L’homme qui a mis l’art de la rue à l’Asse

Paléo FestivalAncien espoir de la chanson romande, Patrick Chambaz règne sur la Ruche qui propose du théâtre de rue et du cirque.

Patrick Chambaz est le roi de la Ruche, le lieu destiné à l'art de rue et du cirque.

Patrick Chambaz est le roi de la Ruche, le lieu destiné à l'art de rue et du cirque. Image: VANESSA CARDOSO

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Son chapeau pork pie sur la tête, sa chemise à motifs et ses sandales. Patrick Chambaz a créé la Ruche à son image: bariolée, décontractée et joyeuse. Le lieu fête cette année ses onze ans d’existence. Ce festival dans le festival est un joli capharnaüm où s’expriment les arts de la rue et du cirque. À l’écart du tumulte du terrain de l’Asse, la belle clairière accueille à chaque édition près de 80 artistes qui jouent devant 50'000 à 60'000 spectateurs. Certains spectacles sortent aussi du lieu pour des déambulations dans les allées du festival.

«Patrick est un personnage à part dans le festival, souligne le programmateur Jacques Monnier. Aujourd’hui, l’offre de la Ruche est un élément complémentaire au reste de la programmation. Il a réussi à l’imposer pour qu’elle fasse partie de l’ADN du Paléo.»

Le roi de la Ruche partage avec Daniel Rossellat et Jacques Monnier le fait d’avoir inventé son métier dans le cadre du Paléo. Avant de devenir un expert dans les arts de la rue et du cirque, Patrick Chambaz était connu comme un grand espoir de la chanson romande. À 31 ans, il était sur le point de signer avec une maison de disques quand un drame l’a conduit à se réorienter: le décès de son père, qui était très impliqué dans sa carrière. «J’ai encore fait une chanson pour lui, mais, ensuite, j’étais incapable d’écrire», témoigne-t-il. Il remontera toutefois sur scène au début des années 1990 pour une tournée avec Pascal Rinaldi et Thierry Romanens. Le spectacle «Deux chanteurs et une cloche» est une suite de gags et de sketches avec en toile de fond la musique dans lequel l’ex-chanteur contribue à l’éducation métaphysique en comparant l’âme humaine à une tête d’allumette.

Le coup des trois pingouins

Patrick Chambaz est alors déjà reconverti. En 1988, il est engagé au Paléo comme responsable des animations musicales sur le terrain de Colovray. À l’époque, celles-ci se résument à des mariachis et des style bands qui font patienter les festivaliers entre deux concerts. «Une connaissance m’avait parlé du festival des arts de la rue d’Aurillac en France. J’y suis allé et j’ai découvert un monde nouveau.» Il y engage six compagnies pour l’édition suivante de 1989. Il y dégote notamment trois pingouins délurés qui amusent le public en les giclant de boue avec leurs grandes palmes. Le pari est une réussite. «J’avais d’abord eu droit à des critiques à cause du prix des cachets, se souvient-il. Mais à la fin du festival, Daniel Rossellat m’a dit que c’était ça qu’il fallait sur le terrain. D’autant plus que l’année suivante nous montions nous installer à l’Asse.»

S’il obtient le soutien des responsables du Paléo, Patrick Chambaz devra encore attendre quelques années avant que ses propositions artistiques obtiennent une reconnaissance large. «Il y a eu des résistances au sein du festival, raconte-t-il. Il est arrivé que des soundchecks non annoncés empêchent les artistes en déambulation de jouer devant les scènes.»

Le Nyonnais tient bon jusqu’à ce qu’il obtienne un lieu pour accueillir des spectacles. Ce sera d’abord la Crique, où se tient aujourd’hui la scène du Détour. Puis vient la Ruche, qui permet d’étoffer la programmation mais surtout de donner une âme propre au projet avec ses petites scènes, ses lieux d’expo et son bar. «Patrick a eu le mérite de nous démontrer que les arts de la rue pouvaient se jouer sur des petits plateaux», note Jacques Monnier. Un savoir que le spécialiste exporte en 2002 dans la région des Trois-Lacs où il programme les spectacles de rue sur les arteplages d’Expo.02.

