Erik Truffaz, un voyageur à pistons

Interview Mercredi à l’Alhambra, le trompettiste joue son dernier album. Où il est question de danse, d’Afrique et de cinéma.

Erik Truffaz, trompettiste franco-suisse, pilier de l’electro jazz européen, sera en concert mercredi à Genève avec son quartet.

Erik Truffaz, trompettiste franco-suisse, pilier de l’electro jazz européen, sera en concert mercredi à Genève avec son quartet. Image: Hamza Djenat

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Saint-Pétersbourg: du septième étage de son hôtel, Erik Truffaz contemple les rives de la Neva, pile en face de l’embarcadère pour la Finlande. Vaste horizon pour le fameux trompettiste, qui achève une série de concerts entre la capitale des Tsars et Moscou. La scène locale est vivace, dit-il, et les lieux pour jouer ne manquent pas: «Il faut y aller, malgré la vision qu’on peut avoir de la Russie, et quoi qu’on pense de Poutine.» De Saint-Pétersbourg, Helsinki est à 300 kilomètres à vol d’oiseau. Et Genève, à 2200. Longue distance pour rejoindre l’Alhambra, où Erik Truffaz est attendu ce mercredi soir.

Symbiose parfaite

A Genève, il se présentera avec son quartet, sans rappeur ni chanteur, mais trompette! Des pistons en guise de voix, le groove de la section rythmique tout autour: «Aujourd’hui, je me positionne plus comme un chanteur que comme un soliste: ma trompette est un élément qui peut changer la dynamique du groupe. Et je suis de plus en proche du son que je souhaite.» Ainsi va Truffaz, musicien de peu de notes: «Je n’aime pas les logorrhées», lâche-t-il en paraphrasant Miles Davis, modèle évident pour les phrases susurrées du bout du cuivre.

Quant à son quartet, il le mène dans une parfaite symbiose avec ses collègues. Benoît Corboz aux claviers, Marcello Giuliani à la basse. Fidèles parmi les fidèles, maîtres ès groove, capables du funk, du jazz, aussi bien que du rock. Deux virtuoses gigantesques dont la saga Truffaz a si bien tiré parti. Un nouveau venu participe désormais à l’aventure, Arthur Hnatek à la batterie, qui a repris le poste de Marc Erbetta. Un autre géant du jazz suisse, Erbetta. Mais la vie sur les scènes du monde constitue un perpétuel déplacement, et le compagnon de toujours a préféré lever le pied pour s’occuper de sa famille. Pour les autres, le voyage continue. Dans une demi-heure, Erik Truffaz a un avion à prendre…

On discute sur le Web à présent, via Skype: la ligne est claire entre Genève et Saint-Pétersbourg. Effet saisissant de la Toile toute-puissante, la conversation semble avoir lieu au café d’à-côté. Connecté en permanence au monde, le souffleur impénitent a depuis longtemps largué les frontières nationales. «Il fait quel temps chez vous?» Sans doute pas pire qu’en Russie.

Rythmes africains

Pour le trompettiste franco-suisse, les latitudes se suivent sans se ressembler, son chemin sautant de l’Inde au Brésil, du Mexique à l’Afrique du Sud, au fil de ses projets. Et si le monde selon Truffaz reste bon, et beau, c’est parce qu’il y a des gens à rencontrer. Des gens avec qui jouer. «J’ai grandi dans un petit village à la frontière de Genève. Si je n’avais pas rencontré les musiciens de l’AMR, avec lesquelles j’ai collaboré durant les années 1980, je n’aurais pas atteint un bon niveau dans le jazz. De même, sans Marcello Giuliani et le label du groupe Sens Unik, à Lausanne, je n’aurais pas participé à la scène hip-hop, et je n’aurais pas joué avec le groupe Silent Majority dans les années 1990. Enfin, il m’a fallu l’aide de Pro Helvetia, qui soutenait des artistes peu connus, pour jouer en France.»

Son carnet d’adresses, Truffaz le noircit depuis vingt ans en tant que leader: c’était, en 2008, cet album Rendez-vous: Paris-Benares-Mexico, avec le pianiste Malcolm Braff, la chanteuse Indrani Mukherjee et l’électronicien Murcof. Et en 2014, Being Human Being, production hybride partagée avec l’illustrateur Bilal. Début 2016, enfin, sortait Doni Doni: «petit à petit» en bambara, lingua franca du Mali. Le chant de Rokia Traoré y pose son moment de grâce fragile, les rimes d’Oxmo Puccino imposent un surcroît de sens, sur un thème baptisé Le complément du verbe. Comme de juste. Doni Doni, ce sont des rythmes composés en Afrique, dans la foulée d’une collaboration avec le chorégraphe Gregory Maqoma, pas de côté vu à Antigel, et dont il reste Kudu en ouverture de l’album.

«Après avoir collaboré avec beaucoup de chanteurs, il fallait trouver quelque chose de nouveau», relate Erik Truffaz. Sans fausse modestie – le musicien assume parfaitement l’idée que pour manger, il faut produire sans cesse: une sortie discographique tous les deux ans, minimum syndical. Et si en plus Truffaz trouve du neuf! «Doni Doni, c’est le contraste entre une musique ambient et la danse, expression corporelle de notre musique. C’est également, et sur tous nos disques, une suite de compositions établies comme le scénario d’un film.»

Erik Truffaz Quartet «Doni Doni», CD Warner. En concert à l’Alhambra, me 21 sept, 20 h 30. Infos: www.ziczag.ch.

Créé: 20.09.2016, 19h14

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