Jean Rondeau, la voie intrépide du clavecin

ClassiqueGrande révélation de l’année passée, le Français est en concert au Festival Agapé. Interview

Jean Rondeau, jeune claveciniste qui ne cesse de monter dans le firmament baroque

Jean Rondeau, jeune claveciniste qui ne cesse de monter dans le firmament baroque Image: EDOUARD BRESSY

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Un souffle d’air frais se lève sur un instrument, le clavecin, associé hâtivement à des figures autrement plus austères que Jean Rondeau. Le jeune français – 24 ans – dont la coiffe soigneusement désordonnée génère commentaires et étonnement, surprend surtout par la maturité de ses interprétations. Astre montant dans le firmament baroque, le claveciniste est en concert samedi, dans le cadre du Festival Agapé.

Vous avez choisi très jeune un instrument qui ne s’impose pas naturellement dans les esprits des musiciens débutants. Qu’est-ce qui vous a fait craquer?

Je l’ai entendu pour la première fois à la radio, à l’âge de 5 ans. J’ai eu un coup de foudre immédiat pour ses sonorités. J’ai su alors très vite que j’allais en jouer, et ce avant même d’avoir eu un contact direct avec lui. Ce qui m’a saisi relève moins de son esthétique, de ses apparences et de son histoire que d’un contact avec le son. En recevant par la suite mon premier instrument, j’ai réagi comme un enfant confronté à un nouveau jouet: je me suis mis à en jouer sans perdre de temps.

Durant vos années de formation, vous avez côtoyé beaucoup de figures. Mais il y en a une, Blandine Verlet, dont vous dites qu’elle a compté plus que tous. Que vous a-t-elle transmis de plus précieux?

J’ai l’impression de ne pas avoir fréquenté tant de figures que ça, mais il est vrai que la rencontre avec Blandine Verlet a été capitale. C’est elle qui m’a appris la musique, qui m’a initié au clavecin et qui m’a accompagné par la suite. Elle a été ma professeure entre 6 et 18 ans. Durant cette longue période, elle a su entretenir la passion que je vivais pour mon instrument et pour la musique en général. En tant que pédagogue, je la trouvais exemplaire, dans la mesure où elle faisait de la place aux idées des élèves. Elle n’essayait pas d’imposer les siennes. Cela est plutôt rare dans le monde académique.

En parlant de clavecin, on pense aussi à quelques interprètes monumentaux du passé, aux Scott Ross et Gustav Leonhardt. Est-ce qu’ils ont inspiré votre art? Est-ce qu’il vous arrive de les écouter?

A vrai dire, je n’ai jamais écouté du clavecin sur disque. Je crois que tout cela s’explique par un réflexe: si j’ai envie d’entendre une Partita de Bach au clavecin, je me mets face à l’instrument et je la joue moi-même. Par contre, quand j’écoute des disques, j’opte presque toujours pour des œuvres écrites pour plusieurs instruments; cela va du quatuor à l’orchestral en passant par le répertoire lyrique.

Vous venez de publier un disque où figurent de nombreuses œuvres de Bach retranscrites pour clavecin. Un choix étonnant quand on pense aux innombrables pièces écrites pour votre instrument par le Cantor de Leipzig…

Dans ce premier disque, il y a surtout un thème qui me tient à cœur, c’est celui de l’imagination, qui est une idée capitale en musique. En partant sur cette piste, je me suis dit qu’un des moyens de cheminer consistait à utiliser des transcriptions notamment, et de faire appel à des pièces conçues à l’origine pour d’autres instruments. Il m’arrive de constater très souvent, en jouant des œuvres chez moi, que je suis en train de penser au violoncelle, à la viole de gambe ou à un hautbois. Ce travail d’imagination guide aussi les pas d’un interprète et j’ai voulu en rendre compte sur disque, en convoquant des œuvres pour violon ou pour flûte.

Vous êtes aussi actif dans le jazz, avec le groupe Note Forget. Qu’est-ce qui vous a poussé dans ce domaine si éloigné du monde baroque?

Vers l’âge de 12 ans, j’ai commencé à prendre des cours de piano au conservatoire, mais l’expérience ne m’a pas convaincu. J’ai été confronté à une professeure un peu trop académique. Je me suis mis alors au jazz grâce à un enseignant qui m’a poussé davantage vers la pratique de l’improvisation. J’ai fini par y trouver mon compte dans la mesure où j’ai toujours eu le réflexe d’improviser à chaque fois que je me trouvais face au clavier. J’estime que pour avoir une bonne approche de la musique, il est bon de toucher à l’écriture, à l’improvisation autant qu’à l’interprétation. C’est un triangle dont il faut savoir appréhender chaque angle. Je suis toujours étonné de rencontrer des musiciens formidables, qui peuvent jouer de très belle manière le répertoire écrit mais sont incapables de se lâcher et d’improviser.

Votre look décontracté a fait couler beaucoup d’encre. Qu’est-ce que cela vous procure, d’être perçu comme une sorte d’anomalie heureuse?

Dans la mesure où ça ne découle pas d’un effet désiré ni d’une stratégie d’image, tout cela m’importe peu. Cela m’énerve parfois, même si je reconnais que mes apparences peuvent être perçues comme moins austères que celles de certains clavecinistes du passé. Mais, au fond, je reste naturel et simple. Je suis ainsi, sans calcul. Les commentaires qui m’accompagnent démontrent que l’image du clavecin souffre encore d’une mauvaise image.

Jean Rondeau au Festival Agapé, Temple de la Madeleine, sa 13 juin à 17h. Rens. www.festivalagape.org (TDG)

Créé: 12.06.2015, 20h55

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