Félicien LiA, chanteur transfiguré

Chanson rockLe Jurassien de Genève livre un nouvel album sensuel et nerveux.

Félicien LiA à la scène, Donzé de son vrai nom, enfance à Saignelégier, désormais chanteur au bout du lac.

Félicien LiA à la scène, Donzé de son vrai nom, enfance à Saignelégier, désormais chanteur au bout du lac. Image: MEHDI BENKLER

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On l’appelait simplement LiA hier. Son histoire est bien connue au bout du lac. Le chanteur du Jura, Saignelégier enfant, le Café du Soleil, centre culturel franc-montagnard, en guise de maison, les parents «libertaires culturo-gauchistes» en guise de formation. Son groupe d’adolescent ensuite, Ska Nerf. Puis la descente vers le plateau.

Félicien, Donzé de son patronyme, a aujourd’hui 28 ans. Il y a cinq ans, il s’est arrêté à Genève, par amour. À présent qu’il s’y sent bien, c’est aussi la scène musicale du coin qui le séduit, et l’embarque. À tel point que voilà notre LiA qui assume son prénom, en plus du verlan de cet Ali que portait son grand-père. Voici donc Félicien LiA, l’orthographe en montagne russe demeurant. Et voici son nouvel album, «Des feux des fous». On le retrouvera bientôt sur scène, en quintet, à la Fête de la musique. Dans l’immédiat, on l’écoutera ce jeudi 16 mai au bar La Bretelle, en duo avec un autre Jurassien, déjà fort fameux celui-là, Le Bel Hubert. «Personnage à la fois typique et atypique», résume Félicien LiA. Qui passera, verra…

La touche de Robin Girod

On veut la nouvelle chanson romande, en français dans le texte. Avec de la poésie fine dedans, et la meilleure des musiques, tiens! Or, la palette est riche, ces temps-ci, des groupes qui se distinguent par leurs manières de néopsychédélisme, de new wave ressuscitée, de variété retrouvée. Et de rap, d’électronique, de punk ou de kraut encore. L’époque est aux mélanges sans vergogne. L’écriture suit assez bien. Qu’on note les noms peu communs dont s’affublent les projets actuels nés entre Genève et Fribourg. La Bande à Joe, Sandor, Le Roi Angus, Château Ghetto, Cyril Cyril, Gros Oiseau… Cette scène a même son label favori, Cheptel Records, qui édite nombre de ces groupes, également le dernier disque de Félicien LiA.

Vient-il en queue de liste, ce Félicien? Si la chose était assez vraie hier, aujourd’hui sa réputation s’est inversée. Voilà comme un boss qui s’installe dans le paysage. Chanteur, compositeur plus souvent que parolier – la majorité des textes est due à son ami d’enfance, le saxophoniste Jérémie Steiger – Félicien LiA livre avec «Des feux des fous» un objet incandescent, de rock et de soul paré, de funk enjoué, sensuel sans perdre en nervosité. Où le chant du principal intéressé soudain se révèle moins pop, moins grandiloquent qu’avant, sur «Quand l’homme s’endort». Le voici plus terre à terre alors, plus veiné aussi. Moins affecté en quelque sorte. Plus terrible à n’en pas douter. Voir, enfin, les arrangements ramassés, des guitares dépouillées, des riffs rapides, des coups de sax plus funky encore.

«Des feux des fous» a été ainsi baptisé en souvenir d’une unique mais intense semaine d’enregistrement, tous entassés dans la ferme du Gatillon, derrière le Salève. Lieu fameux pour bien des musiciens désireux de travailler en paix. Théâtre, pour Félicien et sa clique, d’un «alignement de planètes, dont chacun était conscient». Cette semaine-là, dit-il, «il s’est passé quelque chose». Le personnel embarqué, justement, ainsi réuni sur cet album, compose une photographie assez représentative de la scène romande actuelle, côté rock indépendant: qu’il s’agisse des musiciens, l’hyperactif Robin Girod en guise de producteur. Robin, qui proposait un jour à Félicien de changer sa manière de chanter, et obtint gain de cause, d’où le nouvel album. Ainsi encore du bassiste Simon Gerber. De la guitariste et chanteuse Émilie Zoé. Ou des métiers «annexes». Chloé Donzé, sœur de Félicien, graphiste de son état. Comme Mehdi Benkler, photographe, dont les clichés noir et blanc accompagnent non seulement le disque, mais également un petit livre signé Jérémie Steiger. Ce texte-là raconte de manière poétique le Gatillon et d’autres aventures artistiques. Ainsi lorsque Jérémie Steiger et Félicien Donzé, ami d’enfance disions-nous, se retrouvaient chaque année au bord du Doubs, dans une petite cabane de rien du tout. Lire Bukowski et Vian, deux auteurs que Félicien chérit; cogiter encore, prendre l’air; décanter; écrire enfin.

Nourrir le feu dans la marge

De quoi parlent les chansons, sinon de cela? De ce mode de vie, de cet état d’esprit dont Félicien et les autres ont décidé, un jour, de faire leur quotidien. «Nous sommes dans les marges, et nous avons le feu.» Une marge? Celle du saltimbanque, créateur, adulé ou non? «Que ce soit à Genève ou dans le Jura, comme dans les pays que j’ai pu visiter, la Belgique ou la Côte d’Ivoire, partout, la marge est cet endroit où l’on maintient le feu, où l’on peut créer des moments, des soirées, des concerts, provoquer des rencontres. Enfin, prendre du temps pour faire les choses, sans être rentable.»

En chanson, ça donne «Le fakir», avatar de l’artiste, lequel n’existe pas sans le regard des autres, sans public. «Un fakir de pacotille, complète Félicien LiA. On fait de la chanson, un peu maladroitement, mais on s’amuse.» Avec une certaine humilité, alors? «En tant qu'artiste, mieux vaut accepter qu’on n’est qu’un élément parmi tant de choses. Ce qui n’empêche d’aller écouter les autres justement: je passe énormément de temps à suivre des concerts. Voilà ce qui me nourrit.»


«Des feux des fous» Félicien Lia (Cheptel Records). Concert solo au café La Bretelle, rue des Étuves 17, je 16 mai, 21 h, avec Le Bel Hubert et je 20 juin, 21 h, avec Melissa Kassab. Infos: felicienlia.com

Créé: 14.05.2019, 21h06

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