Di-Meh, héros de la Genève qui bouge

PortraitMême La Bâtie lui déroule le tapis rouge. Vendredi à l’Alhambra, ce sera rap, trap et «dawa».

Di-Meh, chez le coiffeur en vue d’un tournage pour Arte. «La coupe au laser!» sourit l’intéressé.

Di-Meh, chez le coiffeur en vue d’un tournage pour Arte. «La coupe au laser!» sourit l’intéressé. Image: Steeve Iuncker Gomez

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Plus un mois sans nouvelle des rappeurs de la SuperWak Clique. Plus un titre à succès estampillé bout du lac sans la présence de Di-Meh. Le héraut du rap romand, champion du XTrm tour avec ses compères Slimka et Makala, revient vendredi dans sa ville natale. Pour un concert événement à l’Alhambra, à l’enseigne du vénérable et néanmoins très branché festival de La Bâtie. «Et j’en suis fier!» lâche Di-meh.

Un Genevois en tête d’affiche de La Bâtie, c’est du jamais vu. Ou alors, c’était il y a longtemps, on a oublié. Et si jeune! Di-Meh, c’est 23 ans d’existence, dont la moitié au micro. Voilà un sacré talent pour raper, associé à une énergie explosive. Ses concerts, c’est le «dawa», le bazar. C’est le pogo, quand la foule éruptive bondit en cercle. Pour Di-Meh, ce sont des litres de sueur, à jeter le pied en l’air sur des rythmes lourds de boom bap vibrante, de trap épileptique. On les a dites punks, ces manières de fou éructant. Di-meh, comme Slimka et Makala, comme le compère Varnish La Piscine, quatrième homme à s’imposer parmi les têtes de file du collectif, tous sont plus sûrement hip-hop, la rage au muscle vocal, le fun dans la tête. Une certaine forme d’extase enfumée au moment de l’effort final.

«Tout niquer» et plus encore

«Je rentre dans un état de transe. Je suis dedans au maximum. Le sentiment est incroyable. Et voir des Suisses crier les paroles, c’est un truc de ouf.» Il a bouffé du lion, Di-meh. Première bouchée il y a dix ans environ. Il n’avait guère plus de 13 ans, l’enfant Mehdi qui fréquentait les ateliers rap des maisons de quartier. Onex, Carouge, feu le festival Communes-Ikation, «tout ce qui manque à présent, qu’il faut refaire pour les jeunes d’aujourd’hui», réclame Di-Meh. L’histoire va ainsi: «J’avais 13 ans, je voulais voir le rappeur Kery James. J’avais payé ma place. Refoulé à l’entrée: trop jeune. Ce jour-là, je me suis dit: je vais tout niquer!»

Son esprit de concision nous suggère un raccourci direct vers l’âge adulte. «Tout niquer»: ainsi fût fait quand, par un fabuleux enchaînement de circonstances, le jeune loup et sa bande finirent un jour sur la scène du seul festival rap de Suisse: «Frauenfeld, on y a joué en 2016. De loin notre concert le plus fou.» L’année suivante, c’était sur Paris que la Clique fondait comme un seul homme. Nouvelle réussite.

Ce climat favorable a-t-il aidé à l’émergence rapide d’une kyrielle de nouvelles signatures rap? Probablement. Mais rien n’aurait été sans le talent hors norme, cette maestria verbale, ce jeu hyperadaptable de rimes et de punchlines rameutant autant de vers percutants que de refrains suaves. «Tous les sons, toutes les productions sont envisageables, du plus calme au plus sombre, dès lors que je les kiffe.» C’est «Kangol Jetski», mélodie moite pour dire les cocotiers qu’on rejoint à deux sur un coup de tête, en duo avec Varnish La Piscine. C’est le puissant «Kobeaf», allusion à ce qui se fait de meilleur: la vedette des Lakers Kobe Bryant (encore du basket) et le bœuf de Kobé.

Une ville de métissage

Cette «success story» genevoise, que dit-elle de la ville, de ses gens? Qu’il y a au bout du lac une population mélangée, métissée, qui a des choses à dire. Ce n’est pas la bourgeoisie ancienne, pas l’élite intellectuelle, pas non plus les expatriés. Mais cette autre Genève, populaire, croisée d’Afrique, d’Amérique latine, des Balkans, qui fournit aux quartiers hors le centre, hors le luxe, les citoyens ordinaires d’Onex, Lancy, Meyrin, Le Lignon comme Carouge côté tours… «Le quartier, frère, c’est encore l’identité à laquelle les gamins s’accrochent.» La sienne, c’est Plainpalais, ses boutiques, son skatepark. Où il rencarde toujours la presse. Où il «ride» encore, lorsque le besoin s’en fait ressentir. Au sortir d’une tournée qui aura duré presque deux ans avec le XTrm Tour – dont les passages à Montreux puis à Paléo – Di-Meh développe à présent sa carrière solo. Et se ressource.

«Me reconnecter avec ce qui m’a motivé, c’est aussi retourner faire du skate. Ça roule encore assez bien, j’y travaille…» Essentiel, ce retour aux sources au bout du lac. Son père va sur ses 50 ans. Sa mère le suit. Ses «darons», c’est l’Algérie et le Maroc avec la Suisse. Genevois tout court à la fin. Et pas peu fiers de leur Cité. Comme l’est aussi Di-Meh. «Ma Genève, c’est le métissage. J’ai grandi avec ça, comme une éponge, j’ai tout pris. Cette ville, c’est aussi tant de talents. Genève mérite sa palme. Dans la musique, comme dans le sport, Kevin Mbabu pour le foot, Clint Capela pour le basket. On se voit tous, on se soutient, on essaie ensemble de casser les mentalités un peu… froides. Rapport à nos ambitions personnelles. On n’est pas l’élite?! Il faut se donner les moyens.»

Di-Meh a cet avantage: de la Clique, il est le plus communicant, le plus à l’aise dans les vitrines de Facebook. Visibilité accrue. À la clé, les premières parties de Lomepal, une vieille connaissance, un skateur lui aussi. Lomepal qui s’inscrit plus sûrement dans un registre rap variété. «La variété, ce sont des codes trop contraignants. Nécessaires pour accéder à un certain niveau en France. On voit bien qui sont les rappeurs appelés par les télévisions. Ça plaît, OK. Personnellement, je n’en veux pas. Moi et mon groupe, on est anticode.»

Place au concert. Là où tout reste ouvert, tout se passe vraiment. D’autres figures du cru devraient participer, Danitsa, Geule Blansh, les anciens de 13Sarkastik. Voilà Genève, telle qu’elle bouge aujourd’hui.

Di-Meh & Friends Ve 14 sept, 21 h, Alhambra. Infos: batie.ch (TDG)

Créé: 13.09.2018, 20h24

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