Eklekto, au coeur d’un rituel processionnaire et hypnotique

Fête de la musiqueL’ensemble de percussions dirigé par Alexandre Babel s’est emparé de quelques instrument du folklore suisse pour en élargir les possibles. Une expérience sonore et physique marquante.

Les membres de l'ensemble Eklekto face à leurs Hackbretts dans la Cathédrale Saint-Pierre.

Les membres de l'ensemble Eklekto face à leurs Hackbretts dans la Cathédrale Saint-Pierre. Image: Nicolas Dupraz

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Appelons cela une collision entre deux mondes éloignés. Pour en saisir le souffle, il fallait être sous les hautes voûtes de la Cathédrale Saint-Pierre, vendredi soir, et river le regard tout d’abord côté abside. Posté sur un podium haut placé, voici un DJ: le Bâlois Joke Lanz, personnage palpitant et inclassable de la scène electro expérimentale. On le retrouve entouré de quelques fins éclairages led, tripotant et malaxant par séquences courtes et lancinantes la voix enfantine sortie de son vinyle. Côté nef et collatéraux, les oreilles sont attirées par une toute autre histoire, qui surgit dans la foulée des premiers scratches aux platines. Celle portée par cinq membres de l’ensemble genevois Eklekto, avançant d’une foulée processionnaire, tenant entre leurs mains des jattes à lait qu’on aime détournée dans certaines régions de suisse - en Appenzell et dans le Toggenburg tout particulièrement - pour en faire des instruments musicaux: les Talerschwingen. Une pièces de cinq francs faite tourner à l’intérieur sous l’impulsion de mouvements imperceptibles des bras, et c’est un petit tour de magie qui s’impose au public. On ferme les yeux et on se croit subitement à l’alpage, entouré par un troupeau de vache un rien agitées.

Collision, disait-on. Il faudrait plutôt évoquer une osmose, tant les pulsations saccadées et bruitistes de Joke Lanz ont épousé les bourdonnements métalliques de ce pan du folklore helvétique. Ce syncrétisme nous a dévoilé la richesse d’une démarche qui ose triturer et augmenter les traditions, en passant par un stretching musical intriguant. Qui s’est d’ailleurs prolongé, dans cette même pièce, avec l’arrivée des cuillère en bois et autres petits instruments à percussion. Bref, ce nouveau volet du projet «Heimspiel», que porte pour la deuxième fois Eklekto, a généré une secousse de taille. La cathédrale quasiment remplie a savouré le moment avant de s’engouffrer dans un deuxième volet («Echo/cide») tout aussi détonnant.

On a alors quitté les platines et les bols pour se rapprocher de cinq Hackbretts, instruments à cordes frappées dont les premières traces nous font remonter le fil de l’histoire jusqu’aux premiers siècles de vie de la Confédération. Ici, le son doux et à peine murmuré des premières mesures n’a cessé d’enfler et de jaillir, dans un crescendo lent mais inexorable. Dans l’effet hypnotique qui en a découlé, dans l’illusion du chaos qu’on a ressenti par instants, il y a eu toute la virtuosité des cinq complices d’Eklekto, leurs sens des variations et des ruptures rythmiques amorcées par des coups d’oeil furtifs. Cela s’est achevé dans un vacarme impressionnant. Et sur un point final brutal. Les restes sonores d’une expérience puissante se sont alors évaporés vers les hautes voûtes environnantes.

Créé: 22.06.2019, 15h30

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