Flèche Love, sensation forte

PortraitSamedi à l'Usine, la chanteuse genevoise a livré un spectacle total, où la danse se mêle aux machines. Rencontre en coulisses.

Flèche Love sur la scène du Rez de l’Usine, samedi 5 octobre 2019.

Flèche Love sur la scène du Rez de l’Usine, samedi 5 octobre 2019. Image: Laurent Guiraud

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Samedi dernier à l’Usine, ça a été comme une révélation, l’évidence qu’une artiste aussi particulière que fascinante vient de trouver sa voie vers le public, livrant un spectacle total portant loin l’exercice du concert.

On connaissait Amina Cadelli comme vocaliste au sein de Kadebostany. Expérience mortifère. L’artiste genevoise d’origine algérienne a repris sa liberté. Flèche Love est née, qui façonne une pop électronique traversée de hip-hop et de sons mondialisés. L’album «Naga part.1», paru au printemps dernier, en donne un aperçu saisissant. Mais c’est sur scène que la jeune femme devient proprement extraordinaire.

La danse pour porter la voix

Vous la voyez arriver, menue, les cheveux plaqués sur le crâne, brassière et pantalon noir laissant voir sa peau couverte de tatouages. D’entrée, elle fixe le public, l’appelle du regard. Elle ne le lâchera plus. Son chant s’élève, tantôt en anglais, tantôt en espagnol, d’abord doucement, caressant, gémissant. Elle danse alors, les mouvements du corps serpentent dans les faisceaux de lumière. Un rap transforme subitement le ton, qui descend dans les graves: plus dure, virulente, Flèche Love esquisse des gestes saccadés, tel un automate. Et lorsque la main, enfin, vrille l’air avec souplesse, des orgues puissantes vrombissent dans la salle, tandis que la mélodie monte et monte encore dans un registre lyrique.

Flèche Love touche. Elle aussi n’y échappe pas: elle avoue même pleurer quand elle compose. «Pas parce que je me trouve géniale, non, mais parce qu’une corde résonne en moi lorsque je me sais sur la bonne voie.»

Puissance et vulnérabilité

Confessions faites en coulisses, après l’extase scénique devant un public conquis: Flèche Love veut embrasser tous les sentiments, toutes les émotions. «La danse, c’est le prolongement de la voix. Comme si je portais le chant. Mes chansons racontent mon cheminement personnel, spirituel. Il est là, mon défi: partager cet intime sans qu’il ne devienne indigeste, sans morale ni prosélytisme. Je suis hyperconsciente de moi-même, pas toujours de ce que je dégage. En revanche, je sais ce que je veux exprimer: ce sont les différentes facettes de ma personnalité, de la puissance à la vulnérabilité. Pour dire ceci: «Tu peux être ce que tu veux, et tout en même temps.»

Il y a deux ans à peine, son concert ressemblait à un chantier. C’était à Onex, dans le cadre des Créatives: les idées bourgeonnaient, l’ensemble partait dans mille directions. Elle testait ses chansons. Il a fallu trouver une équipe, un cadre de travail. Une société française s’occupe désormais de sa tournée hexagonale. Le ténor romand des concerts Opus One a pris le relais en Suisse: «Flèche Love possède un potentiel énorme, elle est singulière mais sait toucher un large public», s’enthousiasme Lola Nada, chargée du booking. Deux musiciens, à présent, l’accompagnent partout, Sabine Stenkors au synthé basse et Vincent Pedretti à la batterie. En 2019, Flèche Love a concentré son art dans un show radical, d’une intensité impressionnante, où le corps a autant d’importance que la voix.

Être punk et persévérer

«Mon corps, je le porte comme on porte un habit. Depuis toute petite, je m’y sens à l’étroit. Le mouvement permet de dépasser cette sensation d’enfermement.» Alors, elle a mis des tatouages partout, sur le dos, les bras, le torse, jusqu’à la naissance du cou. À présent, son physique se confond avec son habit de scène.

Sa danse convoque le flamenco, le Maghreb, comme le krump des gangs de Los Angeles. Y perçoit-on du mime également? De toutes les cultures qu’elle a «avalées», elle cite les références en vrac. La danse matricielle du butô élaborée par Ushio Amagatsu, la dextérité plus que parfaite du Cirque du Soleil. Flèche Love, c’est sûr, a quelque chose de l’acrobate prête à bondir. Et la musique? Électronique comme la sienne, pleine de pathos également, la Néerlandaise Sevdaliza lui plaît autant que le metal. Des musclés de la guitare, des hurleurs velus, c’est, dit-elle, l’assurance d’un spectacle aussi visuel que musical. «Tout est question d’intensité et d’intention.» Un maître mot? «Jusqu’au-boutiste. Je voudrais changer la manière dont on se rend au concert, de produire dans les opéras, les musées et les cirques…»

Origines berbères

Un jour, Amina Cadelli a rencontré Rachid Taha. C’était à Paris, en juin 2018, juste avant que le chanteur franco-algérien ne décède brutalement. Taha voulait la voir. «Il m’a dit: «Toi, tu es une punk. Il faut que tu persévères. Ça prendra du temps, mais c’est ta route.» Être punk, grand projet. Qui réclame ses figures tutélaires. Kate Bush, Björk et Aphex Twin pour Amina Cadelli: «Personne ne leur ressemble, leur carrière n’a pas été simple.» Elle le sait bien: «Ce qui est difficile, c’est de rester ouverte et poreuse à ce qui se fait autour de soi, tout en préservant sa propre alchimie.» Taha est mort le 12 septembre 2018. Il laisse un album: publication posthume, avec cette chanson, «Wahdi», écrite avec Flèche Love, en arabe.

Le Maghreb, ses origines berbères, tout cela s’exprime dans les percussions. Voilà le cœur de son prochain album, «Naga part. 2», sortie prévue pour le début de l’année 2020: «Je veux des darboukas, des cajons, des pas qui frappent le sol. Je veux la musique qui amène la transe.»

Créé: 07.10.2019, 19h57

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