«Fidelio» à l’heure d’une première

OpéraElena Pankratova chante Leonore au Grand Théâtre. Portrait

Elena Pankratova, soprano russe qui incarne pour la première fois le rôle de Leonore.

Elena Pankratova, soprano russe qui incarne pour la première fois le rôle de Leonore. Image: LAURENT GUIRAUD

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Les frissons d’une première fois, voilà une denrée précieuse dont la raréfaction augmente de manière drastique durant la carrière d’une cantatrice. Le monde de l’opéra n’échappe pas à cette mécanique quelque peu féroce qui rétrécit les horizons de ses acteurs en leur confiant des rôles sur la seule fois du curriculum. Les prises de risque dans le domaine sont peu ordinaires donc. Mais par bonheur, les exceptions existent et celle que vivra Elena Pankratova sur les planches du Grand Théâtre à partir de mercredi soir en fait pleinement partie.

La soprano russe, dont la carrière est solidement ancrée dans les salles qui comptent dans le monde lyrique, incarne pour la première fois le rôle de Leonore, soit le personnage central de Fidelio, unique opéra de Beethoven. Autant dire que, dans cette nouvelle production mise en en scène par Matthias Hartmann et qui verra le retour dans la fosse de l’ancien chef de l’Orchestre de la Suisse romande Pinchas Steinberg, la soprano aura aussi le beau rôle de la novice. Un privilège qu’elle savourera sans doute. Alors que les répétitions s’enchaînent et que la générale approche, la cantatrice surprend pourtant par son assurance. On guettera longtemps, durant l’entretien qu’elle nous accorde, les traces du trac, les mots qui disent l’inquiétude. Peine perdue.

La carte de l’anticipation

L’aplomb ainsi affiché étonne mais il découle de sa manière de percevoir l’art du chant, ou si on veut, d’une méthode personnelle qu’Elena Pankratova applique depuis les débuts de carrière. «Si vous êtes un artiste sérieux, s’exclame-t-elle, vous devez connaître les rôles que vous jouerez peut-être un jour dans votre carrière. Il faut jouer la carte de l’anticipation dès le début, en plongeant dans les partitions de son répertoire potentiel. C’est ce que je répète aussi à mes étudiants. Cela évite de perdre du temps par la suite, lorsqu’on est sollicité par les maisons d’opéra.»

Alors oui, Leonore a les allures d’une nouvelle figure, mais la cantatrice l’a déjà fréquentée par bribes, à l’occasion de récitals et d’auditions. Quel genre de difficultés pose-t-elle, cette héroïne romantique animée par un sens inébranlable de la fidélité? D’un verbe débordant, dont l’anglais fortement teinté d’accent russe résonne dans un salon du Grand Théâtre, la soprano dit avoir trouvé chez Leonore ce qui réunit idéalement ses expériences passées: «C’est un rôle vraiment spécial parce qu’il requiert la dimension dramatique qu’on trouve chez Strauss et Wagner mais aussi la délicatesse et la légèreté qu’on rencontre chez Mozart et dans le bel canto. Ce qui me convient parfaitement puisque, dans ma carrière, je n’ai cessé de passer par ces deux registres, de Strauss à Rossini, de Wagner à Mozart.»

Turandot, le rôle chéri

Dans les rôles de sa vie, qu’elle énumère par grappes bien fournies, il y en a un qui lui tient particulièrement à cœur, celui de Turandot. Cette figure est liée à un adoubement lointain, qu’Elena Pankratova n’attendait pas. «C’était en 1995 et je n’avais pas encore débuté ma carrière. Un jour, je me suis retrouvée au Verbier Festival pour suivre une master class de Renata Scotto. Pour l’occasion, il fallait préparer et présenter le rôle de Liù, que Scotto a toujours magnifiquement incarné. Après ma prestation, en voyant mon potentiel, elle m’a conseillé de me diriger plutôt vers Turandot. Quelques mois plus tard, lors d’un concours, Birgit Nilsson, qui a été une Turandot splendide, m’a fait la même recommandation. Ce fut un choc, je considérais à l’époque que seuls les très grands pouvaient se mesurer à ce rôle.» Un autre va se révéler à elle dès demain à Genève. Un nouveau frisson. Une denrée rare…

Fidelio, Grand Théâtre, dès me 10 juin et jusqu’au 21 juin. Rens. www.geneveopera.ch

Créé: 08.06.2015, 19h33

Articles en relation

André Manoukian ouvre sa «maison des artistes»

Musique A Chamonix, le pianiste, compositeur, animateur télé et radio a conçu un lieu d’exception. L’endroit accueille des jazzmen en résidence. En échange, ces derniers offrent des concerts au public. Visite. Plus...

Gautier Capuçon se tourne vers la lune

Musique-danse En compagnie du danseur Hervé Moreau et d’autres complices, le violoncelliste présente un spectacle féerique à Genève. Plus...

Ces proverbes d’antan qui font carillonner nos oreilles

Anthologie Catherine Mory a capturé de surprenantes tournures de la langue française, avec un filet à papillons. Plus...

Pour sa 24e édition, la Fête de la musique soigne sa ligne

Concerts Pop aux Bastions, classique à Beaulieu, electro dans les coins, le week-end du 19 au 21 juin sera également l’occasion de découvrir l’Alhambra. Plus...

Mai au Parc accroche la musique dans les arbres

Reportage Un chanteur aérien, un orchestre migrateur… Ce week-end, le festival a voyagé au grand air Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Après l'accord avec l'UE, Johnson doit convaincre le Parlement
Plus...