Joan Baez convoque ses fantômes d'une voix éprouvée mais expressive

CritiqueAvec un minimum de moyens, la chanteuse-symbole a fait un maximum au Montreux Jazz.

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Depuis des années, Joan Baez a compris, et accepté, que son nom serait toujours associé à celui de son ex le plus célèbre – Bob Dylan, pas Steve Jobs. Mercredi au Stravinski, la chanteuse a ainsi ouvert son concert avec «Don't Think Twice, It's All Right», un titre de 1962 du barde de Duluth et qui s'accorde plutôt bien à ses souvenirs par l'évocation d'une rupture et l'évaluation assez froide d'une relation révolue.

Seule sur sa grande scène, les pieds nus comme à la grande époque, l'égérie beatnik ne peine pas trop à prendre ses aises, acclamée d'office par un public conquis d'avance par cette femme symbole qui enchaîne avec Tom Waits («Last Leaf») et revient encore à Bob avec «Farewell Angelina». D'abord rejointe par deux musiciens – dont son fils aux percussions – Joan Baez chantera quelques titres avec une jeune collègue, sans cacher que sa voix ne copine plus avec les notes hautes. Mais l'émotion transperce ses difficultés vocales. Elle gagne même parfois en tranchant et en poignant, grâce à une tessiture plus trouble, plus sèche.

Souriante mais déterminée, Joan Baez invite tous ses fantômes à la ronde. Woody Guthrie avec la chanson «Deportee» du héros folk, chanson de 1948 sur un crash aérien et ses victimes mexicaines (rappel de l'actualité et de ses origines); Mimi Baez, sa petite soeur, sur «leur» chanson «Catch the Wind»; encore Dylan, mais sur sa propre composition, fameuse, «Diamonds & Rust» – «Here comes your ghost again». Sa fibre politique, francisée sur «Le temps des cerises», est autrement circonscrite à sa lutte du Mouvement des droits civiques pour les Noirs américains – le spiritual «No More Auction Block» et sa condamnation de l'esclavagisme en exergue. Même Barack Obama apparaît dans «The President Sang Amazing Grace».

Dans un registre plus ouvert, Leonard Cohen s'invite au gré d'une belle interprétation de «Suzanne», Simon & Garfunkel sur «The Boxer» ou John Lennon sur «Imagine». Le répertoire a de la cohérence et de la consistance pour qui cherche à ressaisir en un seul concert le parcours et la stature d'une héroïne dont les convictions ont au moins la même importance que la musique. Légèrement chancelants, soulignés d'une belle et juste pointe d'amertume, les adieux de celle qui donnera son ultime (?) concert le 28 juillet à Madrid ne furent pas tristes à Montreux.

Créé: 04.07.2019, 06h56

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