Laboureurs de plaine plutôt que d'âme

CritiqueDepeche Mode propre en ordre mardi soir à Paléo, pour un concert en format «best of» qui parlait beaucoup aux oreilles, moins au cœur.

Le chanteur de Depeche Mode Dave Gahan.

Le chanteur de Depeche Mode Dave Gahan. Image: ANNE BICHSEL

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Avant de monter sur la scène du Paléo, Dave Gahan n'a pas mangé que de la tartiflette. Ou alors elle était particulièrement chargée. Plus chaud lapin qu'un meneur de revue à l'Alcazar, plus en forme qu'un coureur du Tour de France, le chanteur de Depeche Mode remue frénétiquement des bras et des fesses, visiblement fou de joie à l'idée de retrouver la plaine de l'Asse douze ans après un premier concert mémorable. Douze ans... Le temps de sortir trois disques, qui ne seront pratiquement pas joué à l'exception de leurs singles respectifs, dont un «Going Backwards» d'introduction. Aller à rebours, remonter le temps: la promesse du groupe anglais, mobilisant plusieurs générations au son d'un électro rock qu'il défricha en pionnier.

Sur le papier, la gageure était réussie mardi soir. La foule s'étendait massive, volontiers grisonnante avec des grappes plus juvéniles tout heureuses d'être cueillies par des basses de techno berlinoise à décorner l'intégralité du cheptel romand. Hélas, le surprenant manque de voix de Gahan n'avait pas besoin d'une grosse caisse aussi musculeuse, dont le gras se joignait au caoutchouc des synthétiseurs pour littéralement labourer la plaine. Les musiciens apparaissent bien mieux dosés que leur son, entre les gesticulations survitaminées du chanteur et le zen inaltérable du compositeur Martin Gore, guitare au flanc, aussi blond de tifs que blanc de costume alors que son Méphistophélès de camarade tend lascivement vers la foule un popotin moulé dans du rouge vif. Derrière eux, Fletcher, le troisième homme, reste l'indolent de l’électro, le Derrick technoïde qui lance les nappes sonores derrière ses lunettes noires. Un quatrième larron double les claviers et un batteur martyrise cette énorme grosse caisse.

Durant nonante minutes, les hits de Depeche Mode sont alignés avec beaucoup d'énergie et peu de subtilité, ne serait-ce le passage au micro de Martin Gore, accompagné d'une unique guitare. Visiblement fragilisé vocalement, Gahan compense par une expressivité maximum. «Let my body do the talking», croone-t-il sur «World in My Eyes». La foule remue au rythme des fesses du chanteur, qui les secoue comme une demoiselle à son premier bal. Mais à trop jouer au GO de Club Med', le chanteur empêche d'accéder à la profondeur mystérieuse qui fait l'univers de son groupe, dans ses mélodies fragiles, ses accords mineurs et ses intonations de voix profondes. Certes, ne serait-ce son timbre grave, Dave Gahan n'a jamais été Johnny Cash. Mais la version country de «Personal Jesus» de ce dernier recèle plus d'émotion que celle balancée sur l'Asse.

À tout prendre, on groove plus facilement sur les comptines d'«Everything Counts» et de «Just Can't Get Enough». La version de «Never let me down again» décolle aussi joliment. Mais l'on reste indemne de plus d'émotion partagée, comme si Depeche Mode, à trop se reposer sur la cosmétique et la puissance de feu, avait oublié d'y insuffler un supplément d'âme, un peu d'humain pour nourrir la machine.

Créé: 18.07.2018, 07h32

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