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Hyperculte, propagande dadaïste

Le bouillonnant duo genevois de rock hypnotique livre «Massif occidental», un deuxième album pour réveiller les consciences

Vendredi 3 mai 2019, Usine: l’association Kalvingrad accueille le concert vernissage d‘Hyperculte. Le duo est installé à même le sol, au niveau du public. «Cette configuration donne l’impression d’être ensemble à la guerre», apprécie la batteuse Simone Aubert.
Vendredi 3 mai 2019, Usine: l’association Kalvingrad accueille le concert vernissage d‘Hyperculte. Le duo est installé à même le sol, au niveau du public. «Cette configuration donne l’impression d’être ensemble à la guerre», apprécie la batteuse Simone Aubert.
Frank Mentha

Voici «Massif occidental», deuxième album studio des Genevois Hyperculte, la batteuse Simone Aubert et le contrebassiste Vincent Bertholet, également chanteurs harangueurs…

Ce «Massif», on peut le contempler de loin: c’est une musique dansante, cavalcade sur la caisse claire, pulsation sourde des cordes, surmontée par des chœurs lancinants. «Nous sommes une armée de rêveurs, nous sommes invincibles.» «Et si nous nous mettions à vivre.» «Siamo Tutti Black Bloc.» Pénétrer dans le «Massif» à présent. Voilà qu’on débouche sur une autre dimension. Urgence climatique, justice sociale, prise de conscience, désobéissance civile, haut les cœurs, gare aux pavés qui volent! «Envie de faire un peu de propagande», sourit Vincent Bertholet. Telle est l’armature idéologique d’Hyperculte.

Casser le mur

Dire qu’Hyperculte est un duo de chanteurs est juste. Rappeler que Vincent Bertholet et Simone Aubert, en bons instrumentistes «alternatifs», portaient à l’origine une aversion totale au chant est juste aussi. «On a dit: «On essaie.» Et nous y voilà encore.» Dilettante? De profession alors. Sans quoi, le résultat ne serait clairement pas à la hauteur de nos attentes. Hyperculte, en effet, résulte d’un gros travail de production, dans le choix des timbres notamment, complétés aujourd’hui par l’ajout de synthétiseurs. Sur la dynamique des voix également, ici le parlando près de l’oreille, là le refrain résonnant dans le lointain tel un hymne désespéré.

La scène aussi participe de ce travail d’ensemble. Où la pulsation, le groove, prend une dimension parfois dantesque. C’était à Kalvingrad, au rez de l’Usine, vendredi 3 mai. Concert vernissage. Le duo jouait à même le sol, les haut-parleurs postés derrière lui, le public amassé au plus près des instruments. Casser le mur entre interprète et auditoire, réduire ce rapport de façade omniprésent dans les concerts rock, pareille formule, proposée régulièrement par Kalvingrad, a séduit Hyperculte. «Cette configuration donne l’impression d’être ensemble à la guerre», se réjouit Simone, qui ajoute: «Kalvingrad, qui programme du local, mériterait un gros soutien financier.»

«Les «gilets jaunes» sont des héros»

«Siamo Tutti Black Block» encore. Témoignage d’une manif dans les Alpes italiennes. Déclamé une première fois dans le spectacle «La violence de nos rêves», conçu avec Jérôme Richer. La tirade a été rapatriée sur l’album. «Ces luttes sont très belles, soutient Simone, mais les violences policières me font trop peur depuis que je les ai subies.» Vincent poursuit: «Les «gilets jaunes» sont des résistants, des héros, parce qu’ils connaissent le risque d’être gravement blessés, défigurés. Ils se battent pour des acquis sociaux en train de disparaître.»

Intellectuellement, et musicalement, le duo s’est façonné ainsi: en vrac, ce sont les beaux-arts, le punk, les squats, la Cave 12, le Théâtre de l’Usine, le festival Baz’Art (codirigé par Simone), cet autre festival Face Z (codirigé par Vincent), la galerie d’art Halle Nord, également les groupes Massicot, pour Simone, Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp, pour Vincent. Enfin, la pop éventuellement, et le do-it-yourself assurément. «Deux jours de répet’ et c’est parti!» Mais s’il ne fallait retenir qu’une chose, alors c’est le dada. Celui de Tristan Tzara. Comme celui, tardif pour ainsi dire, de Brigitte Fontaine. Deux figures dont Hyperculte nourri son écriture. Ou «comment dire des choses intelligentes de manière poétique.»

«Massif occidental» Hyperculte (Bongo Joe)

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