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Katerine, le concert qui rend moins con

Vu et entendu jeudi soir à Palexpo, dans le cadre d'Antigel: deux heures de disco, d’humour salvateur et d’épanouissement sexuel.

Philippe Katerine et son groupe, en concert jeudi 30 janvier sur la scène éphémère de la Halle 7, à Palexpo.
Philippe Katerine et son groupe, en concert jeudi 30 janvier sur la scène éphémère de la Halle 7, à Palexpo.
Frank Mentha

Jeudi soir, à l’heure où les enfants étaient soit dans leur lit douillet, soit à écouter le rap aimable de Bigflo&Oli dans l’Arena voisine, à deux encablures de là, une vague d’amour a submergé la Halle 7 de Palexpo. Il est 21h chez Antigel. La foule – salle comble, 2300 personnes – se prend des tombereaux de sentiments humains, de sexualité épanouie, de gaudriole cocasse, d’humour pince-sans-rire. Où l’évocation de notre anatomie (saint «anu» que l’on découvre telle une cartographie insoupçonnée) de même que les visions étonnantes induites par quelques substances hallucinogènes («des arbres en saucisse»? Aussi fort que «Paris en Vélib’» sous ecstasy) s’accompagnent d’une entraînante parade disco funk traversée d’un saxophone dégoulinant de sensualité.

Kitsch, pop, décalé. Ce diable de Katerine a encore péché. «Pardon, pardon…» De l’antre sombre des narines géantes posées en fond de scène, il est apparu en grenouillère blanche et boa noir, affectant cet air ahuri qui fait sa signature faciale. Wagner à fond dans les haut-parleurs. De sorte que le maître de cérémonie, feignant l’embarras, pourra d’entrée «couper le son». Avant de lâcher l’orchestre, telle une portée de chiots insatiables dans un jeu de quilles. Viendront alors «BB panda», «Stone avec toi», «La clef» et autres nouveautés, «Des bisous», «Le 20-04-2005» (alias «Marine Le Pen») pour le plus ancien. Sans oublier cette succulente «Banane» qui lui vaudra d’en recevoir une ou deux de la part des premiers rangs. «Merci. Plein de potassium. Philippe est content de manger.»

Péché de chair

Il s’était présenté seul il y a trois ans, accompagné d’une pianiste classique en tenue de récital, lui en roitelet de théâtre élisabéthain, arborant hauts-de-chausses et collants. À peu de chose près, le répertoire était le même, dans une version intimiste. Katerine, qui a commis depuis cet album choral, le foutraque «Confessions», devait logiquement renouer avec une grande formation. Chose vue par le passé déjà, en format psychédélique. L’autre soir, on en était à peu près là, mais dans une version autrement potache, qui laisse d’abord circonspect, une fois son fracassant départ passé. Manque de promiscuité avec l’artiste. La salle s’avère trop grande pour que la rétine s’attache au visage joufflu de Philippe. Il faut donc s’approcher, plus près encore. Juste devant, le public est vraiment dedans.

«Je vois à vos visages empourprés que vous avez commis le péché de chair aujourd’hui. Ça fait des souvenirs.» Ce coquin de Katerine use d’un ton obséquieux pour interroger ses ouailles à l’endroit de leur libido. «Peuple des montagnes, tends ton petit doigt, car tu lui dois tout.» Et l’assemblée de chanter ces paroles qu’aucun autre avant Katerine n’a su ou voulu mettre en musique: «Cérumen, cérumen!» L’auriculaire levé, on entonne cet hymne aux glandes sébacées, tandis qu’à chaque coin de la scène quatre gros doigts gonflables se dressent tels des phallus.

Le «Blond» superstar

Johnny est mort. Il en est question d’ailleurs dans la chanson qui dit «aimez-moi tant que je suis vivant». Bashung n’est plus. Et Christophe Maé ne faire guère plus d’effet qu’un chanteur à la croix de bois. Qui reste-t-il alors? Ce fou du roi, plus fort en com qu’il n’en donne l’air, s’impose trente ans après ses débuts comme le phénomène majeur de la chanson française pour adultes.

Philippe Katerine superstar, c’est le «Blond» qui n’a jamais eu à «montrer ses papiers après un attentat», le citoyen interloqué par une telle suffisance policière. Le «Blond» qui met l’autotune à fond sur la voix, tandis qu’un funk rock ronfle dans les graves, piano, basse, guitares, percussions, batterie et chœurs fonçant à bride abattue vers un moment d’extase dont on sent se préciser le climax.

Humaine diversité

«Faites de moi votre objet. Faites de moi l’objet de votre conversation.» C’est exactement cela qui s’est produit ce soir-là. Une sorte de jouissance, à la fois physique et intellectuelle, accompagnée par ce vrai faux gourou parfaitement goguenard.

On peut même trouver du sens à cette performance détonante. Au terme de deux heures d’un copieux concert, lorsque nez géant et doigts érectiles ont quitté le plateau, laissant apparaître ciel bleu et nuages jolis en fond de scène, Katerine achève son tour de chant sur ce «Duo» écrit avec Angèle et Chilly Gonzales. Que les paroles semblent bêtes en apparence. Elles en disent long, pourtant, sur le goût partagé pour la diversité du genre humain. «On joue la même mélodie, mais pas avec le même son. Et ça nous rend moins cons, et ça nous rend moins cons…»

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