RencontreDe Genève, le trio s’en est allé à la ferme pour réaliser son premier album. Concert dimanche au Chat Noir

Los Gatillos prennent la pose dans la cuisine du Gatillon, ferme savoyarde régulièrement transformée en studio. S’inspirant d’un fameux cliché réunissant Brel, Ferré et Brassens (on le devine au mur, à droite), voici Fred Raspail, Pierre Omer et Bernard Monney.

Los Gatillos prennent la pose dans la cuisine du Gatillon, ferme savoyarde régulièrement transformée en studio. S’inspirant d’un fameux cliché réunissant Brel, Ferré et Brassens (on le devine au mur, à droite), voici Fred Raspail, Pierre Omer et Bernard Monney. Image: Fred Raspail

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Quelle élégance, ces manières rustiques. Quelle saveur, ces chansons de presque rien. Los Gatillos fait ses premiers pas en public. Réunion de musiciens bien connus de la région – Fred Raspail le Français, Pierre Omer et Bernard Monney, dit Monney B, de Genève – le trio donnera dimanche au Chat Noir son concert de vernissage.

Oyez ce premier album du même nom: «Los Gatillos», c’est l’écho âpre et capiteux des agapes à l’eau-de-vie, l’ambiance bravache d’une veillée qui s’éternise en fond de cave. Ou serait-ce d’une cale que les trois contrebandiers ont débarqué? De la rouille, on la sent dans les voix jetées sans préavis dans la bagarre. Guitare, batterie, accordéon, swing, blues, folk, jive, un chant d’amour, une note de rock’n’roll, un élan germanique ici, une gamme orientale par là. Et s’il y a du velours, alors c’est un baldaquin impérial rongé par les siècles. Tel ce vieux piano déglingué. «Des cambrioleurs, qui ne savaient pas quoi prendre, ont arraché l’ivoire des touches.»

Fred, Bernard et Pierre

Los Gatillos se nomment ainsi parce que tout a été fait dans un lieu du nom de Gatillon. Comme on pense tout de suite «petits chats», ce qui est faux, Los Gatillos, quand même, se représente volontiers par trois petits chats. «Gatillos, on ne le savait pas, veut dire gâchette.» Il y aura donc également un revolver. Ainsi de la pochette du disque, mais c’est tout.

Le Gatillon, c’est ici. Une grande ferme dans un coin perdu derrière le Salève. Pas une âme à qui causer. Pas de connexion. Aux murs, des photos, un cliché fameux: janvier 1969, Brel, Ferré et Brassens réunis en interview. Attablés devant force bouteilles bien entamées, Los Gatillos prennent la même pose. Ce qui leur a pris ce soir-là? Une envie de jouer, c’est sûr. Fred à un micro, Pierre aussi. Bernard, lui, parle à une pédale de grosse caisse.

Strict dehors, chaud dedans

De la dérision, il en couvait sous le toit du Gatillon, cette bâtisse jadis fréquentée par les hippies, désormais à la location pour les répétitions, les enregistrements et allez savoir quoi d’autre. Ce n’est pas un studio à la Peter Gabriel, avec les tables de mixages et tout le bataclan. Mais un lieu qu’on investit à sa guise, où il faut tout amener, ses instruments, son pique-nique. L’expérience a duré – quoi? – sept jours au mieux. À raison d’une ou deux nuit d’affilée sur place. Ça semble peu. Ça a suffi aux trois compères pour se mettre d’accord. Fred, qu’on connaissait il y a quinze ans autrement plus pop en Fred K, a sorti sa guitare et installé une caisse claire au pied. Il chante en allemand «Wiesn Sing», comme une danse macabre. Pierre alterne accordéon et six cordes, larguant d’un timbre sensuel un «See What’s Hidden» de cabaret postiche. Et Bernard, qui d’ordinaire gratte pour les Hell’s Kitchen et chante, notamment en français, d’étranges histoires («Né très jeune» est une comptine assez cruelle dans son genre, «d’une mauvaise foi affichée» selon l’auteur), s’échine sur une batterie bricolée. Entre autres curiosités inventées par le trio, on entendra les coups portés par cette brosse à vaisselle en guise de maillet.

«On envisageait un 45 tours, chacun son duo. Les sessions ont été fructueuses. On avait de quoi faire un album. Alors on a fait un groupe.» Trois bouts d’idées sur un papier, une chanson de plus. «On faisait une chanson triste, cinq minutes plus tard un thème enlevé. L’un ajoutait un solo, les autres riaient comme des bossus, alors on en rajoutait encore.» Ainsi vinrent au monde, sans crier gare, «Alfonsa», «J’irai t’enterrer à Ushuaia», «Like Good Men Should»… Spontané comme du garage underground, classieux comme du musical, opérant des clins d'œil furtifs à la Méditerranée, à la culture américaine (la reprise de «Down Bound Train» de Chuck Berry). Excentriques, punk dans l’âme, Los Gatillos, s’ils se présentent volontiers «stricts dehors», restent très chauds dedans.

«Los Gatillos» par Los Gatillos (Gutfeeling Records). En concert di 16 sept, bar du Chat Noir, 18 h, entrée libre. Infos: chatnoir.ch (TDG)

Créé: 14.09.2018, 18h25

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