Eisenstein, un îlot rêvé pour le festival Archipel

MusiqueLe compositeur français Pierre Jodlowski se mesure à «La Grève», du cinéaste soviétique, et présente à Genève sa vision musicale

Une scène de «La Grève», film d’Eisenstein, qui sera projeté samedi avec la musique de Pierre Jodlowski au festival Archipel. Image: DR

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Parcourir des passerelles entre les disciplines sans se soucier du vide. S’élancer et découvrir dans la foulée des territoires qu’on assimile trop rarement aux langages de la musique contemporaine. Le festival Archipel, qui ouvre ses portes aujourd’hui, affirme une fois encore la volonté de décloisonner et de rafraîchir un domaine artistique que le grand public associe souvent à une citadelle intimidante. Comment? En multipliant les détours et en provoquant des rencontres entre modes d’expressions (danse, cinéma, vidéo…). Ou encore en convoquant des instruments peu connus, voire exotiques: de la birbynè lituanienne à la cornemuse en passant par le gamelan indonésien.

Alors oui, Archipel demeure un rendez-vous exigeant et pointu. Mais il veut parler à tous, aux passionnés constants comme aux curieux d’un jour. La démarche peut d’ailleurs être illustrée par un des projets phare de ce premier week-end de la manifestation. A l’affiche, un chef-d’œuvre du cinéma soviétique, La Grève, premier film de Sergeï Eisenstein, réalisé en 1924, dont le langage révolutionnaire a marqué l’histoire du septième art. Il y a quinze ans, le compositeur français Pierre Jodlowski s’est emparé de l’œuvre muette pour lui conférer des lignes musicales composites, mêlant électronique et sons organiques. Le Toulousain répondait ainsi à une commande de la cinémathèque de sa ville natale, qui dispose d’un fond important de films soviétiques de l’époque.

Parmi la dizaine de films qu’on lui soumet, La Grève s’impose sans forcer: «Lorsqu’on le visionne, on s’aperçoit très vite que son montage offre un rythme quasi musical. Il ouvre une voie de choix au compositeur» confie Pierre Jodlowski. Cette rencontre entre des images saisissantes — celles d’un lumpenprolétariat en révolte — et la musique du Toulousain s’est révélée particulièrement heureuse. Au point que, depuis sa création en 2000, ce ciné-concert a été proposé partout en France et en Europe.

A Genève, l’œuvre mettra une fois encore en exergue le travail méticuleux du compositeur: «Avant de m’attaquer à Eisenstein, je me suis beaucoup documenté en lisant notamment ses traités théoriques sur le montage. Je me suis ensuite immergé dans l’univers industriel d’une usine sidérurgique, où j’ai enregistré des sons. Cela m’a permi de m’imprégner de son ambiance particulière. Par la suite, je me suis attelé à un long travail d’assemblage des échantillons sonores, issus aussi d’enregistrements orchestraux et d’autres travaux personnels.»

Figuratif mais osant aussi le contre-pied, cet apport musical a fini par révéler à Pierre Jodlowski la voie à parcourir. Aujourd’hui, quinze ans plus tard, la démarche du compositeur relève quasiment de la physique d’un genre nouveau qu’il faut découvrir: «Je manie désormais des atomes d’images et de sons, et je les assemble».

Pierre Jodlowski, «La Grève» d’Eisenstein en ciné-concert, sa 21 mars à 19 h, Cinémas du Grütli. www.archipel.org

Créé: 20.03.2015, 10h13

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