Pour sa 24e édition, la Fête de la musique soigne sa ligne

ConcertsPop aux Bastions, classique à Beaulieu, electro dans les coins, le week-end du 19 au 21 juin sera également l’occasion de découvrir l’Alhambra.

Plus grand événement musical et populaire du canton, la Fête de la musique aborde cette année sa 24e édition, du 19 au 21 juin.

Plus grand événement musical et populaire du canton, la Fête de la musique aborde cette année sa 24e édition, du 19 au 21 juin. Image: Pierre Abensur

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Avec 650 concerts en ville et une affluence frisant les 200 000 personnes, le plus gros rassemblement musical de Genève ne cesse de grandir. Pourtant, son périmètre actuel ne peut se développer. Pour les organisateurs, il s’agit alors de réaménager, encore et encore, aussi bien la circulation du public que les scènes.

Du 19 au 21 juin, la 24e édition de la Fête de la musique ressemblera à la précédente, certes, mais avec des changements notoires. Sur la Rive gauche, la scène Bastions Réformateurs devient un point central, avec une programmation concoctée par la Ville alliant musiques actuelles et classique, tandis qu’un «pôle silence» prendra place dans le temple de la Madeleine, installation invitant à la déambulation (lire en bas à droite). Quant au rock, on le retrouvera cette année encore dans la Crypte en marge des Bastions. Plus discrète, une scène DJ dévolue aux musiques urbaines, disco, house et funk – la «Calabri» – émerge à côté du Palais Eynard. Enfin, le public découvrira l’Alhambra remis à neuf, concerts à l’appui (lire ci-dessous).

Classique sur la Rive droite

Sur la rive droite, l’extension de l’événement entre les Cropettes et le parc Beaulieu est désormais acquise. Avec des modifications là encore: si les musiques électroniques reviennent une deuxième fois sous le Cycle de Montbrillant, le programme a cette fois-ci été confié à un ténor du genre, l’association Headfun, qui n’est autre que l’organisateur du festival Electron. «Renforcer la présence des musiques électroniques dans la Fête découle de notre sensibilité musicale, note Nicolas Donnet, responsable du volet musiques actuelles. Les demandes de participation augmentent dans ce domaine, qui concerne un public nettement plus jeune, entre 16 et 22 ans.»

A découvrir également sur la rive droite, les concerts de musiques actuelles par l’association ASMV (alias le Chat Noir et Voix de Fête). Longtemps locataire des Réformateurs, l’ASMV quitte le centre-ville pour le haut du parc Beaulieu. Mais la grande nouveauté, ce sera l’arrivée de la musique classique de ce côté-là du Rhône. Qu’elle se présente en live à la Paroisse de Montbrillant ou «spatialisée» avec le projet Street Light Orchestra (lire ci-dessous). Quelques mètres plus loin, on retrouvera bien sûr les spectacles de danse.

Et comment faire mieux encore pour ne pas congestionner le centre-ville? En soignant les communes, pardi: Avusy, Bernex, Chêne-Bourg, Confignon, Genthod, Plan-les-Ouates, Lancy et Carouge. Et tant qu’à faire, pourquoi pas la France voisine? C’est l’association FBI prod qui présentera artistes français et suisses à Genève comme à Annemasse. Ou les 60 pianos de Jouez, je suis à vous, accessibles dès le 8 juin en ville, dans le canton, à Nyon, dans l’Ain et la Haute-Savoie.

Programme en ligne sur le site de la Fête de la Musique. Programme papier publié le 18 juin dans les pages de la Tribune de Genève.

En prime, le making-off de l'affiche de la 24e Fête de la Musique:


Le classique spatialisé

C’est un orchestre qui se laisse écouter dans ses moindres recoins, qui se présente au public sans musiciens mais avec tous ses instruments. Dit comme cela, le tour de force tient presque du paranormal, mais il y a là, dans cette proposition aux allures fantomatiques, l’essence du projet que présentent Happy City Lab et son meneur Dan Acher. Agitateur d’idées musicales étonnantes, ce dernier a imaginé un événement aussi simple qu’intriguant: celui de rapprocher les spectateurs au cœur d’une formation symphonique à travers une musique diffusée par familles distinctes d’instruments. Tous ceux qui se rendront durant le week-end à la scène Baulacre du parc Beaulieu seront alors confrontés à une installation faite de cinq bornes sonores et lumineuses. L’une d’entre elles laissera entendre les œuvres choisies dans leur totalité instrumentale. Les quatre restantes se chargeront d’émettre uniquement les cuivres, les cordes, les bois et les percussions. L’intensité de la lumière qui accompagne ces lieux de distribution musicale dira en quelque sorte le taux d’intervention de chaque section instrumentale. Ce voyage dans le noyau de l’orchestre permettra ainsi de confronter l’oreille à des parties qui échappent parfois à l’attention du mélomane. Et il donnera aussi la possibilité d’écouter des pièces du répertoire classique et lyrique très populaires: le Peer Gynt d’Edvard Grieg, La chevauchée des Walkyries de Richard Wagner et le final de L’oiseau de feu d’Igor Stravinski. Rocco Zacheo


