Henri Dès: «La seule chose qui m’angoisse, c’est l’ennui»

TémoignageVictime d’un arrêt cardiaque en novembre dernier, le chanteur reprend du poil de la bête et prépare déjà son retour sur scène. Confidences chez lui, à Lonay.

Sa chienne Fragola aide Henri Dès à reprendre du poil de la bête.(Photo: Odile Meylan)

Sa chienne Fragola aide Henri Dès à reprendre du poil de la bête.(Photo: Odile Meylan) Image: Odile Meylan

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Il n’a pas perdu son sourire. Le pas est ralenti, le corps amaigri, mais le visage radieux. Lorsqu’il nous accueille dans sa maison, à Lonay, on ne dirait pas qu’Henri Dès a frôlé la mort il y a deux mois. Il trinque à l’eau: «Santé! Et ce n’est pas un mot dit au hasard.» Le 27 novembre dernier, le chanteur pour enfants s’est écroulé sur son canapé. Sans le massage cardiaque de sa compagne Nathaly, le Vaudois de 79 ans serait mort ce jour-là. Au milieu du salon, à côté de sa piscine intérieure, trône un vélo d’appartement. La dernière nouveauté de la maison. Après avoir annulé une tournée solo en décembre et janvier, dont deux dates à Morges, le moustachu se remet en forme, travaille sa voix et sa guitare, s’apprête à remonter sur scène fin mars en Belgique et prévoit d’assurer une vingtaine de dates dans l’année.

Comment vous sentez-vous?
Ça va tous les jours un peu mieux, parce que je fais ce qu’il faut pour. Je fais de la gym, je vais dans ma piscine, je fais du vélo d’appartement et de la marche tous les jours. J’ai un coach qui me suit deux fois par semaine. Je dois reprendre du muscle, j’ai perdu neuf kilos. Et je fais des siestes. Dès que mon corps me dit stop, je l’écoute.

Vous avez cru y rester?
J’aurais pu finir légume, j’ai eu beaucoup de chance. Au début, les médecins ne connaissaient pas mon sort. C’était une grosse inquiétude pour ma famille. Moi, je ne me souviens de rien. J’ai perdu connaissance sur le canapé. Je regardais «The Irishman» de Martin Scorsese sur Netflix. Je ne l’ai pas fini depuis. Mais il faudrait, pour que je sache à quel moment mon cœur s’est arrêté. C’est arrivé d’une seconde à l’autre, ploc. J’ai fait un bruit bizarre avec ma bouche, je gesticulais avec mes poings, puis je me suis écroulé. Heureusement, Nathaly était là. Elle m’a sauvé la vie avec un massage cardiaque, en attendant les secours (ndlr: juste retour de service pour celui qui a composé la chanson de la campagne de sensibilisation du 144 en 2014). Cela tient à rien. Si elle avait été dans la cuisine, je serais probablement mort. Toutes les secondes étaient comptées.

Y a-t-il eu des signes avant-coureurs?
Apparemment je me plaignais de douleurs dorsales quelques jours avant. Mais aucune autre explication.

À quel moment avez-vous repris connaissance?
Aux soins intensifs du CHUV. C’était la douche froide. Ils m’ont raconté que j’étais agressif, je tripotais les infirmières, je faisais n’importe quoi. J’étais sous médicaments, complètement désinhibé, je n’avais plus de freins. J’ai ensuite été transféré à l’hôpital de Morges. J’étais pire. Je me suis barré à cinq heures du matin, j’ai marché pendant une heure sous la pluie pour rentrer chez moi. Je suis arrivé trempé, puis je me suis couché. J’ai ressenti un besoin très fort de liberté. Les infirmières ont eu très peur. Comme je ne voulais pas les mettre dans l’embarras, j’ai pris un taxi pour y retourner. J’ai fait une dizaine de jours d’hôpital en tout, avant de pouvoir rentrer chez moi.

Cet événement a-t-il changé quelque chose en vous?
Honnêtement, pas grand-chose. Tout le monde s’étonne que je n’aille pas voir un psy. Mais je n’ai aucun choc post-traumatique. La seule chose qui m’angoisse, c’est l’ennui. Je n’ai jamais eu peur de mourir. Et ce n’est toujours pas le cas aujourd’hui. Imaginez, si je m’inquiète à l’avance de refaire une crise cardiaque, je me pourris la vie, c’est la double peine. Si ça arrive, et bien ce sera comme ça. Au revoir.

