Electron traverse la nuit

ReportageL’electro excite les sens, les corps se réveillent: il y avait foule jeudi entre le Palladium et la Gravière pour l'ouverture du festival

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«Bon dieu, ça commence…» Sur le bitume devant le Palladium jusqu’au sol en béton aux étages de l’Usine, c’est un déluge de pieds dégorgeant l’eau du ciel, une marée humaine frôlant le chaos dans ce marécage mêlant la pluie froide du dehors aux restants d’une soif inextinguible. Du bar à la scène, d’un bâtiment à l’autre, ils sont des milliers cette nuit-là au festival Electron à se lancer en quête de frissons sonores, d’ivresse électronique, lorsqu’ils ne cherchent pas l’extase des corps. Jeunes adultes de 20 ou 30 ans, tous au parfum du dernier DJ à ne pas manquer, les amateurs de musiques électroniques avaient rendez-vous jeudi pour une première nuit d’enfer.

Tout commence à 22 h. Presque matinal en regard des longues heures qui s’amènent. Des lumières bleues balayent l’espace scénique du Palladium: cloches, et tubulaires, cliquetis de machine et roulements de batterie, l’ensemble de percussions Eklekto dialogue avec les samples d’Etienne Jaumet. Ecoute attentive. Peu de monde cependant. Du contemporain sur le dancefloor? «Encore un peu, et je verse», soupire un gaillard sorti trop tôt de chez lui. Pourtant, du minimalisme savant servi par les musiciens classiques, on glisse doucement mais sûrement vers les rythmes de danse.

Effeuilleuses à l’étuvée

Minuit déjà. Il pleut. Il fait froid. Sur le quai du Seujet, les caisses d’entrées font le plein, une foule à l’haleine encore fraîche zigzague entre les barrières. A Electron, on ne rigole pas avec la sécurité: il y a fouille à l’entrée, tandis que des barbouzes musculeux veillent au grain. A l’intérieur de l’Usine, des garçons s’ébattent canette à la main, des filles ondulent devant le zinc. Beats agressifs, tempo rapide, mixture disco, hip-hop, reggae, dubstep, Daniel Haaksman fait hurler son répertoire baile funk. «C’est blindé! C’est blindé!» s’émeut la responsable com’ du festival. Le souffle court, les doigts tout froids, Danièle peut enfin – et presque – souffler: Electron, 12e édition, est bel et bien lancé.

Une heure du matin. On s’extrait de l’étuve, pour filer voir à La Gravière ce qu’il advient de cette soirée burlesque dont on nous a tant parlé. Bar avec DJ d’un côté de la salle, cabaret de l’autre. Le public, majorité de femmes, s’est mis sur son 31, talons hauts et robes rétros. Formes rondes et crinière blonde: voici Dirty Martiny, effeuilleuse de grand chemin arrivée tout droit des Etats-Unis. Cheveux roux et cuisses oblongues: Lada Redstar à son tour se déhanche. Toutes deux sont introduites devant un parterre émoustillé – c’est de circonstance – et curieux – il va sans dire – par la pimpante Greta Gratos, de Genève. Rien à voir avec les musiques électroniques. Mais, qu’importe, c’est avec un camion plein de glamour, une benne entière de sex-appeal, que l’on repart vers le pôle central du festival, tandis qu’un élégant crie encore son approbation: «La Gravière, j’adoooore!»

Deux heures. Les pieds mouillés. Le grand escalier de l’Usine plein à craquer. «Ça y est, des gens défoncés…» constate un photographe en mission reportage. La masse populeuse s’engouffre vers le premier étage: ils veulent tous voir Rodhad. Pourquoi celui-là? Sa barbe de geek est-elle plus belle qu’une autre? Set dub-techno-house, le musicien Allemand y va bon train, assenant basses et riffs face à l’audience suante et trémoussante. Au mitan de la nuit, Electron se transforme en étuve, dans laquelle marinent toutes les envies. «T’as pas du LSD?»

Ça bouchonne au portillon

Trois heures, ou quatre, je ne sais plus. Vedette de cette première nuit de festival, Boys Noize s’empare du Palladium. La salle est bondée, 1300 places officiellement. L’Usine, elle, peut en contenir 800 sur chaque étage. Lorsque la moitié de cette dernière décide de migrer vers le Palladium, c’est peu dire que la situation devient bordélique. «J’ai payé cinquante francs et je ne peux pas entrer!» On s’impatiente. La nuit vire-t-elle à l’eau de boudin? Une porte dérobée nous mène finalement au but. Grosses basses, rythmes carrés, Boys Noize clôt le marathon nocturne en assenant un dernier beat à l’attention des jeunes enfiévrés. Ouf, c’est fini. Non!? Ce soir, Electron remet ça.

Créé: 03.04.2015, 20h16

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