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La fin des Beatles fut une longue et tacite agonie

En avril 1970, Paul McCartney quittait le groupe le plus influent des Sixties et scellait sa fin officielle. Retour sur un trépas que personne ne voulait endosser.

Alors que les années 60 tiraient sur leur fin, le groupe phare de la décennie se consumait secrètement.
Alors que les années 60 tiraient sur leur fin, le groupe phare de la décennie se consumait secrètement.
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Parfois une mort en efface une autre. Au registre du trauma collectif, l’assassinat de John Lennon, en décembre 1980, fut d’une telle ampleur qu’il tempéra le choc, dix ans et quelques mois plus tôt, de la fin des Beatles, le groupe le plus influent des Sixties. Son groupe? «J’ai créé puis j’ai dissous les Beatles, c’est aussi simple que cela», aimera à claironner Lennon au cours de la décennie suivante où, à l’instar de Ringo Starr, de George Harrison et de Paul McCartney, il mènera une carrière dont les nombreux disques se liront systématiquement au regard de son œuvre de «jeunesse» – aucun membre du groupe n’avait 30 ans au moment de sa séparation.

Mais ce matin du 10 avril 1970, c’est bien «Macca» qui fait les gros titres de la presse anglaise. La veille, son communiqué est tombé dans les rédactions: «Paul quits The Beatles», titre le «Daily Mirror». Une bombe, vite reprise par l’ensemble des médias. On ignore si les Beatles étaient vraiment «plus célèbres que le Christ», ainsi que l’avait envisagé Lennon, mais leur mort connaît un impact planétaire. Le bassiste portera comme un fardeau injuste son rôle de traître doublé de fourbe, qui scella la fin du groupe par une initiative solitaire, doublée d’une annonce promotionnelle pour son premier disque.

Les habits du fossoyeur

L’histoire est cruelle. La mort des Beatles – et c’est un cas unique dans la saga pop, aussi unique que l’était la force créatrice du groupe – fut en réalité une très longue et tacite agonie. De fait, la formation de Liverpool était sous respirateur artificiel depuis plusieurs années mais aucun de ses membres, ni personne de son entourage, ne voulait endosser les habits du fossoyeur. Le retentissement des Beatles fut si important (le 10 avril 1970, un journaliste parla de «début du déclin de l’Empire britannique») qu’on a depuis étudié comme un objet historique les multiples facteurs de son implosion.

On a visé Yoko Ono, bien sûr. Femme, Japonaise, artiste conceptuelle: tout était réuni pour stigmatiser la compagne de John Lennon depuis 1968, si accro qu’il refusait qu’elle quitte son flanc ne serait-ce que le temps d’enregistrer une chanson. Pas simple pour un groupe qui, à l’exception du producteur George Martin et de l’organiste Billy Preston, n’avait jamais accueilli un invité en son sein. Et, sans doute, cette passion dévorante n’a pas aidé à l’équilibre des forces. Mais Ono était aussi l’incarnation des envies de changement de Lennon: on sait désormais que c’est bien lui qui annonça le premier son départ, le 20 septembre 1969, encouragé par les bonnes réactions de son concert «solo» à Toronto en compagnie du Plastic Ono Band. Il fut convenu de garder cette décision secrète, le temps de régler des questions contractuelles.

Musiciens-businessmen

C’est là la deuxième cause de la fin secrète des Beatles: enchaînés à la (més)aventure commerciale de leur label Apple, à la nécessité de sortir des disques réguliers (un tous les sept mois en moyenne), à la signature d’un nouveau contrat avantageux avec Capitol Records, à des négociations liées à leur catalogue d’édition, les musiciens-businessmen préférèrent garder pour eux leur divorce durant six mois pleins d’acrimonie. Jamais remis de la mort de son manager Brian Epstein en 1966, le groupe acheva de se déchirer sur le nom de son nouvel imprésario, McCartney refusant le choix des trois autres, le retors Allen Klein.

Au final, tous les membres de ce jeu du qui perd gagne trouvèrent en l’initiative maladroite du bassiste l’excuse qu’ils attendaient. Le disque solo de George Harrison était prêt – le poids castrateur de la paire Lennon-McCartney pesait depuis longtemps sur le guitariste. Les Beatles passèrent tout juste l’hiver de la décennie nouvelle, éreintés par huit années insensées, sans répit afin d’exsuder de leur communion tout le jus créatif – soit treize albums studio dont les ventes dépassent aujourd’hui les 600 millions d’exemplaires, un record absolu. Il n’y aura jamais de reformation.

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