L’électronique «déviante», vedette du Mapping

Festival Alors qu’il aborde sa 13e édition, du 11 au 28 mai, le festival s’avère aussi pointu que renommé.

L’équipe du Mapping, Ana Ascencio (à g.) et Justine Beaujouan, directrices, ainsi que le fondateur du festival, Boris Edelstein, posent au Commun du BAC, dans l’exposition du collectif Disnovation.org.

L’équipe du Mapping, Ana Ascencio (à g.) et Justine Beaujouan, directrices, ainsi que le fondateur du festival, Boris Edelstein, posent au Commun du BAC, dans l’exposition du collectif Disnovation.org. Image: Steeve Iuncker Gomez

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Qui sait vraiment ce qu’il se passe au Mapping? Pour sa 13e édition, du 11 au 28 mai, le festival dédié au «visuel audio» et à l’«électronique déviante» (sic) brouille un peu plus les pistes: aux performances mêlant projections et musique, vjing et autre mapping, aux expositions encore – vernissage le 11 au Commun –, aux soirées clubbing enfin – la fête n’a jamais fait de mal à personne –, s’ajoutent cette année des conférences sociologiques. L’on attend un aréopage de spécialistes pour discuter, notamment, des superstitions contemporaines à l’ère des technologies digitales comme de l’amour au temps du numérique. Nous voilà prévenus.

La technologie dans l’art

Le Mapping est pointu. Faut-il le fuir pour autant? Cela n’empêchera nullement sa renommée de continuer à grandir. En effet, la manifestation genevoise constitue un rendez-vous majeur pour une large communauté de créatifs, de développeurs, de curateurs et, parfois même, d’industriels, venus du Japon comme du Brésil, du Canada ou d’Australie pour découvrir à Genève une avant-garde hybride. Le Mapping, c’est de l’art. Voire même de l’art contemporain, que l’on mettrait sans autre procès en galerie. Mais le Mapping, c’est aussi de la technologie à tout va. Et l’un et l’autre vont ensemble, se fondent l’un dans l’autre et se confondent pour donner à voir des choses souvent extraordinaires.

«La chair du festival, c’est l’utilisation des outils numériques, électroniques, d’une façon différente de ce qu’on en fait dans la vie de tous les jours. Nous avons parmi nos invités des artistes, également de purs expérimentateurs, qui ont pour objectif de mettre à l’épreuve leurs inventions», expliquent Justine Beaujouan et Ana Ascencio, directrices.

Le Mapping va ainsi, par étage. Ce sont des démarches purement artistiques d’abord, Martin Messier et ses vieilles machines électriques détournées, Alexandre Augier œuvrant à ses projecteurs au milieu de quatre écrans autour desquels le public peut circuler. «Des projets mêlant musique et univers visuel, basiques techniquement mais originaux.» On change de registre avec Yon et POL. Tous deux genevois, le premier est l’expert ès vidéos du Zoo, le second est musicien. Au bénéfice d’une carte blanche, ils ont élaboré un système permettant de faire correspondre à chaque note une lumière, un effet visuel. De l’art, mais qui demande des compétences techniques complexes. A découvrir au Zoo le 26 mai.

Téléphone rasoir

Que dire alors d’Art Bot, installations du collectif international Disnovation.org? Ce sont des mots générés par un programme informatique, Twitter en l’occurrence, et projetés en vrac. Ce sont, plus loin, des objets insolites, tel cet iPhone rasoir, une invention sans lendemain. Nous voilà dans une sorte d’archéologie des technologies contemporaines. Ici, le Mapping se fait conceptuel, en apparence. «C’est l’art qui parle de l’art», sourient les directrices. En coulisses, cependant, il a fallu travailler dur sur des algorithmes autrement plus austères.

Le collectif Disnovation.org est symptomatique de ce qu’on nomme la technologie créative. On a là des artistes, également des programmeurs, qui trouveront plus tard d’autres débouchés à leurs expériences. Dans l’industrie ou la recherche fondamentale. «Rares sont les acteurs du milieu qui ne sont qu’artistes, poursuivent Ana Ascencio et Justine Beaujouan. Si on parle d’algorithme, ou d’intelligence artificielle, on pense bien sûr à des applications telles que Google. Voilà des outils extrêmement prisés, qui se développent à grande vitesse.» Et interpellent de plus en plus de monde.

On sait la mode des projections 3D sur les bâtiments historiques: voilà ce qu’est précisément la technique du mapping, et les collectivités publiques en redemandent. Un jour, l’équipe du festival a même accueilli Euro Disney. «Mais ces derniers étaient déçus: nous ne sommes pas tant dans le monumental que dans l’avant-garde.» Et, ajouterons-nous, dans l’œuvre d’art. De quoi séduire les collectionneurs? «C’est probablement ce vers quoi nous allons.»

Mapping Festival du 11 au 28 mai, Le Commun, L’Usine, Kugler, Alhambra. Infos: mappingfestival.com

(TDG)

Créé: 09.05.2017, 21h39

Des logiciels inventés à Genève

A l’origine du Mapping, il y a un homme, Boris Edelstein, dont les inventions ont fait le tour du monde. Voici son histoire: «Au début des années 2000, je faisais des performances avec le collectif Look at my Forms. Pour mélanger vidéos et son, on détournait des logiciels informatiques. Jusqu’à la rencontre avec un programmeur de jeu vidéo, Genevois lui aussi, Yves Schmid.» Un piano connecté, des senseurs à l’intérieur d’un Tupperware: le mélange des technologies porte ses fruits. Après deux ans de travail, un logiciel voit le jour, Modul8, qui permet de manipuler de l’image en direct. Le succès vient rapidement. «On a réuni une petite communauté. Et on a créé le Mapping. Ce ne devait être qu’une soirée unique; à l’instigation du collectif anglais D-Fuse, et grâce à son carnet d’adresses, c’est devenu un festival.» En collaboration avec le bureau parisien 1024architecture, suivra le logiciel MadMapper, conçu pour le mapping, les projections en volume. Nouveau succès. Facile à utiliser, bon marché, MadMapper est devenu une référence mondiale. Aujourd’hui retiré du festival, Boris Edelstein poursuit ses projets d’installations et monte une marque de lumières LED. «Notre clientèle, ce sont toujours les artistes. On nous a proposé de faire du commercial. Mais les cuisines, très peu pour moi!»
F.G.

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