Fusion chaude au cœur de l’ethnomusicologie

Musique et danseEn novembre, les Ateliers titillent la pop, emmenés par leur nouveau directeur, Fabrice Contri.

Derek Gripper, guitariste sud-africain, joue le répertoire de la harpe luth ouest-africaine, la kora, dont il transcrit les notes avant de laisser place à l’improvisation.

Derek Gripper, guitariste sud-africain, joue le répertoire de la harpe luth ouest-africaine, la kora, dont il transcrit les notes avant de laisser place à l’improvisation. Image: Simon Attwell

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Fusion. Le terme est indissociable des années 70, du jazz-rock de Weather Report au rap metal de Run DMC. On croyait l’affaire classée. Voilà qu’elle revient. En 2018, c’est au cœur des musiques traditionnelles que ça «fusionne». De préférence au pluriel, histoire qu’on y mette autant d’Asie que d’Afrique, d’Ottomans que d’Ibères, de Grecs que d’Ukrainiens.

Chaudes, les fusions. Tel est le thème que se sont donné les Ateliers d’ethnomusicologie pour leur festival d’automne, à suivre du 1er au 11 novembre. Une édition attendue, d’autant plus qu’il s’agit de la première manifestation d’envergure programmée entièrement par le nouveau directeur des Ateliers, Fabrice Contri (lire ci-dessous).

Que dit le programme? Qu’il y aura force rencontres «inédites» à suivre à l’AMR et à l’Alhambra. Également des vedettes proches de la pop. Ainsi du violoncelliste Vincent Segal. Vu aux côtés du rocker -M- aussi bien que du joueur de kora malien Ballaké Sissoko, ce féru d’Afrique prend à Genève une autre direction encore: la musique classique turque, en compagnie de Savas Özkök, à la cithare kanun, et Derya Türkan, à la vièle kemence. À suivre samedi 3 novembre. Que dire encore du trio Sara, emmené par le violoniste Tunisien Jasser Haj Youssef, joignant à l’archet piano et contrebasse? Lancé dans les gammes complexes du maqâm arabe, voilà un équipage parfaitement comestible pour un festival de jazz. À voir vendredi 9 novembre.

Éclectisme savoureux

En 2018, les Ateliers jouent à cheval entre répertoires plus grand public et sélections pointues. Est-il pour autant pop, l’esprit du festival tel que voulu par le nouveau directeur? Oui, en ce qui concerne sa présentation. Ce sont les danses et chants de Russie et d’Ukraine par le chœur The Virtual Village Ensemble, oui, mais dans un programme sondant le populaire «Sacre du printemps» de Stravinski. De la canzone popolare de Gênes par la compagnie Trallalero? Certes, mais à la croisée du bel canto. De même, là où il est question de la célèbre harpe luth mandingue, la kora, le répertoire est revisité par le guitariste sud-africain Derek Gripper. En 2018, les Fusions de Fabrice Contri visent un plus large public que les seuls amateurs de musiques traditionnelles. Au risque de déplaire à ces derniers? On relève le côté «formule» du programme; on se réjouit, toutefois, de ce festival à l’éclectisme néanmoins savoureux.

«Les musiques programmées par les Ateliers, défend Fabrice Contri, c’est tout ce qui n’est pas strictement du domaine du jazz ou de la musique classique, tout ce qui n’est pas lié à une tradition écrite, notamment en ce qui concerne la transmission. J’essaie de mettre en valeur des musiques pas ou peu programmées dans les grands réseaux de distribution, peu présentes dans le quotidien des gens. Si un chanteur de rap amène sa vision liée à une culture particulière, alors, oui, celui-ci aura une place dans les concerts des Ateliers.»

Festival Les nuits du monde: Fusions Du 1er au 11 nov., AMR et Alhambra. Infos: adem.ch

Créé: 29.10.2018, 19h47

Fabrice Contri, du baroque à l’Inde

Il s’est formé à la musique baroque avant de se découvrir une passion pour les musiques de l’Inde. Enseignant l’ethnomusicologie à la Haute École de musique de Genève (HEM) et au Conservatoire de Lyon, Fabrice Contri a pris
la suite de Laurent Aubert à la tête des Ateliers d’ethnomusicologie.
Si ces derniers travaillent en équipe – notamment en
ce qui concerne les ateliers à proprement parler, soit les cours de musique et de danse – Fabrice Contri se charge en particulier de la programmation: «J’entends mettre en avant deux choses. La dimension pédagogique, en collaboration avec la HEM notamment. Et la notion de proximité: donner la parole aux musiciens me semble important, autrement dit faire en sorte qu’ils s’expriment eux-mêmes, autant sur leur pratique musicale que sur la musicologie. Je trouve important qu’on ne sépare pas la scène de la salle. Cette séparation nous vient du romantisme, qui sacralise la scène jusqu’à en faire un espace tabou. Au contraire, créons des passerelles.» Durant le festival Fusions, les auditeurs les plus hardis pourront ainsi se retrouver régulièrement
dans le foyer de l’Alhambra, où Fabrice Contri donnera «conférence» en compagnie, tour à tour, de Vincent Segal
(3 nov.), Jasser Haj Youssef (9 nov.) et Olga Velitchkina
(11 nov.). «Nous faisons en sorte de proposer au public ce qu’il ne trouve pas sur internet. Le public d’aujourd’hui a un accès important à la diversité culturelle. Que peut-on lui offrir de plus alors, sinon de dialoguer avec les musiciens et voir de près les instruments?»

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