Genève vibre avec un colosse de l’art lyrique

Grand ThéâtreLe chef Georg Fritzsch évoque son «Ring» de Wagner à la veille d’une première attendue.

Le chef d’orchestre Georg Fritzsch dans le foyer du Grand Théâtre à la veille de la première de «L’Or du Rhin».

Le chef d’orchestre Georg Fritzsch dans le foyer du Grand Théâtre à la veille de la première de «L’Or du Rhin». Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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Pour en venir à bout, il aura fallu une préparation imposante, à la hauteur de la démesure de l’ouvrage. Ainsi, après quatre mois de travail acharné, après quarante-huit répétitions avec orchestre et cent vingt scéniques avec piano, le monumental «Der Ring des Nibelungen» – appelé communément le «Ring» – de Wagner est enfin prêt à retrouver cette scène du Grand Théâtre où il a été présenté une première fois voilà cinq ans. L’échéance est attendue: avec la première représentation du cycle, dès mardi, la maison genevoise dévoilera les nouveaux traits de son bâtiment, qui a retrouvé les couleurs et le faste de ses débuts après trois ans de travaux. Sur le front artistique, le chef allemand Georg Fritzsch renoue avec un ouvrage qui l’aimante depuis toujours et qu’il peut diriger à nouveau, dans des conditions qu’il qualifie d’exceptionnelles.

Qu’est-ce que le «Ring» représente dans la carrière d’un chef?

Cette œuvre demeure à mon sens l’«opus magnum» du répertoire lyrique et le point culminant aussi pour un chef. Cela est d’autant plus vrai en ce qui me concerne que j’ai terminé mon tour du répertoire wagnérien précisément avec la Tétralogie. Sur le plan émotionnel, j’avoue avoir été davantage saisi par «Tristan et Isolde», ou encore par «Les Maîtres chanteurs de Nuremberg» et «Parsifal». Mais l’écriture du «Ring» est tellement riche, grandiose et mystérieuse! On est là hors catégorie.

Parmi les trois journées et le prologue de l’ouvrage, est-ce qu’il y a des passages que vous redoutez spécialement?

Oui, la plus grande difficulté je la situe dans ce point de bascule que représente le troisième acte de «Siegfried». Parce que sa conception coïncide avec la construction du Festspielhaus de Bayreuth. Cette salle permet à Wagner d’expérimenter de nouvelles pistes instrumentales et d’établir dans son écriture de nouveaux équilibres entre l’orchestre et les voix. Or, nous devons tenir compte de ce rapport inédit lorsque nous présentons l’ouvrage ailleurs, dans des salles qui présentent d’autres caractéristiques structurelles. C’est un défi important que de comprendre comment gérer ce rapport de force entre voix et instruments. Le Grand Théâtre présente une excellente acoustique du côté de l’orchestre et je pense aussi que l’équilibre avec les voix est aisé à établir.

Est-ce que la Tétralogie, sa durée et sa richesse, impose un défi physique particulier au chef qui la dirige?

Vous aurez peut-être de la peine à le croire mais le temps passé ici s’apparente à des vacances: je ne dirige que quatre fois par semaine et je n’ai rien d’autre à faire. Certes, je peux être fatigué après une représentation, et je le serai sans doute dès mardi, mais il n’y aura rien d’exceptionnel à cela. En Allemagne, nous avons l’habitude de nous confronter à une telle variété de répertoire, à une vitesse si impressionnante. Les pièces à l’affiche changent vite et on travaille avec d’autres paramètres. Je vous le dis clairement, je m’amuse beaucoup dans cette maison, et je ne cesse de remercier les musiciens de l’Orchestre de la Suisse romande pour la chaleur et la qualité qui se dégage de chaque répétition. D’entrée, il y a eu une vraie osmose entre nous.

Comment qualifieriez-vous votre signature sur le «Ring»?

J’espère réussir à transmettre l’idée que ce grand ouvrage repose sur les mots, sur leur esprit profond. Wagner fait coexister plusieurs niveaux d’information: mots, sous-texte et musique se superposent; mais le compositeur place la parole au centre de tout. Je dois donc faire en sorte que les chanteurs lui donnent vie en respectant son esprit et sa musicalité.

Êtes-vous attaché à une version de l’œuvre, à un enregistrement spécifique?

Non, pas vraiment. Je suis connecté à Wagner depuis quarante ans et j’ai conçu ma propre vision sur ses œuvres. J’ai cependant admiré, lorsque j’étais jeune musicien, un chef allemand qui a longtemps dirigé ici, à la tête de l’Orchestre de la Suisse romande: Wolfgang Sawallisch. Je l’ai vu sur scène au début des années 1970 à Dresde et je l’ai trouvé si sensible et impressionnant dans sa façon d’établir justement un équilibre entre les mots et la musique. Lorsque j’ai dirigé pour la première fois «Tannhäuser», je me suis tourné tout naturellement vers sa version pour trouver ce même équilibre, cette même élasticité du son.

Qu’est-ce que cela vous fait d’être là pour la réouverture de cette maison lyrique, après trois ans de travaux?

J’ai trouvé ici un alignement de planètes très étonnant. Je dirige pour la réouverture d’un théâtre européen de renom, ce qui constitue pour moi un grand honneur. Je le fais avec un chef-d’œuvre que je chéris et en compagnie d’un orchestre au son et à la tradition noble. Et puis il y a un autre aspect. Longtemps durant ma jeunesse, j’ai collectionné des cartes postales des Alpes. Ma préférée représentait le Mont-Blanc. Or, le régime politique dans lequel j’ai grandi m’a empêché, jusqu’à l’âge de 27 ans, de visiter les Alpes et le Mont-Blanc. À l’époque, jamais je n’aurais pu imaginer qu’un jour, des décennies plus tard, j’allais diriger le «Ring» dans le monde libre, qui plus est au pied du Mont-Blanc. «Der Ring des Nibelungen» de Richard Wagner, du 12 fév. au 17 mars. Rens. www.geneveopera.ch

Créé: 11.02.2019, 17h39

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