Une autre face de la lune

ClassiqueDimanche, le festival Archipel a fermé ses portes avec une adaptation musicale brillante d'un chef-d'oeuvre de Kenji Mizogushi.

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La guerre qui désagrège et détruit tout sur son passage; mais aussi la cupidité des hommes, dont l’aveugle persistance fait basculer vers le drame des destins qu’on croyait anodins. Avec cette double trame, le Japonais Kenji Mizoguchi a façonné un chef-d’œuvre cinématographique qui lui a valu une première consécration mondiale. Soixante ans et des poussières plus tard, la poétique inoubliable des Contes de la lune vague après la pluie refait surface dans une forme transfigurée, celle qu’ont imaginé le compositeur Xavier Dayer et le librettiste Alain Perroux. De cette résurgence, qui clôturait dimanche le festival Archipel, on ne peut que saluer l’ingéniosité narrative et l’élégance musicale qui s’en dégage. Montée en version concert au Victoria Hall après avoir été jouée avec profit à l’Opéra de Rouen, l’adaptation étonne avant tout en ce qu’elle n’en est pas une, sinon dans le livret svelte et fluide qui la charpente. L’écriture d’Alain Perroux fait alterner scènes longues et tableaux courts, en osant des mises en abymes nécessaires. La musique de Dayer, elle, s’échafaude loin de tout exotisme, dans un langage à la fois épuré et complexe.

Ces Contes déploient alors une tension circulaire, qui procède par touches, en suggérant des atmosphères plus qu’en les décrivant. Le drame campe ainsi dans une apesanteur apparente quand il ne plonge les auditeurs dans un vortex instrumental saisissant. Des climats que L’Ensemble Linea et son chef Jean-Philippe Wurtz traduisent avec engagement, ce qui fait passer les quelques imprécisions dans les attaques en second plan. Sur le devant de la scène, enfin, il faut saluer la qualité de la distribution: les voix des quatre rôles principaux incarnent à merveille le langage particulier de Dayer, ses vocalises, ses scansions, ses mélismes et ses passages parlés. A cette page marquante d’Archipel il n’aura manqué au fond que le volet scénique, présent ailleurs, amputé à Genève. Et c’est là un grand dommage.

Créé: 30.03.2015, 19h01

Le journaliste, Rocco Zacheo, de la culture. (Image: Pascal Frautschi)

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