Gentil comme OrelSan, extrême comme Di-Meh, Makala & Cie. Faites votre choix!

Paléo 2018Le rap s'impose à Paléo? C'est de la variété molle pour certain. C'est une violence cathartique pour les autres. Souvenirs d'un vendredi contrasté.

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Pour ma part, c’est tout vu. Il faut que ça crache, il faut que ça cogne. La catharsis, la baffe, le lessivage des tympans, l’assaut sans pitié des beats sur les corps, les hurlements, secouer, secouer et encore secouer. À quoi sert la musique live, sinon à retourner l’audience!

Paléo 2018. La dite nouvelle variété s’impose, sur la Grande Scène, sur Les Arches. Lorenzo par-ci, Nekfeu par-là. Roméo Elvis encore et OrelSan vendredi soir. Grande Scène pour Aurél le terrible. Qui paraît bien gentil vu de l’Asse. «Vous écrivez quoi, monsieur?» «Des méchancetés sur OrelSan…» «Quoi?! Mais il ne dit que la vérité!» Et c’est vrai. Miroir du monde occidental tel que vécu par les 20-30 ans, OrelSan est le héraut de la génération «Je cherche du sens» et like mon selfie. Encore faudrait-il entendre ce qu’il dit, tant les basses sont fortes et la voix couverte. «On s’en fout, tout le monde connaît les paroles.» Alors, bon. Aurél, c’est un gars simple, pas grosse tête, non non. «C’est la première fois sur la Grande Scène, la première fois qu’il y a autant de monde. On aime jouer dans le coin.» Simple. Basique.

Un garçon trop poli

Musique à sample, musique à basse, à clavier, boîte à rythmes et batterie. Poumtchik ad libitum. Fort bien fait mais… si mou, en vérité. «Y a des filles ici?» A la mesure des cris d’approbation, il y en a, beaucoup. Sacré OrelSan, passable comme le camarade de classe passe-partout, gouailleur tout de même mais en aucun cas flamboyant. Le charme d’une huître mais les mots assez riches pour toucher. Quand on les entend… «J’ai déjà envisagé des cousines, quitte à risquer le triso». Ou «plus rien d’excitant, je baise toujours la même meuf depuis six ans». Voire philosophique: «Les vérités sont compliquées, les clichés sont stables». Simple. Basique. Hétéro calibré, cisgenre étalonné. Un reflet du temps, oui, mais parcellaire. Et pas tant visionnaire. S’il y a de la rage – mettons plutôt: de petits énervements, des frustrations passagères – c’est le fait d’un gars demi-épanoui dans un monde demi-pourri. Rien de grave, en fait. La plume, la musique, la pose, la hargne, la scène enfin – à l’exception d’un final énergique sur la chanson «Basique» reprise une seconde fois – tout cela reste si poli.

Le rap francophone s’impose. Le rap constitue la nouvelle variété? Oui, et c’est bien là que ça coince. Il s’agit bien de variété, avec tout ce que le terme indique de non prise de risque, de nécessité commerciale. La place du rock’n’roll alors, violente, suante, indocile surtout, reste à prendre. On pourrait même ajouter: la place du rap lui-même, celui qui, à ses origines, allait remplacer à juste titre le rock, reste elle aussi vacante.

Extrême comme le XTrm Tour

On est allé voir ensuite le XTrm Tour. Club Tent, haute température. Trois furies crachant leurs poumons. Sans répit, les Di-Meh, Slimka et Makala, la clique SuperWak du bout du lac, le trio bondissant du rap fun bombastique chauffé de boom bap ultralourd, de trap assassine, attaque la scène comme d’antan.

SuperWak Clique, ou comment faire de la pèlerine de Paléo un accessoire de mode. Di-Meh, Slimka et Makala, ou l’art de bouger comme des bêtes, sapés comme des rois, attitude arrogante qui sied si bien à la déferlante qui s’ensuit. «Faites le cercle!» Et la foule amassée devant la scène s’écarte, les gobelets s’envolent, des vêtements suivent. Un soutien-gorge? Pas eu le temps de vérifier. À présent, il doit être là-bas sous les feux du groupe, devant les crash-barrières, piétinés par des centaines de gaillards, de mamzelles aussi, sautant en bloc, comme des fous. Pogo, comme l’appelle certain. Danse frénétique d’une population en lâcher prise totale. Les agents de sécurité ont les yeux grands ouverts. C’est chaud. Très chaud.

XTrm. Ces trois-là n’ont pas volé leur nom. Ce sera, pour nous, le meilleur souvenir de ce vendredi. Une claque. Un truc méchant comme il faut. Pur jeu de scène. Pure énergie. Tout ce qu’il faut pour vivre le concert comme un moment hors du monde, unique.

Créé: 21.07.2018, 17h28

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