John Fiore: «Carmen, c’est l’énergie et le soleil»

OpéraL’Opéra des Nations accueille la pièce de Bizet. Rencontre avec le chef d’orchestre qui la dirige

Le chef d’orchestre américain John Fiore retrouve l’Opéra des Nations après avoir dirigé la saison passée «Norma» de Bellini.

Le chef d’orchestre américain John Fiore retrouve l’Opéra des Nations après avoir dirigé la saison passée «Norma» de Bellini. Image: DR

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Au Grand Théâtre il est désormais chez lui. En une petite dizaine de saisons, le chef new-yorkais John Fiore y a dirigé pas moins de cinq opéras et il s’apprête à ouvrir l’exercice 2018-2019 de la maison lyrique genevoise avec la célébrissime «Carmen» de Bizet. Entre deux répétitions et à quelques jours du lever de rideau, l’Américain nous raconte sa vision de l’ouvrage et la relation intime qu’il entretient avec cet incontournable du répertoire lyrique.

«Carmen», une œuvre que vous avez dirigée…?

Oh, j’ai perdu le compte… Cela fait au moins vingt-cinq ans que je la côtoie de près.

Qu’éprouvez-vous en retrouvant cette pièce?

J’ai l’impression de renouer avec l’énergie et le soleil. Cette pièce est traversée par une joie de vivre présente même dans ses passages les plus sombres. En s’y attelant, on finit par se dire qu’il est tout simplement bon de faire de la musique.

Le premier souvenir lié à cet opéra?

Je l’ai vu une première fois sur scène à l’adolescence déjà. Puis, plus tard, alors que j’étais un jeune adulte, j’ai été bouleversé par une production présentée à Chicago, dans une mise en scène de Jean-Pierre Ponnelle. Je me souviens tout particulièrement de la version choisie, qui intégrait les dialogues plutôt que les récitatifs. D’ailleurs, lorsque j’ai fini par le diriger au Met de New York il y a une vingtaine d’années, j’ai choisi cette même version, que je trouve vraiment aboutie.

Est-ce que le regard que vous portez sur l’ouvrage a beaucoup changé depuis les premières productions auxquelles vous avez participé?

Disons que maintenant que je suis plus âgé, je fais des choix plus affirmés et je ne ressens plus, comme à mes débuts, l’envie de plaire à tout prix aux cantatrices et aux chanteurs. Je vous donne un exemple: la plupart des Carmen ont tendance à préférer des tempi lents, qui confèrent une certaine gravité au personnage. Longtemps, j’ai écouté et j’ai répondu à ce désir; aujourd’hui, je pense qu’on doit être plus mordant, notamment dans le premier acte, où la trame de l’histoire est exposée. Ici il faut à mon sens soigner le rythme et être attentif à garder la bonne tension dramaturgique.

Quel genre de conseils donnez-vous à une cantatrice qui doit incarner «Carmen» aujourd’hui?

J’aime que les nuances dans l’expression vocale, tout comme les tempi, soient bien contrastés. Les «crescendi» doivent avoir du caractère, parce que le livret l’exige. Ailleurs, dans les quintettes ou pour ce qui est des parties avec le chœur, il faut soigner les dynamiques et les détails. Voilà ce qui me paraît crucial.

Comment placez-vous l’œuvre dans la création du XIXe siècle?

C’est une pièce qui débute avec une certaine légèreté, dans un ton de quasi-vaudeville, et qui s’achève par un drame presque wagnérien, presque trop dogmatique d’ailleurs. C’est ce qui a provoqué l’incompréhension du public lors de ses premières représentations. En y plongeant, je regrette à chaque fois que Bizet soit mort si jeune, à 36 ans seulement. Parce que son écriture recèle des harmonies et des trouvailles d’une très grande modernité. Peu d’œuvres parviennent à attirer l’attention du grand public et des férus d’opéra. Il y a des numéros connus de tous, comme la «Habanera», et on y croise aussi des passages plus lyriques, plus sophistiqués et ciselés, portés en particulier par Micaëla.

Nietzsche disait que «Carmen» est un opéra qui vous rend parfait? Partagez-vous ce constat?

Oui, absolument, parce qu’on y trouve plein d’idées géniales et des passions démesurées. Aujourd’hui, je m’y confronte avec l’envie de créer quelque chose de nouveau à chaque représentation. Il y a bien sûr des piliers dans ses structures auxquels on ne doit pas toucher; mais à côté, on peut changer chaque soir des approches, des détails sur les lignes instrumentales. Cela me paraît important pour l’orchestre aussi, qui peut sortir ainsi de la routine.

L’univers sobre et épuré qui habite la mise en scène de Reinhild Hoffmann vous parle-t-il?

J’ai participé à des productions de «Carmen» aux styles parfois absolument antithétiques. Je reste ouvert à tout. Tant qu’on peut chanter la pièce, tant que le metteur en scène n’exige pas du chanteur qu’il évolue la tête sous l’eau, je pense qu’on peut tout faire.

«Carmen», Opéra des Nations, du 10 au 27 sept. Rens. www.geneveopera.ch (TDG)

Créé: 09.09.2018, 17h09

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