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Quand Ivan Ilic dévoile les traits cachés de Haydn

Le pianiste américain a gravé en première mondiale trois retranscriptions de symphonies du compositeur autrichien. Une aventure réjouissante.

Avec cet album dédié à Haydn, Ivan Ilic explore une nouvelle friche.
Avec cet album dédié à Haydn, Ivan Ilic explore une nouvelle friche.
DR

Peut-on évoquer cet album et les trois œuvres qu’il enferme sans passer par le récit savoureux – relevant presque du conte de fées – qui a permis l’éclosion de ce projet? L’histoire débute par un carton délaissé, rempli de partitions couvertes de poussière. Ces centaines de pages depuis longtemps somnolentes ont revu la lumière tout à fait par hasard, lorsque le pianiste américain d’origine serbe et établi en France Ivan Ilic est alerté par une amie résident à Cologne. Celle-ci vient de recevoir d’une voisine le carton en question, ayant appartenu à une musicienne amatrice décédée. À son intérieur, plusieurs pièces, éditées dans un passé lointain, s’empilent. Intrigué, le pianiste décide de faire le voyage en Allemagne pour sonder la teneur de ce matériel mystérieux.

Surprise! Il y découvre les transcriptions de plusieurs symphonies de Haydn, élaborées entre 1769 et 1792 par le chef d’orchestre, claveciniste et compositeur allemand David Stegmann. Ces arrangements témoignent une fois encore d’une pratique très en vogue à l’époque, qui permettait à un pan de la société mélomane du XVIIIe siècle, d’entendre et de jouer chez soi le répertoire symphonique en version réduite et ramassée. La valeur artistique de ces réinventions se révèle être ici et là conséquente. À cette considération de départ s’ajoute le fait que jamais personne, auparavant, n’avait gravé les arrangements de Stegmann. Voilà alors réunies au moins deux bonnes raisons pour filer vers les studios d’enregistrement. C’est ce qu’a fait Ivan Ilic, non sans avoir opéré au préalable un choix dans le corpus et l’avoir testé, en le jouant pendant un certain temps en récital. La réaction du public, plus qu’intrigué par cette musique, a fini par le convaincre de la nécessité de poursuivre la démarche.

Aujourd’hui, avec la parution de ces inédits, le pianiste prolonge davantage encore ce chemin qui le place depuis plusieurs années quelque part entre le défricheur de sous-bois musicaux et l’explorateur des marges. Sa série d’albums - toujours en cours – consacrés à l’œuvre trop méconnue d’Anton Reicha, a ouvert une brèche réjouissante. Ici, le mélomane fermant les yeux et oubliant la verve orchestrale des pièces originales, pénétrera un nouveau monde. Celui dense et touffu de la «Symphonie N°75», par exemple, qui aligne tel passage sombre («Grave») et telle élévation subtile et élégante («Presto»). Et il savourera tout particulièrement les lignes de la «Symphonie N°44», dite «Funèbre», qui affiche les plus beaux traits pianistiques. Par la distinction du jeu et la justesse de ton et de style qui le traverse; mais aussi par les quelques traits d’humour distillés ici et là par Ivan Ilic, cet album réjouit dès sa première écoute. Il est hautement recommandable, donc.

«Ivan Ilic plays Haydn», «Symphonies N°92, 75 & 44» retranscrites par David Stegmann. Chandos

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