«J’ai vraiment l’impression de créer quand j’imagine le thème de l’année et la décoration de la Ruche», insiste Patrick Chambaz, qui est engagé à 35% au Paléo. Il doit être imaginatif pour organiser les représentations des compagnies habituées à une certaine improvisation. L’ambiance bohème et le désordre certain du lieu possèdent un terme qui leur est propre: ce sont des chambazeries. «Il y a quelques années, le mot était péjoratif, se rappelle le principal intéressé. Désormais, il a une connotation sympa.»

Après onze années à la Ruche, son patron n’envisage pas de changer une formule qui fonctionne. «Je ne suis pas encore lassé.» Le public non plus à en croire l’affluence tous les soirs.

Créé: 17.07.2018, 19h13

A la Ruche

Du burlesque poétique et cacophonique

La Ruche offre une plongée dans le burlesque, entre poésie et cacophonie. Le thème de l’année veut proposer un voyage avec neuf spectacles différents qui useront de toutes les ficelles de la discipline: pastiches, farces et détournements pour introduire un décalage entre la réalité et sa représentation. Dans l’affiche, Patrick Chambaz peine à sortir un spectacle du lot: «Je ne programme que des coups de cœur.» Il s’arrête quand même sur la compagnie Titanos, qui occupe un horaire difficile souvent en concurrence avec la grande scène. Dans «Ouroboros», des artistes français, déjà vus au Festival de la Cité, invitent à une fête foraine mystico-sidérurgique autour d’une mini-grande roue et dans un climat de revendications syndicales. Le spectateur peut même rêver d’un tour sur le manège. À noter encore que sept compagnies partiront de la Ruche pour parader sur le terrain.

Un mardi rock, de métissages en noirs présages

Paléo 2018. Où tout commence un peu baba. Aux premiers sons de l’Asse, Altin Gün prend la Grande Scène à la turque, psychédélique rock sur syncopes battantes. De l’Orient déboule sous le jour finissant, les soli de guitares fusent, tandis qu’une grande rousse à la voix voltigeuse invite la foule à lever les mains pour danser. Fragrance méridionale dans un furieux retour des sixties.
À l’Est gronde les nationalismes? En contre-pied, en résistance, la nef rock répond d’une salve nourrie de fleurs métisses. Comme le sont également les mélodies bien roulées d’Imam Baildi. La Grèce d’aujourd’hui en formation énergique sur la scène du Dôme. Ce sont des rythmes à dos de chameau, du Proche-Orient retravaillé pop, le reggae, le rap aussi, en vis-à-vis du chant grandiloquent comme on l’aimait particulièrement jadis. Sentez cette poésie montée en variété, consacrée hier par des Theodorakis et autres Hadjidakis, à présent disputée gaillardement entre luth tradition et basse électrique, entre vocalise qu’on chante si bien à la manière d’une tragédie et les riddim de la Jamaïque. Imam Baildi, où la fille vêtue d’une robe verte telle une diva de salon rencontre le petit gars venu de l’Afrique noire, enfant d’une migration que les cuistres ne voudraient certainement pas voir ainsi représentée, en public.
Pendant ce temps-là, Les Arches, grande scène en second. Declan McKenna, Oasis traversé de bouts de Queen, ou était-ce l’inverse? Rien de vraiment nouveau, sinon la composition du groupe, qui vaut bien une mention: une fille à la guitare, une autre à la batterie, un garçon au chant et en jupe. Aujourd’hui, on peut faire ça. Et les codes machistes du rock s’en trouvent tout remués? La musique, elle, poursuit dans la tradition…
On planait doucement à l’entame de cette 43e édition, lorsque retentit un cri autrement plus violent. Les Américains Algiers au Détour, c’est un déluge de décibels pour un blues virant industriel, un hymne soul martelé par les machines, secoué par la batterie. À présent, le soleil disparaît. Les ombres s’emparent de Paléo. Bientôt, viendra la danse noire de Depeche Mode… Fabrice Gottraux

Mercredi soir: Jain, Vianney, The Killers, MGMT, Eddy de Pretto, Warhaus, Nina Kravitz, etc.

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