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Au Grand Théâtre, des Indes pas si galantes

La mise en scène de Lydia Steier fait de l’oeuvre de Rameau un voyage strident et contrasté en terres exotiques

Scène de la première entrée, chez le «Turc généreux» Osman Pacha.
Scène de la première entrée, chez le «Turc généreux» Osman Pacha.
MAGALI DOUGADOS

Partons par l’étonnant épilogue des «Indes Galantes». Par cette célèbre danse du Grand Calumet de la Paix qui est un hymne à l’énergie irrésistible, avec sa mélodie entêtante qui vous poursuit des heures durant. Au Grand Théâtre, ses allants festifs ont laissé la place aux pas feutrés; les attaques nerveuses et les scansions sèches ont cédé aux rythmes lents et aux propos murmurés. Un hâle de mystère quasi funèbre s’est alors emparé de la scène; des flocons de neige et une lumière toujours plus crépusculaire ont enveloppé les décors imposants. Les voix déclinantes des «Forets paisibles » ont alors parachevé le long voyage en terres exotiques imaginé en 1735 par Jean-Philippe Rameau.

Orchestre superlatif

Si le final a tant frappé les esprits, vendredi soir à l’heure de la première, c’est parce qu’il y a eu là une communion plutôt rare entre la fosse - occupée par une Cappella Mediterranea et par son chef Leonardo García Alarcón simplement superlatifs - et les bruissements délicats du plateau. Partout ailleurs, ces «Indes Galantes» ont montré un autre visage, souvent contrasté et strident, au jeu toujours soutenu, voire nerveux, et aux tableaux saturés par une foule de personnages bariolés. Cet opéra-ballet exigeant pose aujourd’hui un nombre conséquent de défis. Passons par la charpente: en quatre tableaux (dits ici «entrées») que rien ne relie, surgissent autant de contextes dépaysants dont on imagine mal la cohabitation dans un seul geste scénique. Avec Rameau, on quitte un Pacha turc pour rejoindre un roi Inca; on s’invite chez un prince persan et on termine le périple chez des sauvages non bien définis. Et le livret? Il est difficilement recevable aujourd’hui, foisonnant comme il est de femmes captives de cours despotiques, et de célébrations de l’oeuvre de civilisation de voyageurs occidentaux.

Comment donner un sens et une unité à tout cela? La mise en scène de l’Américaine Lydia Steier y a répondu de manière astucieuse, en accompagnant ces récits d’une superstructure omniprésente. Cette nouvelle production se déploie alors dans les décors (de la scénographe Heike Scheele) d’un théâtre décati, qui tombe progressivement en ruine. Une mise en abîme est ainsi servie qui permet de tourner en dérision les parties absconses du livret et d’établir une distance avec le récit. Le procédé est activé par intermittence et il est particulièrement efficace dans la troisième entrée, chez les Perses, où la narration glisse dans un deuxième degré comique: tel air langoureux («Dans ces jardins, l’amour m’appelle») prenant par exemple des allures de parodie. C’est aussi le cas chez les Turcs, par une trouvaille simple reposant sur un clin d’oeil subtil : d’une malle, surgit le costume du Pacha qu’on devine, par une étiquette posée sur le contenant, avoir servi à un autre spectacle, «L’Enlèvement au sérail de Mozart». L’orientalisme, encore lui, revient en écho. Enfin, Lydia Steier résout l’équation du dominant-dominé avec une solution qui invertit les rôles: les cours éloignées sont souvent belligérantes, hostiles et peu ouvertes à la soumission placide.

Plateau encombré

Le plus souvent, l’action se développe sur un plateau surchargé, encombré même (la dernière «entrée») par l’omniprésence non requise par le livret de danseurs ou de personnages secondaires. Les mouvements et les chorégraphies de ce peuple opulent paraissent erratiques par endroits, en particulier dans les deux premiers tableaux. Ils ont tendance à phagocyter ici et là une distribution qui aligne par ailleurs des voix très homogènes, soutenues par un choeur faisant comme souvent dans l’excellence.

«Les Indes Galantes», de J.-P. Rameau, Grand Théâtre, jusqu’au 29 déc. www.gtg.ch

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