Avez-vous préparé l’après?
Oui. D’ailleurs, j’ai eu une prémonition de ce qui allait arriver. Je savais que j’allais mourir, mais je ne suis pas mort. Six mois avant que mon cœur s’arrête, je me suis mis à préparer mon testament, à dire à mes enfants comment devait se passer l’enterrement, à écrire un album pour mon fils Pierrick pour lui léguer un héritage (lire encadré). C’est très étrange. J’avais préparé ma mort, sans savoir pourquoi.

Le jour où cela arrivera vraiment, qu’aimeriez-vous que l’on retienne de vous?
J’espère que mes chansons continueront à exister après moi. Ce que l’on dira sur moi, ça m’est un peu égal. Mais au vu de la quantité d’amour que j’ai reçu de toute part après cet événement, j’ai la conscience tranquille, j’ai l’impression de ne pas avoir été tout faux. J’ai notamment reçu une lettre d’une jeune femme de 27 ans qui aimerait m’épouser. Je vais devoir lui expliquer que ce n’est pas possible (rires).

Avez-vous eu peur de ne jamais remonter sur scène?
Du moment que l’on m’a dit que mes cordes vocales n’étaient pas endommagées, j’ai été rassuré. Et le fait de m’imposer des exercices physiques pour aller mieux me rassure. Car tout ça repose sur moi. J’ai envie de continuer, c’est tellement un plaisir de voir des salles pleines qui chantent avec moi. Surtout les parents qui chantent plus forts que les enfants! J’en ai besoin. Je ne vais pas m’emmerder à rester à la maison devant la télé. Mais je ne cours pas après les concerts, il faut que les conditions le permettent.

Vous vous imaginez sur scène jusqu’à votre dernier souffle?
Tant que je suis en bonne forme, je ne vois pas pourquoi je prendrais ma retraite. Je m’ennuierais. Si mon corps ne suit plus, je m’arrêterai. Mais pas avant. Il y a une armée de gens qui viennent encore me voir. Comme si toute l’enfance des gens remontait à la surface, qu’ils avaient besoin de ça. Et moi j’ai besoin d’eux.

Créé: 11.02.2020, 11h59

Un album écrit et composé pour son fils

«Tonton Pierrick» - Que ce soit avec le groupe Ze Grands Gamins ou en solo, «Tonton Pierrick» a beaucoup chanté le répertoire de papa ces derniers temps. L’année passée, Pierrick Destraz a publié «Le temps perdu», un album de reprises des premières chansons d’Henri Dès, celles pour adultes, bien avant sa carrière de chanteur pour enfants. «Tout cela a provoqué quelque chose d’étrange en moi, explique Henri Dès. J’ai eu peur qu’il soit à court de nouvelles chansons.»

Toutes les nuits - Quelques mois avant son arrêt cardiaque, il se met à écrire et à composer avec sa guitare, toutes les nuits vers 4 h du matin. Résultat? Environ cinquante chansons. En découle un disque de douze titres, intitulé «Maintenant on est là», qui devrait voir le jour avant la fin de l’année.

«Sois fort» - «On revient du studio, j’étais avec lui tout le long, pour l’accompagner et le conseiller.» Henri Dès ne résiste pas à l’envie de nous faire écouter les premiers morceaux. Au bout d’un long couloir, dans son bureau où sont encadrées ses nombreuses récompenses, le musicien appuie sur «play». Pas question de l’interrompre, sinon la chanson redémarre au début. Il y a le morceau titre de l’album: «Maintenant on est là», un hymne écolo gentiment inoffensif et à la ritournelle qui colle au crâne, «une chanson d’aujourd’hui qui donne le ton politique et engagé du disque», selon Henri Dès, qui assure que «ce ne sont pas des bluettes». Il y a surtout le plus réussi «Sois fort», ballade émouvante à double résonance, écrite par un père pour son fils, et qu’un fils chante pour son père.

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