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Julie Campiche, mille cordes à sa harpe

La musicienne genevoise présente le premier opus de son nouveau quartet, l’excellent «Onkalo».

Julie Campiche, harpiste genevoise, chez elle dans le chalet qu’elle habite avec son compagnon et leur fille, près de Cointrin: «Ces derniers jours, la qualité de l’air est excellente».
Julie Campiche, harpiste genevoise, chez elle dans le chalet qu’elle habite avec son compagnon et leur fille, près de Cointrin: «Ces derniers jours, la qualité de l’air est excellente».
Laurent Guiraud

Une composition en particulier résume la vision artistique de la harpiste Julie Campiche. Des cinq longues plages qui constituent son dernier album récemment paru, «Onkalo» donne son titre à l’ensemble. Et pour cause: au fil des douze minutes que dure cette pièce originale, tous les ingrédients chers à la musicienne genevoise entrent en piste.

D’abord, ce sont des sons étirés, lointains, comme des chants de baleine, le ruissellement de l’eau. Matière électronique au service des instrumentistes, les timbres ordinaires transformés par une batterie d’effets. Ensuite, ce sont les bruissements de l’orchestre que l’on perçoit, des sons naturels cette fois, les cordes grattées, les fûts effleurés, démarche propre à la musique bruitiste. Mais tout cela disparaît, pour laisser place à un saxophone évanescent, mangé par les réverbérations – héritage direct des grandes figures du jazz européen, Garbarek notamment. À cet instant, la batterie et la contrebasse lancent un groove solide, bien ancré dans ce XXIe siècle dont le carburant jazzistique cherche sa raison d’être dans les musiques rock, voire industrielles. Enfin, le solo de harpe, évoquant de très loin les Caraïbes, l’ouest africain, le luth «kora».

L’exotique contre la tradition

Julie Campiche et son nouveau quartet circulent d’un monde à l’autre. Manu Hagmann à la contrebasse, Clemens Kuratle à la batterie, Leo Fumagalli au sax – et tout le monde à l’électronique: voilà un équipage qui tient parfaitement les équilibres. Ce voyage, car c’en est un assurément, est une réussite totale, la marque d’une artiste maîtrisant parfaitement son art si particulier. Et le succès public de suivre, nombre de festivals d’Allemagne, de France lui ouvrant grandes leurs portes comme du temps de son précédent groupe Orioxy.

On s’attache à Julie Campiche, dont la musique séduit au plus large. Pour autant, son histoire n’avait pas commencé de façon si indiscutable. Une harpiste dans le jazz? Un tel exemple reste rare aujourd’hui encore. Comme hier. Il faut se rappeler Alice Coltrane, la très méditative épouse de saint John le saxophoniste, des expérimentations non moins radicales de Dorothy Ashby. Des femmes, pour l’essentiel. Sans compter que la harpe dans le jazz a longtemps été considérée comme une incongruité aux yeux des gardiens de la tradition. Pourtant, c’est bien en passant par cette école-là, celle des jam-sessions à couteaux tirés, que Julie Campiche a trouvé comment imposer son instrument, et son jeu, particulier lui aussi.

De formation classique, Julie Campiche découvre le jazz par le biais de l’AMR, à Genève. Avant de suivre une formation à la Haute École de musique, à Lausanne (HEMU), en cours d’achèvement. Ici, le parcours académique, et là, le travail autodidacte, délié de toutes écoles ou chapelles. Deux pans qui se croisent tout au long de sa carrière, dans un aller et retour non dénué de frottements et de coups de chance. Expérience qu’elle résume avec cette légèreté de ton qui s’accorde étonnamment bien avec le caractère volontaire, voire frondeur, de la musicienne: «Je saute dans la piscine et j’apprends à nager».

Trouver son esthétique

«Je n’ai jamais fait les choses dans l’ordre.À la HEMU, je termine un master, alors que je suis professionnelle depuis des années – un choix presque pathétique à vrai dire, sourit Julie Campiche. Et puis, avec un instrument aussi inhabituel que la harpe, pour convaincre les gens de te prendre, il faut chercher très loin. Également pour les écoles: ce n’est que depuis quelques années que les établissements supérieurs s’ouvrent à des instruments aussi particuliers, question de mode également.» Et de marché aussi: «Les festivals, aujourd’hui, sont gourmands de cet exotisme. Il est plus facile, désormais, de vendre un trio avec harpe qu’un trio avec piano.»

Un autre son, une autre manière de jouer. La harpe, relate Julie Campiche, peut aisément remplacer le piano ou la guitare. «En termes de registre, c’est similaire.» Avantage à la harpe: avec aucun, ou si peu de modèles à suivre, une esthétique nouvelle reste à trouver. Voilà le chemin qu’a pris Julie Campiche. Elle fonce. «Mon cadre de travail, c’est une attention extrême portée au son.» Elle fait mouche. Même si dans l’immédiat, au vu des circonstances sanitaires, économiques, la tête est à d’autres préoccupations. Julie Campiche est également sa propre manager, qui vient de lancer un compte sur Patreon, site web de financement participatif. «Onkalo» Julie Campiche (Meta Records)

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