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Etienne Daho dans ses idolâtries

Le héros de la pop made in France est de retour avec «Blitz», bel album de rock alangui. Rencontre.

Étienne Daho, c’est bien lui, pose pour la pochette de «Blitz» avec casquette à chaîne et blouson noir, référence aux attributs de la communauté cuir, évoquant aussi bien la vie rebelle des motards, Marlon Brando dans «L’équipée sauvage», que le film expérimental «Scorpio Rising» ou «Portier de nuit»,le rockabilly, comme la culture gay nord-américaine, également les pratiques bondage sadomaso. «Une vitrine qui ne cherche pas à choquer», raconte Daho. «Et si elle choque, c’est que l’époque est pudibonde.»
Étienne Daho, c’est bien lui, pose pour la pochette de «Blitz» avec casquette à chaîne et blouson noir, référence aux attributs de la communauté cuir, évoquant aussi bien la vie rebelle des motards, Marlon Brando dans «L’équipée sauvage», que le film expérimental «Scorpio Rising» ou «Portier de nuit»,le rockabilly, comme la culture gay nord-américaine, également les pratiques bondage sadomaso. «Une vitrine qui ne cherche pas à choquer», raconte Daho. «Et si elle choque, c’est que l’époque est pudibonde.»
Pari Dukovic

Daho chéri. Daho honni. Les charmes gigognes de Week-end à Rome ont-ils flétri? Point tant, à retrouver Étienne Daho porté aux nues par la chronique hexagonale, qui continue de voir en lui le chef de file de la pop française. Et la séduction opère lorsque, au rendez-vous des interviews, dans un hôtel du bout du lac, l’homme apparaît discret et délicat, capé d’une once de mystère mais enclin à la dissertation existentielle. Daho pop star, certes – qui suscite toujours maintes critiques sur le plan musical, et vocal. Pauvre filet de voix? Ou «champagne et coucher de soleil», comme l’aurait suggéré Lou Reed, son «dieu»? Mais Daho charnel et sensuel aussi. C’est ce qui le rend attachant.

Blitz, le onzième album de sa longue carrière – de Mythomaneen 1981 à Chansons de l’innocence retrouvée en 2013 – sort le 17 novembre. Voilà des manières rock assez cossues pour le chanteur qu’on a connu plus souvent aéré de synthétiseurs. Blitz a du chien (lire ci-contre). Et puis, Daho reste, pour son public en tout cas, une icône.

Requiem pour la pop

Et quoi de mieux pour croire à une icône que des fantasmagories. Auquel cas, Daho s’y connaît. De ces choses qui induisent des rêves, de l’impressionnisme emprunt de libido. Qu’il traite de la mort, ainsi de ce Jardin à l’attention de sa sœur disparue. C’est de l’amour, dit-il. Il en a mis partout. Sur Nocturne aussi, fermeture d’album des plus sereines, selon lui. Mais, tout de même, transcription personnelle de l’Apocalypse de Saint-Jean. Sacré Daho lâchant des rimes bardées de mots précieux, matière apocryphe en résonance avec le temps présent:«Blizzard endimanché/avalanche/intimidés/baptême des airs/apaisés/nous avons voyagé/nous allons voyager léger.»

On y verrait un requiem. Daho y voit de la pop, simplement. «Écrire une chanson reste quelque chose d’instinctif, dont je trouve la clé bien plus tard. Mon tout premier single, Il ne dira pas, c’était bas les masques. Tout y est, tout ce dont je ne parlerai pas. Et je ne l’ai compris que dix ans après.» Pour mémoire, ça disait ceci: «Il ne dira pas/il se sent si seul qu’il passe de bras en bras/Il ne dira pas/que dans les night-clubs la nuit il fait la nouba…»

La nuit, Étienne Daho y va encore. Pour chercher «cette muse parfois trouble» qui lui descend dessus, l’investit malgré lui. Dans l’écriture, il lui faut alors rester évasif, «dire tout, copier la réalité». Parce que, assure Daho, il n’a pas assez d’imagination. Mais il a l’avantage d’être bon poète. «Nous restons légers face au danger», voilà, en concentré, la phrase qui raconte ce qu’est cet album, «un acte de résistance au climat ambiant, à la peur». Album, il faut le préciser, qui a été écrit en Angleterre, où le mot «blitz» a imprégné l’imaginaire collectif. Blitz, l’éclair en allemand, évoque les attaques aériennes sur Londres durant la Seconde Guerre mondiale. Également, «la mise en lumière de soi-même».

L’homme et son trouble

À Londres, où il peut sortir incognito, se fondre dans la masse, Daho vit à deux pas de l’appartement dans lequel Syd Barrett, fondateur des Pink Floyd, composa son premier album, The Madcaps Laugh. «J’ai pu le visiter: ça m’a remué, ça a été inspirant, je me suis reconnecté avec cette base, cette culture qui m’est chère.» Idolâtrie? «Oui, et ça n’a rien de ridicule. C’est un rapport d’affinité.»

Il faudra alors mentionner toutes ces icônes que Daho porte comme la preuve de sa filiation avec les artistes qui ont fait la seconde moitié du XXe siècle. Jean Genet, William Burroughs, Andy Warhol, le Velvet, Gainsbourg, Bowie, Jagger. «Sans oublier le trouble sur la sexualité! L’adolescent que j’étais dans les années 1970 devait tout essayer, c’était violemment recommandé. Quand on a de telles personnes qui vous façonnent, on n’en sort pas indemne. Ça élargit le champ de la conscience. Et la rencontre avec ces artistes, leurs livres, leurs disques, demandait une plus grande envie pour y arriver. Aujourd’hui, tout est accessible, mais de manière passive. Un peu de difficulté donne du poids aux choses. Le trophée est d’autant plus beau.»

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