Le retour placide d'un pianiste couronné

ClassiqueLauréat du derniers Concours de Genève Théo Fouchenneret est en concert au Festival de Bellerive. Portrait

Le pianiste niçois Théo Fouchenneret a remporté la finale du Concours de Genève ex æquo en novembre dernier et s’attelant au «Concerto N°3» de Béla Bartók.

Le pianiste niçois Théo Fouchenneret a remporté la finale du Concours de Genève ex æquo en novembre dernier et s’attelant au «Concerto N°3» de Béla Bartók. Image: ANNE-LAURE LECHAT

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

On chercherait l’indice d’un statut qui aurait changé depuis son dernier passage à Genève, on ne trouverait pas mieux pour illustrer l’affaire. Aujourd’hui lorsqu’on veut fixer un rendez-vous téléphonique avec Théo Fouchenneret, on se frotte à son agenda noirci jusqu’à l’invraisemblable, à ses cases prises depuis belle lurette, à des empêchements de toute sorte qui transforment en casse-tête ce qu’on croyait relever de la formalité. Après reports et ajustements de dernière minute, le pianiste trouve enfin un interstice utile. Il décroche alors son smartphone pour évoquer sur un ton posé son avenir proche, marqué notamment par une escale, le 9 juillet prochain, au festival de Bellerive. Mais il faut parler aussi du grand bond qu’a connu sa vie d’interprète depuis son incursion sous nos latitudes, en novembre dernier.

Bartók pour le sacre

À l’époque, le nom du Niçois de 24 ans ne résonnait qu’aux oreilles d’un cercle restreint de mélomanes, ceux qui observent les faits et gestes des jeunes talents. On croisait alors son nom dans tel projet de musique de chambre, dans telle autre formation – le Trio Messiaen. Voilà pour la première vie du musicien. La seconde? C’est d’abord un point de bascule, qui a projeté le pianiste dans une tout autre dimension. Il y a huit mois, l’homme foulait pour la première fois la scène du Victoria Hall, chemise noire, barbe d’une semaine. Puis, d’un calme olympien – une «sorte d’hyperprésence qui cachait bien le bouillonnement intérieur», nous raconte-t-il par téléphone – il dévalait les pentes redoutables du «Troisième Concerto» de Bartók face à un public médusé. Quelques heures plus tard, la performance mettait tout le monde d’accord au Concours de Genève. Le vénérable Joaquín Achúcarro, président du jury, lui remettait alors le Premier prix, ex æquo avec le Russe Dmitry Shishkin. Une autre vie pouvait alors commencer.

De quoi est-elle faite précisément? Théo Fouchenneret évoque les grandes mutations. Sa passion pour la musique de chambre, par exemple, n’est pas aussi assidûment cultivée qu’autrefois: «Les sollicitations pour les récitals se sont multipliées ces derniers mois, c’est indéniable. Alors je me concentre davantage sur ce pan de mes activités. Il faut tirer profit des bienfaits qu’apporte ce prix genevois, qui est une grande chance dans mon cheminement.»

Le Concours de Genève lui aurait donc fait pousser des ailes. Mais il a contribué aussi, paradoxalement, à garder les pieds sur terre. À travers des workshops animés par des professionnels de la musique (metteurs en scène, chorégraphes, organisateurs de concerts, managers, photographes, kinésithérapeutes,…) destinés aux lauréats, le pianiste dit «avoir appris ce que les écoles et les conservatoires n’enseignent pas». Le quotidien d’un artiste confirmé s’est dès lors dessiné avec davantage de précision.

Plus tard dans l’année, ce même programme d’accompagnement poussera Théo Fouchenneret à franchir le seuil de ces salles qui flattent un curriculum. Le prestigieux Gewandhaus de Leipzig en fera partie, par exemple. Ces rebonds prolongeront alors un parcours qui, sans surprises, a commencé il y a très longtemps déjà. «À trois ans, j’ai posé pour la première fois mes doigts sur un piano, se souvient le Français. Mon frère, qui était de neuf ans plus âgé, étudiait le violon. Assez vite j’ai compris que si je voulais jouer avec lui, il fallait que je l’accompagne au piano.»

Un compagnon vital

S’en est suivie une longue progression, dans les travées des écoles de Nice d’abord, puis au Conservatoire national de Paris. «À 13 ans, je savais que le piano était devenu un compagnon vital et que désormais je ne pouvais plus me passer de lui.» Les parents, eux, acquiescent et accompagnent l’orientation, bien qu’aucun des deux ne soit musicien: «Ce fut une chance pour moi. Ils ne m’ont jamais transmis leurs frustrations ou leurs visions de l’instrument. Ils ont tout simplement laissé les pédagogues s’occuper de moi.»

Une décennie plus tard, il faut retrouver ce talent dans les hauteurs de Bellerive. Loin des tensions que génère une compétition. Mais au plus près de compositeurs adulés par Théo Fouchenneret.


Théo Fouchenneret, en récital au festival de Bellerive, ma 9 juillet à 20 h 30. www.bellerive-festival.ch


Un festival en quatre suggestions

Le festival de Bellerive, qui ouvre ses portes le 8 juillet, prolonge cette année encore les quelques axes qui en ont fait la force. À savoir une offre thématisée pour chacune de ses sept journées; mais aussi un regard attentif sur de jeunes interprètes qui promettent de beaux lendemains. Fondatrice et directrice de l’événement, Lesley de Senger a concocté une ouverture avec l’ensemble suisse Chaarts Chamber Artists, épaulé par le violoniste Sasha Sitkovetsky et l’altiste Timothy Ridout, tous placés sous la direction tonique de Gábor Takács-Nagy.

Le final du festival perpétue lui aussi une tradition, puisqu’il sera animé par le même chef et par l’Orchestre de chambre du Festival de Verbier. Relevons encore le beau programme du 12 juillet, avec ses pièces teintées d’orientalisme, en compagnie de la violoncelliste Camille Thomas, de la pianiste Shani Diluka, du violoniste Kirill Troussov et de la soprano Nika Goric.

Enfin, les amateurs de répertoire américain ne manqueront pas le concert du 15 juillet. Gershwin, Bernstein et Amy Beach sont à l’affiche. R.Z.

Créé: 07.07.2019, 18h10

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Elections: le PLR impute sa défaite à Maudet
Plus...