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«Fantasio», un bouffon poétique à l’Opéra des Nations

L’oeuvre d’Offenbach retrouve son éclat à Genève dans la mise en scène de Thomas Jolly.

Fantasio, incarné par la mezzo soprano Katija Dragojevic, aux côtés de la princesse Elsbeth, chanté par la soprano Melody Louledjian.
Fantasio, incarné par la mezzo soprano Katija Dragojevic, aux côtés de la princesse Elsbeth, chanté par la soprano Melody Louledjian.
CAROLE PARODI

Sur le chemin qui mène aux Contes d’Hoffmann, dernier grand chef-d’œuvre de Jacques Offenbach, il y a cette pièce oubliée, un temps perdue puis retrouvée et reconstituée: Fantasio. En trois actes bien campés dans le registre opéra comique, ou le parlé et le chanté s’alternent sans cesse, le compositeur drapait ces pages d’un humour burlesque et pétillant. Et dans la trame narrative, il injectait des doses discrètes mais acérées de critique politique, en déployant un credo pacifiste, alors même que la guerre franco-prussienne de 1870 ravageait la nation.

Offenbach en profitait ainsi pour pointer du doigt les grandes faiblesses d’un régime aux abois. Comment? En s’emparant de l’adaptation de la pièce d’Alfred de Musset, établie par son frère Paul. Celle-ci évoquait le sort de Fantasio, qui, en se glissant dans la peau du défunt bouffon de la cour du roi de Bavière, parvenait à éviter à la fille du roi un mariage forcé avec le prince de Mantoue. L’union arrangée étant le prix à payer pour éviter un conflit armé entre les deux têtes couronnées.

Œuvre au livret simple et efficace, donc, mais qui fut pourtant retirée rapidement des affiches parisiennes – une douzaine de représentations lors de sa création en 1872, pas davantage – et qui finit par disparaître tout court avec l’incendie de l’Opéra Comique de 1887. Pour en retrouver les traces, il aura fallu attendre le travail acharné du musicologue et grand spécialiste d’Offenbach Jean-Christoph Keck, dont les recherches ont abouti à une recréation de l’œuvre en 2013. Quatre ans plus tard, celle-ci rebondit enfin à Genève, dans une mise en scène brillante, signée par Thomas Jolly, jeune prodige de la scène théâtrale française.

Que retient-on de cette production, dont la première a eu lieu vendredi soir à l’Opéra des Nations? Que les tableaux conçus par Jolly, si chargés de poésie, ont cette beauté plastique propre à faire regretter leur passage éphémère sur la scène. Que les décors de Thibaut Fack, dont on ne compte les trouvailles servies en cascade, génèrent eux aussi un émerveillement puissant. Que la direction du jeu d’acteurs y est particulièrement soignée et aboutie. De sorte que tout ce qui se dégage du plateau – paré de couleurs sombres et pourtant si lumineux –, tout ce que dit l’univers de Jolly, qui penche souvent vers le théâtre de tréteaux, parvient à gommer les quelques imperfections de la production.

La première tenant de la structure de la pièce, de ses longueurs particulièrement palpables au deuxième acte. Une adaptation plus affinée des textes aurait donné sans doute une tout autre agilité à la représentation. La seconde relève, elle, du choix de la distribution. Car pour volontaire et généreuse qu’elle fut, la prestation de la mezzo Katija Dragojevic dans le rôle-titre a été compromise par la maîtrise imparfaite de la langue. Entravé par cet obstacle, son jeu a paru peu naturel et dépourvu de fluidité.

Des traits d’autant plus visibles que cette voix, par ailleurs vaillante, était entourée par des artistes qui, eux, ont brûlé les planches. Il faut ainsi saluer Melody Louledjian, princesse Elsbeth aux allants féeriques et éthérés et à la voix bien assurée, qui a décoiffé par l’assurance de l’aigu. Tout comme il faut relever l’efficacité comique du binôme que forment Pierre Doyen (prince de Mantoue d’un narcissisme parfaitement ridicule) et Loïc Félix (un Marinoni plein d’entrain et de cocasserie).

Dans la fosse enfin, la baguette du jeune chef hongrois Gergely Madaras a reconstitué, avec l’Orchestre de la Suisse romande, un paysage sonore tonique, aux phrasés élégants et saillants, bien que marqués par endroits par des imprécisions et des décalages. On a ainsi retrouvé, dans ce volet musical, les traits savoureux d’Offenbach, un univers sonore cohérent et un génie qui n’est pas ici à son zénith, mais qui demeure pourtant enivrant.

«Fantasio», de Jacques Offenbach, Opéra des Nations, jusqu’au 20 novembre. Rens. www.geneveopera.ch

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