Alhambra, renaissance

Après une longue cure de jouvence, l’Alhambra montre enfin ses nouveaux traits au public en accueillant des concerts pour la première fois depuis les travaux de réfection. La Fête de la musique donne ainsi une occasion idéale pour tester les lieux, apprécier leur tenue de l’acoustique et le confort de leur nouvelle ergonomie. Pas étonnant alors qu’on y croise dans la programmation des grands écarts stylistiques permettant d’aborder tantôt le metal tantôt l’opéra, en passant par le jazz et par la musique de fanfare. Tous ces genres donneront sans doute des réponses quant aux qualités de l’Alhambra et permettront peut-être, dans un avenir proche, d’ouvrir de nouvelles pistes dans la programmation. En attendant, l’affiche qui s’y déploie durant les trois jours de fête a très fière allure. Des onze concerts prévus, on remarquera celui des inoxydables Young Gods, dont le statut de pionniers et explorateurs de l’electro-rock se confirmera sans doute à travers une création spécialement conçue pour l’événement. Un rendez-vous à ne pas manquer, tout comme celui que donne le trio Grand Pianoramax du pianiste carougeois Léo Tardin. Son jazz urbain, teinté de hip-hop et de groove entêtant est une bouffée d’air frais qu’il faut cueillir. Les amateurs de metal auront de quoi se rassasier avec trois formations genevoises: Lilium Sova, Eleventh et Cardiac. Et pour clore le bal, l’association OPERAMI propose une version de I Pagliacci, œuvre majeure de Ruggero Leoncavallo. R.Z.


Les classes avec l’OSR

C’est l’apogée d’un vaste programme pédagogique qui prendra forme sous les dorures du Victoria Hall le vendredi 19 juin à 20 h. Des jeunes écoliers du primaire et du secondaire connaîtront les frissons d’un concert vécu depuis les pupitres, eux qui intégreront le temps d’une soirée les aînés professionnels de l’Orchestre de la Suisse romande. Longuement préparée durant l’année à travers un parcours d’initiation aux instruments effectué dans les classes, cette réunion est significative à plusieurs titres. Elle contribue en premier lieu à donner de la substance à l’une des missions que se donne en filigrane la Fête de la musique: celle de rapprocher les plus jeunes à une expression artistique majeure et de faciliter ainsi la transmission d’un savoir. L’aventure marque aussi l’aboutissement d’une expérience d’un genre nouveau, fortement voulue par l’OSR, accompagnée par le soutien du Département de l’instruction publique et épaulée par le Conservatoire populaire et par l’Accademia d’Archi. Ce ballon d’essai, dont tout dit qu’il sera concluant, prendra son envol sous la baguette d’un chef connu sous nos latitudes, l’Espagnol Jesús López Cobos. Et le programme du concert sera lui aussi traversé par un fil rouge éminemment ibérique. Tour à tour, on pourra entendre España, rhapsodie pour orchestre de Chabrier, la Rhapsodie espagnole pour orchestre de Ravel, La oración del torero op. 34 de Turina, Goyescas, intermezzo pour orchestre de Granados et le Tricorne, suites No 1 et No 2 de Falla.  R.Z.


Réformateurs à gogo

Avec 120 m2 de plateau, la scène Bastions-Réformateurs s’impose comme la plus grande de l’événement genevois. La Ville se «réapproprie le centre de la fête, expliquent les organisateurs. Avant, on venait y découvrir le travail des associations, telles que l’ASMV.» Mais pourquoi cette dernière plus que d’autres, se sont interrogés les maîtres de la fête? Cette année, l’ASMV ira donc au parc Beaulieu, tandis que les Réformateurs deviennent «le moyen d’expression des programmateurs de la fête», à savoir Eve Anouk Jebejian pour le classique et Nicolas Donnet pour les musiques actuelles. Du 19 au 21 juin, les poids lourds ne manqueront pas, issus de la scène genevoise principalement, voire régionale. Ainsi du groupe lausannois Larytta, auteur d’une disco pop soyeuse acclamée à travers tout le pays. A suivre le vendredi à 23 h 30. Autre moment remarquable en perspective, le dimanche, lorsque Polar, chanteur du cru revenu à l’anglais, interprétera son dernier album, Empress (19 h 30), tandis que le Grand Chœur Noise ira de son expérience bruitiste a cappella (18 h).

La nouvelle affectation des Réformateurs, ce sera aussi l’occasion de faire sortir le classique des salles pour investir le gazon: «Ceux qui ne cherchent pas nécessairement cette musique tomberont dessus en cheminant», se réjouit Eve-Anouk Jebejian. A ne pas manquer? Ce récital de Prima la Vocé consacré aux airs d’opéra italien si chers aux pubs Barilla, avec cent participants, le vendredi à 22 h. F.G.


Le silence célébré

Au temple de la Madeleine, l’année en cours est placée sous l’enseigne du silence et du recueillement. Voilà deux notions qui frôlent l’antinomie lorsqu’on les rapproche aux faits qui tiennent à l’expression musicale. Comment intégrer alors ces lieux religieux plongés dans la méditation à une fête qui est par définition exubérante et mouvementée? Les programmateurs ont trouvé la quadrature du cercle en invitant le collectif Eklekto à y déposer ses percussions et à imaginer une installation qui fasse écho au silence. Inutile de souligner alors qu’on sera cette fois-ci très éloigné de la puissante aventure qu’a menée l’ensemble genevois lors de la dernière édition de la Fête de la musique, lorsqu’il a accompagné sur un tempo effréné et avec des décibels soutenus le match de foot qui opposait la France à la Suisse. Le samedi 20 juin, dès 19 h, Eklekto fera dans le bruissement et dans l’épure, en proposant tout d’abord une pièce mythique du répertoire contemporain: 4’ 33’’ de John Cage, reposant entièrement sur une longue note de silence. A cette œuvre, qui, d’après les notes du compositeur, «peut cependant être exécutée par n’importe quel instrumentiste ou combinaison d’instrumentistes et sur n’importe quelle durée», s’ajouteront d’autres pièces. Au collectif mené depuis 2013 par Alexandre Babel reviennent donc la tâche et l’honneur de donner forme à un îlot de paix, où les spectateurs pourront apaiser leurs pavillons auditifs et suspendre le regorgement musical. R.Z.

Créé: 02.06.2015, 22h56

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