La guerre des festivals pour attirer les superstars

ConcertsStevie Wonder, Pharrell Williams (à Montreux) et Stromae (au Paléo): les open airs s’arrachent ce tiercé gagnant. Comment ont-ils été convaincus de s’arrêter en Suisse romande? Décryptage.

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Stromae, Stevie Wonder, Pharrell Williams. Trois vedettes, toutes en concert cet été. Au Paléo, à Montreux. Et presque partout ailleurs en Europe. Champion de l’agenda, Stromae n’aligne rien moins que 25 dates, à commencer par le Primavera de Barcelone dès le week-end prochain. Ce géant parmi les géants des opens airs — 150 artistes à l’affiche — donne le coup d’envoi d’une saison particulièrement monochrome en ce qui concerne ses têtes d’affiche. Le public les plébiscite, les billets s’arrachent. Derrière l’attrait pour l’événement pointe une autre explication qui tient à la pure économie du concert.

1. Des cachets à sept chiffres
La scène reste un excellent moyen de vendre de la musique enregistrée. Pour bien des groupes, un concert paie mieux que le disque. En revanche, les superstars de la pop pourraient a priori se passer de la scène, l’industrie du disque ayant enfin retrouvé un semblant d’équilibre entre vente numérique et physique. Si Stromae, Pharrell Williams et Stevie Wonder font leur grande tournée d’été — bien que ce dernier n’ait pas d’actualité discographique —, c’est aussi pour gagner plus. Entre 400 000 et 500 000 francs, voilà ce qu’une superstar comme Stevie Wonder peut gagner en une soirée. Encore trop frais pour prétendre à un salaire de ministre malgré son énorme succès, Stromae, pour sa part, peut compter sur un cachet entre 100 000 et 200 000 francs.

2. Un agenda congestionné
Stromae, dont les tournées débordent — cas rare pour un artiste francophone — jusque dans les pays anglo-saxons, ajoute avec sa venue au Paléo en juillet une date de plus à son agenda congestionné: en une année, de fin 2013 à fin 2014, le chanteur belge aura donné quatre concerts en Suisse romande, dont trois dates à Genève, notamment à l’Arena (8500 personnes). «Très vite, nous nous sommes aperçus que Stromae n’avait, et de loin, par encore réuni tous ses auditeurs potentiels», relève Jacques Monnier, programmateur au Paléo. C’est ici et maintenant que l’auteur de Formidable a du succès. Il faut donc mettre le paquet ici et maintenant.

Idem de Pharrell Williams. L’artiste est venu plus d’une fois jouer en Europe sous l’enseigne du groupe NERD. En solo, il vaut déjà 250 millions de vues sur YouTube. Mais seulement une dizaine de dates cet été, contre près d’une trentaine pour Stromae…

3. Une concurrence mondiale
Tout ce beau monde débarque en Suisse en juillet. Parce que les opens airs sont sûrs de drainer du public? Surtout, parce que ces festivals n’ont pas d’autres créneaux à disposition pour signer ces artistes-là. D’une part, les tournées d’été n’ont rien à voir avec celles, annuelles, qui passent de clubs en Arena. L’été a ses contraintes propres, compliquées par l’explosion de la concurrence à l’échelle mondiale. Lorsqu’il envisage de programmer un Stevie Wonder, Montreux sait qu’une telle pointure est susceptible de jouer aussi bien en Europe qu’en Amérique du Nord. Mais aussi en Asie — au Japon, en Chine — et en Europe de l’Est, deux zones nouvelles pour les tournées d’été.

Tous ces festivals ont lieu pour la plupart en juillet, comme le Heineken Open’er Festival en Pologne et le Fuji Rock au Japon. La fenêtre des possibles se restreint terriblement: «Avant, on travaillait sur une période allant de juin à août, explique Kem Lalot, programmateur des Eurockéennes de Belfort. Aujourd’hui, le calendrier est saucissonné: les stars internationales sont disponibles de fin mai à mi-juin, et de fin juin à mi-juillet.»

4. Le rôle des agents
Les agents, généralement installés en Angleterre, gèrent le marché européen des stars internationales. A eux de trouver la meilleure offre, le «routing» — le trajet — le plus favorable, la tournée la plus rentable, en cachet, en déplacement, en jauge, voire en prestige aussi, pour jouer sur le Vieux-Continent. L’agent, «plus proche du banquier que du programmateur» souligne Jacques Monnier, établit plusieurs trajets, en limitant les jours chômés, le nombre de kilomètres parcourus. Puis soumet ses préférences au manager de l’artiste, qui tranchera.

L’artiste a-t-il son mot à dire? Eventuellement. Stevie Wonder, lui, voulait se produire cet été dans des festivals de jazz. Les gros open airs étaient hors course. Paléo n’a même pas songé à négocier. Quant au groupe canadien Arcade Fire — qui aligne une dizaine de dates entre Barcelone et Dublin — il évite la Suisse, déçu, paraît-il, de l’accueil du public local. Les programmateurs suisses, pour leur part, notent simplement que le groupe demande aujourd’hui des cachets particulièrement élevés…

Créé: 23.05.2014, 22h29

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